Comment savoir investir face à une abondance d’informations

Mis à jour il y a 1 mois

Depuis Edmond Dantès dans Le Comte de Monte Cristo, qui soudoie un employé du télégraphe pour propager une fausse information et provoquer la ruine de son ennemi juré Danglars ; on connait l’importance d’une information juste et correctement traitée dans le domaine de l’investissement. À l’heure des « fake news » nous n’avons, par ailleurs, jamais disposé d’autant d’informations.
Cette abondance d’informations peut être propice à l’apparition de biais cognitifs, qui ouvre la voie au relativisme plutôt qu’à l’analyse des fondamentaux. Pouvoir disposer avant tout d’une information exacte et homogène est l’un des piliers d’une bonne analyse ; donc d’une politique d’investissement. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine du crédit.

L’ère de la (sur)abondance d’informations

« Abondance de biens ne nuit pas ». A l’heure des réseaux sociaux et des chaines d’information en continu ; il n’est pas sûr que cet adage soit toujours vrai. Ainsi dans un essai récent, « Apocalypse cognitive », le sociologue Gérald Bronner met en avant le fait que nous n’avons jamais disposé d’autant de temps disponible pour traiter cette abondance d’informations. Mais que dans le même temps ; la quantité de données se développe de manière exponentielle, en doublant tous les 2 ans. Cette surexposition à laquelle nous sommes confrontés n’est pas sans poser de nombreux problèmes.

Avec la démocratisation d’internet dans les années 2000 on a ainsi sans doute assisté à une rupture en termes d’information équivalente à l’invention de l’imprimerie par Gutenberg : « Chaque seconde, 29 000 giga-octets (Go) d’informations sont publiées dans le monde, soit plus de 900 000 000 000 Go par an. En 2017, 253 000 textos par seconde étaient envoyés alors que, dans le même temps, 60 000 recherches sur Google étaient effectuées tandis que chaque minute, 527 760 photos étaient partagées sur Snapchat et 456 000 messages tweetés […] 90% des informations disponibles dans le monde ont été rédigées dans les deux dernières années. ». Ce constat reprend notamment les données de « Data Never Sleep 5.0 » de 2017 ; avant l’ère Trump et le Covid, qui quantifie l’abondance d’informations disponible chaque minute via différents médias. L’édition 8.0 de 2020 permet de voir que par ailleurs que cette tendance à depuis largement continué.

Par ailleurs, face à cet afflux (sinon surplus) d’informations ; se greffe le fait que nous sommes souvent portés à nous orienter a priori vers l’explication ou le raisonnement qui semble le plus accessible, ou du moins le plus intuitif. Voie ouverte au risque de désinformation ou de mauvais choix. En l’absence d’informations bien hiérarchisées il est difficile d’opter pour la meilleure solution. Dans son livre « Predictably Irrational » l’économiste du comportement Dan Ariely livre ainsi l’expérience suivante réalisé auprès d’étudiant du MIT concernant des offres d’abonnement au journal « The Economist »

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Dans le Test 1, la présence d’un leurre (« Abonnement Print à 125$ ») économiquement absurde ; semble pousser les participants à opter massivement pour la troisième solution “Abonnement Print & web 125$” qui est objectivement meilleure que le deuxième choix. Si l’on supprime cette option (Test 2) ; l’effet est totalement inverse et le choix se reporte principalement sur la solution numéro 1. Il n’y a pas de logique vraiment rationnelle mais cela illustre un biais cognitif et la difficulté à hiérarchiser l’information.

Dans les marchés boursiers, certaines sociétés réalisent des « splits » d’action. Les détenteurs d’une action reçoivent à la place plusieurs actions de prix inférieur, pour une même valeur totale. Ceci permet de rendre l’action plus liquide. Mais cela peut également, au premier abord, changer la perception d’une action « moins chère » ; alors que la valorisation de la société reste strictement la même.

