Brexit : Paris est en passe de gagner le match face à Frankfort


Récemment dans son discours à la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron mentionnait « une crise profonde de l’ordre international libéral westphalien », référence au traité de Westphalie qui, mettant fin à la Guerre de Trente Ans, avait jeté les bases d’un nouvel ordre international passant par une coopération concertée entre les Etats. Il aurait pu tout aussi bien faire référence à la bataille d’Hastings, la défaite historique des Anglais face aux Normands, tant la perspective du Brexit pourrait offrir une opportunité à la place de Paris d’émerger comme place financière.

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Le Brexit : une balle dans le pied à court terme ?

Selon une étude du Centre For European Reform (CER) le niveau de l’économie Britannique serait 2,5% inférieur à ce qu’il aurait été sans vote pro-Brexit. Soit un coût de de 26 milliards de £ (500 millions de £ par semaine).

Relance de l’inflation, baisse de la livre, confiance des consommateurs et croissance en berne, même si le Brexit n’est pas effectif et qu’il est difficile d’en mesurer les effets futurs à long-terme, le climat d’incertitude qu’il a créé ne semble pas avoir profité jusqu’ici au Royaume-Uni.

A cela s’ajoute des remous politiques : le trublion Boris Johnson, a ainsi appelé au rejet du plan Chequers présenté par le premier Ministre, Theresa May – pourtant de son camp – partisane d’un « soft Brexit ». Dans tous les cas, en attendant l’issue des négociations en cours avec l’Union Européenne et la possibilité ou non de régler les nombreuses questions en suspens (frontière Irlandaise, Ecosse …), il semble bien y avoir une fenêtre de tir dont Paris pourrait essayer de profiter.

Paris se distingue

Face à cela, le climat en Europe semble s’être amélioré après les soubresauts des dernières années : taux de chômage au plus bas depuis 10 ans dans de nombreux pays membres par exemple.

Même revue à la baisse, les prévisions de croissance du FMI pour la zone Euro, restent supérieure à celles du Royaume-Uni.

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Par ailleurs au cœur du débat, la question du « passeport Européen » qui va pousser les acteurs de l’industrie financière à devoir relocaliser une partie de leurs opérations sur le continent pour pouvoir continuer à exercer. En jeu la création d’un nouveau « hub » financier. Dans cette bataille entre Paris et Frankfurt notamment, la France semble avoir pris une longueur d’avance : ainsi le très British « Financial Times » soulignait récemment cet état de fait « Paris set to triumph as Europe’s post-Brexit trading hub ». BlackRock, JPMorgan Chase, Bank of America, Citigroup, HSBC… nombreux sont les grands noms de la finance à avoir annoncé leur intention de s’implanter dans la capitale et un mouvement de fonds semble lancé. En cause une volonté politique « pro-business » clairement affichée et par ailleurs la sophistication du régulateur rompu à l’activité importante des salles de marché de la Société Générale et de BNP Paribas.

Mais la route sera longue…

Pourtant, tout n’est pas rose pour la place de Paris, la Bourse de Paris reste ainsi famélique. Au premier semestre, celle-ci n’a attiré que 200 millions d’euros pour 8 sociétés – en très fort recul par rapport à 2017. Ce est très faibles en regards des 23 milliards d’euros levés en Europe lors de 119 introductions dont 3,9 milliards de dollars pour 22 sociétés à Londres. La France reste un nain dans ce domaine.

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[Introductions à la Bourse de Paris depuis le 1er janvier 2018, par ordre d’entrée. Montant de l’opération et capitalisation au prix d’introduction. Crédits : La Tribune/Euronext]

Cependant dans le domaine de la finance alternative « du futur », du « crowdfunding » et notamment du « crowdlending », la France a su tirer son épingle du jeu et le marché dans l’hexagone est de loin le plus dynamique, encore une fois derrière les homologues anglo-saxons.

La place de Londres a sans doute vocation à rester une fenêtre ouverte sur les Etats-Unis et sur l’Asie, mais un rééquilibrage inédit semble peut-être s’opérer. « Messieurs les anglais tirez les premiers ».


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