Baromètre du crowdlending de l’année 2016


Notre baromètre du crowdlending

Le baromètre WeShareBonds analyse mensuellement l’évolution du crowdlending en France et fournit une revue brève des actualités marquantes des secteurs du crowdfunding et de la Fintech. L’année 2016 marque comme prévu une progression remarquable avec plus de 84 m€ prêtés, notamment grâce à un nouveau record au mois de décembre avec 12,1 m€ levés par nos différents acteurs.

Ce baromètre est un complément à celui publié mensuellement par Mathieu Georges sur le blog crowdlending.fr, et qui constitue la référence actuelle du marché sur ce sujet. Voir le Baromètre Crowdlending.fr de l’année2016

Les chiffres du crowdlending du mois de décembre 2016

Le graphique ci-dessous relève les montants levés sur les plateformes de P2P Lending en 2015 et 2016.
En 2015, seulement 31,1 millions d’euros avaient été levés soit une multiplication par 2,7. Il semblerait donc que le marché français suive la même tendance que le marché britannique qui représente aujourd’hui plus de 5 milliards d’euros.

Ce mois-ci uniquement, environ 12,1 millions d’euros ont été prêtés contre 4,6 millions d’euros en décembre 2015

Mais derrière cette expansion continuelle du marché se cache de nombreuses disparités entre les plateformes. En témoignent les 46,3 millions d’euros levés par Lendix (7,7 m€ ce mois-ci) loin devant  Lendosphère qui a tout de même récolté plus de 8,8 millions d’euros en 2016.
A noter ce mois-ci les belles performances de Lendopolis (790 k€), Credit.fr (730 k€) et Unilend (734 k€).

Le crowdlending repose également sur une bonne gestion du risque qu’il est intéressant de commenter. Le tableaux ci-dessous reprend notamment les taux de défaut des différentes plateformes. (Pour en savoir plus sur les taux de défaut, reportez-vous à notre article sur les taux de défaut et les cotations Banque de France). A noter l’honorable neuvième place de Wesharebonds en 2016, 6 mois seulement après sa création.

PlateformeAgrémentProduction depuis le 01/01/16Dossiers financés depuis le 01/01/16Taux de défaut (en nombre de projets) source plateforme
Lendix
(+Finsquare)
IFP46 275 453 €1390,56%
Lendosphère (environnement)IFP 8 808 868 €
270%
UnilendIFP 7 005 350 €

1048,30%
Credit.frIFP 6 404 000 €
1130% (incidents de plus de 30 jours)
LendopolisIFP 5 334 000 €

683,94%
Prêt upIFP 2 100 969 €

900,96%
ClubfundingCIP 1 552 000 €
50%
PrexemIFP 1 179 000 € 315,40%
WeShareBondsIFP/CIP 1 080 000 €
60%
Lumo (environnement)IFP964 275 €
7N/A
BoldenIFP668 000 € 32N/A
Enerfip (environnement)IFP/CIP 667 000 €

120%
InvestbookCIP 647 000 €

4N/A
Les EntrepreteursIFP 423 600 €
130%
TributileIFP/ 476 000 €
6N/A
RaizersIFP 230 500 €
1N/A
PretgoIFP 94 396 €
8N/A
Pret StoryIFP 85 010 €
3N/A
GwennegIFP/CIP 82 470 € 20%
PretPMEIFP 42 000 €
1N/A
PretPMEIFP 42 000 €
1N/A
EkairosIFP 0 €0N/A

Les faits marquants du crowdlending sur l’année 2016

L’année avait débuté avec l’incident du Lending Club qui n’a pas réussi à endiguer la croissance du crowdlending et plus généralement du marché des fintech qui a vu l’avènement de l’Asie en tant qu’investisseur. En effet, le continent asiatique est devenu le premier investisseur fintech à l’échelle mondiale avec plus de 5 milliards de dollars investis. Sans surprise, les quatre plus grosses levées de fonds (Qufenqi pour 449 millions de dollars, 51XinYongKa pour 310 millions de dollars, Firstp2p pour 70 millions de dollars, One97 Communications pour 60 millions) sont asiatiques. En tout, plus de 8 milliards de dollars ont été levés par les fintech, où l’on recense cependant une chute de presque 50% des levées de fonds au deuxième trimestre. Cette ferveur explique notamment le lancement du ‘FinTech Index’ par Nasdaq et KNW le 18 juillet 2016, le premier indice majeur consacré exclusivement aux sociétés américaines de technologie financière, pesant $785 milliards de capitalisation, répartis sur 49 sociétés.

En Europe, le Brexit a pour le moins bouleversé l’Europe et le monde de la fintech, les places financières européennes cherchant à attirer les fintech basées à Londres. D’ailleurs,  Paris est très proche de ravir à Londres le titre de capitale européenne des startup en cette fin d’année. Dès lors, il est peu étonnant de retrouver trois françaises (Lendix, Leetchi, Fluo) dans le top 100 annuel des fintech de KPMG où la Chine est souveraine, en ce que quatre des cinq premières fintech du classement son chinoises, avec en tête du classement Ant Financial. En Allemagne, Number26, une startup délivrant des services financiers sur smartphone, a reçu pour la première fois une licence lui donnant le statut officiel de ‘banque’. De plus, Peter Thiels, investisseur légendaire de la Silicon Valley, a également investi plusieurs millions de dollars dans Deposit Solutions, une plateforme berlinoise de dépôts d’épargne. Mais dans crowdlending européen, le Royaume-Uni reste solide leader, elle qui possède déjà un marché secondaire grâce à Zopa – plateforme britannique de crédit à la consommation – qui a titrisé (sous forme d’obligations) pour 138 millions de livres de prêts émis sur sa plateforme par PLC (fonds institutionnel) ou encore Funding Circle qui l’avait devancée sur ce point en réalisant une titrisation de 130 m£. Point commun de ces deux deals ? La Deutsche Bank était particulièrement impliquée, elle qui emprunte actuellement à des conditions moins bonnes qu’une banque grecque et dont le feuilleton ne cesse d’alimenter la presse, au même titre que Wells Fargo qui a vu son PDG démissionner en octobre.