FOMO vs TINA

Alors que l’information est omniprésente il est parfois difficile de se déterminer. Confrontés à des décisions d’investissement, pouvons-nous correctement hiérarchiser l’information ? Dans le cas de marchés régis par l’offre et la demande tels que les marchés cotés par exemple. Dans quelle mesure doit-on prendre en compte les comportements supposés des autres investisseurs ?

L’abondance d’informations semble également souvent aller de pair avec un appétit d’information qui se crée. Des chercheurs allemands ont ainsi montré que dans le cadre d’une étude il était apparu qu’il était plus facile pour une majorité d’individu ; de se priver de nourriture ou de relations sexuelles que d’une connexion internet et d’un accès aux réseaux sociaux.

Ce comportement a donné lieu à un néologisme ; la FOMO (« Fear Of Missing Out »), soit la peur de manquer un événement. Dans un ordre d’idée un peu différent le phénomène TINA (« There Is No Alternative ») ; peut amener à se déterminer avant tout non pas sur le bien-fondé absolu d’une stratégie ; mais en considérant ce qui semble la moins mauvaise solution entre différents scénarios.

Dans le domaine de l’investissement cela peut favoriser l’adoption de certaines classes d’actifs. Par exemple la popularité du Bitcoin n’est-elle pas pour une part importante favorisée par le facteur « FOMO » ? De même, alors que les taux et les rendements réels des actifs sans risque sont désormais négatifs ; nombre d’investisseurs confrontés à une abondance de liquidité sont amené à se reporter sur des classes d’actifs plus risquée ; tels que les marchés actions avant tout du fait de « l’absence d’alternative ».

Information et crédit

Si le relativisme peut influencer des décisions d’investissements ; le crédit est un domaine ou une attention est avant tout accordée aux fondamentaux. Le banquier John Pierpont Morgan disait ainsi ses décisions fondées à « 50% sur les chiffres, 50% sur l’homme ». D’où l’importance de disposer d’une information non asymétrique, non anonyme et si possible cohérente et normée ; afin de pouvoir effectuer des comparaisons qui ont du sens et s’appuyer sur des éléments objectivement quantifiables.

Dans ce domaine, les agences de notations jouent par exemple un rôle primordial pour les investisseurs. Le « rating » qu’elles accordent à tel ou tel émetteur est censé avoir une cohérence dans le temps ; et lier directement un niveau de risque à l’instant T avec un niveau de rendement.

Dans notre domaine du crowdfunding, les plateformes sont tenues d’avoir un agrément. Garant d’une obligation de moyens dans l’analyse, la sélection et le suivi de certains process et la présentation de l’information. Chaque projet fait généralement l’objet d’une notation propre à chaque plateforme. Cela permet d’objectiver le niveau de risque et de le lier à un niveau de taux d’intérêt proposé ; qui sera également fonction de la durée du prêt. La prise en compte de la notation Banque de France des émetteurs ; permettra également d’inclure une dimension normée et statistique dans l’analyse.

Il ne s’agit pas ici de la prise en compte de l’offre et de la demande ; des opinions de chacun pour fixer les modalités de sélection d’un projet ; mais d’une attention particulière au fondamentaux. L’important étant avant tout de déterminer la capacité objective de remboursement de l’émetteur. Bien sûr, les conditions générales des prêts sont indirectement influencées par le niveau général des taux et des rendements observés sur d’autre classe d’actifs ; pour que cela reste un “deal” cohérent pour les investisseurs et les emprunteurs.

Cependant, quelles que soient les alternatives, la décision de prêter ou non pour les investisseurs devra toujours se fonder en premier lieu sur la confiance dans la capacité de remboursement de l’émetteur ; sur le respect d’un couple risque/rendement logique ; et sur l’intégration de différents éléments tels que la contrainte de liquidité propre à chaque investisseur ; et la nécessité de diversification des investissements pour une stratégie optimale.

Publication originale le 28 janvier 2021, mise à jour le 28 janvier 2021

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