Brexit : le tapis rouge déroulé en sens inverse par Paris et l’Union Européenne pour la City


On se souvient de la déclaration un brin provocatrice de David Cameron qui s’était dit prêt à « dérouler le tapis rouge » aux expatriés français dans un contexte de mise place d’une taxe a 75% sur les hauts salaires par le gouvernement de François Hollande. Emmanuel macron lui avait indirectement répondu en mars dernier dans une interview au Financial Times évoquant la probable arrivé sur la place parisienne de bon nombre de banquiers de la City en cas de Brexit.

Depuis, les déclarations se sont multipliées côté Français : en disant « Welcome » aux entreprises outre-manche début juillet 2016 lors d’une conférence organisée par Europlace ainsi qu’en évoquant une série de mesures destinée à renforcer l’attractivité de Paris, le premier ministre Manuel Valls a à nouveau mis ce sujet au centre du débat. Même Anne Hidalgo, maire de Paris – malgré sa déclaration commune pour une meilleure coopération avec le maire de Londres – et Valérie Pécresse, nouvelle présidente de la région Ile de France, semblent avoir fait front commun sur le sujet.

Le Brexit pose la question du « passeport financier » européen

Le Brexit pourrait avoir pour conséquence de faire perdre aux sociétés de gestion britanniques le passeport européen, sésame pour distribuer des leurs produits financiers dans les 28 états de l’Union Européenne. Le régulateur britannique, la « Financial Conduct Authority » (FCA), vient de dévoiler que près de 5500 sociétés de gestion seraient potentiellement concernées par la perte de cette autorisation.

5500 sociétés de gestion seraient potentiellement concernées par la perte du passeport européen

De plus, de par son histoire et son exposition internationale, Londres était souvent utilisée comme point d’entrée par de nombreux acteurs originaires des Etats-Unis, du Moyen-Orient ou d’Asie.

L’agence de notation Moody’s a également publié  une étude, moins alarmiste,  jugeant « l’impact limité » sur les sociétés financières, tout en pointant le fait que le l’impact réel ne pourra être réellement mesuré qu’à l’issue des négociations gouvernementales sur le Brexit entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne ; en jeu notamment, la possibilité ou non de la reconnaissance d’une « équivalence » entre les régulations britanniques et européennes, applicables de manières éventuellement différenciées entre les différents types d’activités (prêt bancaire, gestion de fonds…).

Les mesures évoquées à Paris

Dans ce contexte, Dublin, Luxembourg, et surtout Francfort sont en piste face à Paris, pour accueillir d’éventuelles délocalisations depuis Londres. Parmi les  mesures annoncés par Manuel Valls, on recense : l’amélioration du régime déjà favorable des « impatriés », la réduction progressive du taux d’IS à 28%, la coordination via « Business France » des démarches administratives liées à l’implantation d’une activité en France.

Manuel Valls a annoncé une réduction du taux d’IS à 28%

L’AMF et l’ACPR ont également annoncé vouloir favoriser ce mouvement en simplifiant les démarches d’obtention d’agrément pour les candidats institutions financières : « 2Week Ticket » équivalent à une procédure accélérée, possibilité de présenter des documents en anglais…

Cela suffira-t-il à redistribuer les cartes au niveau européen ? La négociation qui s’engage avec le Royaume-Uni sera également déterminante dans le comportement des acteurs économiques : la déclaration du Premier Ministre Theresa May, faisant craindre un « hard Brexit » – c’est à dire une sortie d’ici mars 2017 avec une séparation en amont d’une renégociation des différents accords – a ainsi fait violemment replonger la livre à ses plus bas historiques.


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