Surtout, l’année 2016 s’est révélée être l’année de l’institutionnalisation, à commencer par La Banque Postale qui est entrée au capital de WeShareBonds à hauteur de 10% puis Natixis et Payplug qui ont également choisi la voie de la coopération, le premier entrant au capital du second. Mais plus que tout autre, BNP Paribas a été particulièrement active du côté des fintech annonçant coup sur coup le lancement de la première app concrète de la blockchain en France pour créer un registre de titres non cotés, la signature de trois partenariats avec des plateformes de crowdlending exclusivement spécialisées dans les énergies renouvelables (lumo, enerfip, lendosphère) et surtout  son lancement dans le crowdlending via sa banque digitale – Hello Bank ! – en nouant un partenariat avec la plateforme digitale Credit.fr. Elle a également pris une participation minoritaire dans la fintech Paycar qui commercialise depuis l’été 2015 une solution destinée à remplacer le chèque de banque pour l’achat et la vente de voitures d’occasion. Bien d’autres ont ressenti cette volonté d’avancer avec les technologies du moment comme Goldman Sachs avec la création de sa plateforme de crédit à destination des particuliers,  JP Morgan qui s’est lancé dans la blockchain en co-développant une version privée du réseau Ethereum en partenariat avec EthLab, ou encore Eiffel Capital avec une levée de 100 m€ pour son fonds « Pretons Ensemble » qui vise à financer au moins 20.000 prêts dans plusieurs pays européens, en privilégiant peu à peu les PME et TPE françaises qui devront représenter 90% de son exposition. De même, la Région Ile-de-France et BpiFrance ont lancé le ‘Prêt Croissance’, soit 6 millions d’euros pour aider les TPE et PME du département. Cette tendance est également perceptible de l’autre côté de la Manche, avec un investissement de 100 millions de livres de la Banque d’Investissement Européenne (BEI) dans les PME anglaises via la plateforme de P2P lending Funding Circle. Petite désillusion cependant dans une alliance qui avait pourtant bien commencé avec le déchirement entre la fintech toulousaine Morning (ex-Payname) et son actionnaire de référence, la Maif.

Evidemment,une telle effervescence a été couronnée de diverses protections et réglementations. En effet, cela a conduit les autorités à une réglementation accrue : les fintech françaises seront bien privées de leur « sandbox » qui existe en Angleterre, revendication récurrente de leur part leur permettant d’avoir une réglementation plus légère et plus spécifique ; ce régime d’exception irait à l’encontre « de l’équité de trai­tement » entre les acteurs ­traditionnels. L’ACPR a par exemple publié ses recommandations sur « l’usage des médias sociaux à des fins com­merciales ». Les financiers 2.0 ne retwitteront plus tout à fait comme avant… Au contraire, la Commission Européenne a décidé de ne pas réguler le marché des FinTech pour le moment, notamment en raisons des différents produits et services qui le composent (blockchain,  financement participatif…). mais principalement afin de favoriser son expansion, expansion dont les effets se ressentent dans l’emploi : le secteur bancaire traditionnel a subi une baisse de 2,4% par mois de demande d’emploi compensée par la demande en hausse des FinTech (+14,1% en 2016) et des startups françaises (+3,7%). En décembre, les minibons ont été implémentés et les seuils du crowdlending ont été rehaussés mais surtout, le gouvernement a franchi un nouveau pas en faveur d’une plus grande désintermédiation du financement de l’économie : un décret, attendu de longue date, permet à certains fonds d’investissement (aux fonds professionnels spécialisés et aux fonds professionnels de capital-investissement) d’octroyer directement des prêts à des entreprises. Pour cela, les sociétés de gestion devront avoir un agrément «AIFM» et un agrément spécifique, distinct de l’agrément «sélection de créances». L’Autorité des marchés financiers (AMF) avait déjà fait connaître ses exigences en la matière cet été. Elle demande à ce que les sociétés de gestion disposent de certains moyens pour analyser le risque de crédit.

D’autre part, plusieurs nouveautés ont vu le jour en 2016 à l’exemple de Wake Up, une école de la fintech pour former les banquiers traditionnels. Autres créations, le prêt étudiant participatif par Studylink, le financement participatif de vignobles via Winefunding ou le suivi des frais bancaires, autrement appelé « cash management » qui rapporterait aux banques 500 à 700 milliards de dollars de recettes par an dans le monde.

Enfin, l’internationalisation des plateformes de crowdlending a débuté en 2016 et devrait s’accélérer au cours de l’année 2017. Ainsi Lendix est désormais présent en Espagne et devrait rapidement s’étendre à l’Italie. De son côté, Younited Credit s’est d’abord développé en Italie et devrait prochainement arriver en Espagne.

 

Plateformes analysées :

Ce baromètre est désormais réalisé à partir des 21 plateformes de crowdlending suivantes:

Lendix (+Finsquare) – UnilendLendosphereLendopolisCredit.frClubfundingPrexemPretupGreenchannelLumoBoldenTributileInvestbookEnerfipRaizersWeShareBondsLes EntreprêteursPrêtgoPrêtstoryPret PMEGwenneg

Nos baromètres précédents:

Novembre 2016Octobre 2016Août 2016Juillet 2016, Juin 2016, Mai 2016, Avril 2016


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