Comment choisir ses placements en crowdlending ?


Les investisseurs sont régulièrement confrontés au choix de tel ou tel projet lors de leurs investissements en crowdlending. Nous revenons ici sur quelques notions qui doivent être prises en compte de manière globale pour une décision rationnelle. Pour son allocation de projet (outre la réputation de la plateforme, qui constitue un premier filtre) l’investisseur va devoir arbitrer entre trois notions : le rendement (le taux d’intérêt), la durée et le niveau de risque (le scoring alloué au projet). La dernière notion étant le montant investi qui dépend plus de la situation de chacun et fait appel à la notion de diversification.

 

La durée de placement

En théorie, plus un projet présente une maturité longue, plus le rendement annuel proposé sera comparativement élevé. Ceci non pas du fait que « time is money » mais pour plusieurs raisons essentielles :

  • En bloquant des fonds dans un projet, l’investisseur supporte un coût d’opportunité, à savoir l’impossibilité de saisir d’autres occasions potentiellement plus rémunératrices sur ce laps de temps. Cela a un prix.
  • Plus l’on s’éloigne dans le temps plus l’incertitude augmente. Sur plusieurs années, une PME pourra évoluer significativement (en bien ou mal d’ailleurs). Cette évolution peut être estimée a priori de manière statistique, mais le temps apporte son lot de surprises. En tant que prêteur en crédit, on s’intéresse d’ailleurs plus au risque de mauvaises surprises pouvant advenir car la rémunération est capée à la hausse. Pour prix de cette incertitude croissante, on exigera a priori plus de rémunération pour bloquer son argent sur plusieurs années. D’autant plus que sur des durées longues le crédit est en concurrence avec d’autres types d’opportunités (immobilier, actions). Le fait d’investir sur des produits amortissables atténuera cet effet du temps car les échéances de remboursement seront régulières.
  • La troisième raison est mathématique. Même si en ces temps de taux négatifs, la courbe des taux peu sembler une notion particulièrement abstraite, il reste quelques fondamentaux : si les rémunérations « court terme » étaient supérieures aux rémunérations « long terme », tout investisseur aurait intérêt à faire un arbitrage immédiat toujours gagnant : emprunter à long terme et prêter à court terme en empochant la différence. Par l’effet de l’offre et de la demande, cette situation se corrigerait assez rapidement.

A risque égal et rendement égal, on aura donc tendance de manière rationnelle à privilégier plutôt une maturité courte (néanmoins si l’on anticipe une forte baisse des taux dans le futur on pourrait être tenté de « locker » maintenant une rémunération élevée sur une maturité longue). Tout cela reste en partie théorique car l’investisseur reste guidé par ses propres contraintes de liquidité qui est la première qui s’impose à lui : il ne pourra pas prêter à 5 ans des fonds dont il pourrait avoir besoin le mois prochain.

 

Le risque et le rendement en crowdlending

L’investisseur doit également garder à l’esprit et intégrer le couple risque/rendement. La durée et le rendement brut d’un projet d’investissement vont lui permettre de mesurer la rémunération potentielle sur l’horizon d’immobilisation des fonds. Il ne faut pas négliger le niveau de risque associé. Au-delà du taux brut affiché, le rendement net après défaut constituera la rémunération réelle perçu par l’investisseur. Plus la tranche de risque est élevée plus le taux de défaut sera statistiquement élevé.

En résumé : plus le niveau de risque affiché (scoring) est élevé plus la rémunération affichée devra être en conséquence. Les scoring intègrent une analyse synthétique des principaux risques perçus concernant la société (secteur, rentabilité et niveau d’endettement, management, type d’activité, ancienneté, cotation Banque de France…) qui devra être reflété dans le taux proposé.

Ainsi, un projet plus risqué sera comparativement mieux rémunéré, de même qu’un projet plus long. Cependant, un projet long mais peu risqué pourra être moins rémunéré qu’un projet à court terme mais présenté comme relativement risqué. Il y a une triangulation qui doit être effectuée – risque/rendement/durée – pour juger de la préférence à donner à tel ou tel projet. Une cohérence de ces trois notions doit être respectée.

L’investisseur constituera souvent son portefeuille selon la logique de « je souhaite obtenir un rendement d’au moins… » Cela peut l’amener à privilégier des projets plus risqués en misant sur le fait que les taux de défaut seront maîtrisés. Il devra garder cependant à l’esprit qu’au-delà d’un certain niveau, il est difficile de donner un prix au risque, le degré d’incertitude étant trop grand. En cas de dégradation macro-économique, les projets les plus risqués seront prioritairement impactés et connaîtront une surmortalité.

 

Diversification, le maître mot du crowdlending

La dernière ligne de conduite à tenir consiste à répartir les montants entre un nombre significatifs de projets. Plus la série de projet est longue, plus le rendement moyen se rapprochera du rendement net statistiquement anticipé. La répartition entre un nombre important de projets réduit l’incertitude, et permet in-fine d’obtenir sur le long-terme un rendement moyen supérieur. Les prêts amortissables peuvent d’ailleurs permettre de rapidement atteindre cet objectif en réinvestissant sur de nouveaux projets les montants remboursés.

Il y aura certes toujours l’exemple de l’investisseur qui aura maximisé avec succès son gain en misant tout sur un seul projet très risqué et rémunérateur, mais l’exemple inverse sera sans doute plus fréquent. Seule une diversification en termes de montant unitaire, de classe de risque, de secteur et de durée, permettra sur le long terme d’obtenir un rendement maîtrisé sur un portefeuille de crédit.

Sucre lents, sucre longs, protéines, vitamines… comme en diététique la constitution d’un portefeuille performant en crowdlending est avant tout une question d’équilibre et de diversification !

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