“Coronabonds” : le retour d’une idée ancienne

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Mis à jour il y a 3 mois

Alors que l’ensemble de l’Europe fait face à la crise du coronavirus ; neufs gouvernements Européens (parmi lesquels la France, l’Italie et l’Espagne) avait demandé au président du Conseil Européen de créer des obligations “coronabonds”.
Le jeudi 26 mars, l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande et les Pays-Bas ont cependant refusé cette idée.

En quoi consiste les coronabonds et comment ils auraient pu bénéficier à l’économie européenne, la réponse en 4 questions :

Qu’est-ce qu’un coronabond ?

Un coronabond est l’idée d’une catégorie particulière d’eurobond, c’est-à-dire d’obligation émise dans un cadre européen, pensée spécifiquement pour la crise économique engendrée par l’épidémie du Covid-19.

À tout instant, lorsque les États Européens souhaitent emprunter de l’argent pour financer leur déficit, ils peuvent émettre des obligations libellées en euros. Celles-ci représentent des titres de dettes que peuvent acheter les investisseurs publics ou privés (banques, fond d’investissement, assurance, etc.).
Il est important de noter que, les pays Européens n’étant pas tous dans la même situation financière, ils n’empruntent donc pas tous aux même taux. Les états les plus endettés (dont la France, avec une dette de 2 415 milliards d’euros soit 100% de son PIB) empruntent à des taux plus élevés, car le risque qu’ils ne remboursent pas (on parle de “risque de défaut”) est plus élevé. Pour résumer, l’argent est emprunté uniquement à l’échelle de chaque pays (garantie nationale) et la dette totale est calculée individuellement.

L’idée du coronabond est d’emprunter sur la base d’une garantie solidaire des pays membres de l’UE. Le risque ainsi mutualisé est plus faible pour le prêteur, et le taux est donc également plus bas que celui des pays les plus endettés.

En théorie, une structure externe serait créée pour pouvoir émettre une telle dette aux noms de tous les états membres de l’UE. Ensuite, le taux d’intérêt serait fonction de la moyenne des différents taux auxquels sont soumis les différents pays. Enfin, un agencement collectif permettrait la réallocation des fonds levés vers chaque état, suivant une règle à définir.

Il aurait fallu évidemment s’assurer que les fonds alloués soient restreints uniquement aux dépenses liées à la crise sanitaire, et que la fenêtre d’émission soit déterminée à l’avance.

Quels en seraient les avantages ?

Pour bien comprendre les avantages du coronabond, il est nécessaire de faire un rappel bref du contexte européen actuel :

Pour freiner la crise et faire face à la récession qui s’annonce en Europe, la plupart des États et la BCE ont décidé d’augmenter les liquidités disponibles en prêtant ou en garantissant des sommes inédites, notamment aux banques commerciales. Cet argent, les pays doivent l’emprunter en émettant des obligations, et on a pu remarquer un écart significatif et grandissant des différents taux d’intérêts entre les États (ce que Bruno Le Maire a appelé la “fragmentation”, aussi connu sous le nom de spread).

À titre d’exemple, l’Italie, pays Européen le plus touché par la pandémie qui comptait déjà une dette égale à 136 % de son PIB fin 2019, faisait face à des taux d’intérêt de 2.40% la semaine dernière. À l’opposé l’Allemagne, beaucoup plus vertueuse sur le plan des finances publiques et considérée comme le point de référence sur ce marché, affichait des taux négatifs à -0.39%.

Le principal avantage du coronabond serait donc d’effacer cette discrimination entre les pays en empêchant la spéculation sur les États en difficulté. Le fait que l’Italie emprunte aux côtés de l’Allemagne rassurerait les investisseurs, et permettrait au pays déjà fragiles de moins s’endetter ce qui bénéficierait à toute la zone euro.

Ainsi, l’Union Européenne pourrait émettre des obligations de coronabonds aux investisseurs du monde entier, et redistribuer la somme également entre ses pays en prenant en compte leurs situations respectives. En utilisant cette puissance collective, la zone euro pourrait donc diminuer les répercussions économiques totales générées par la crise.

Quelle est la controverse qu’ils provoquent ?

Si les avantages paraissent convaincants, ce n’est pas la première fois que l’idée de créer des obligations émises solidairement par l’UE est évoquée. Pourtant, il n’y a jamais eu de véritable instrument de dette mutualisée entre les pays Européens.

Lors de la crise des subprimes en 2008, plusieurs pays dont l’Italie avaient plaidé pour la création d’obligations UE afin de permettre au pays les plus en détresse de pouvoir faire face à des taux moins pénalisants. La France avait déjà poussé par ailleurs cette idée plusieurs fois lors du mandat de François Hollande. Ces obligations UE auraient permis à l’époque que la Grèce emprunte à coût moindre et sorte de sa crise financière plus rapidement.

Ces obligations UE n’ont pourtant jamais vu le jour en raison d’une opposition ferme de l’Allemagne et des pays d’Europe du Nord. La motivation en était claire : les pays en bonne santé financière n’avait pas envie de payer pour l’indiscipline des pays d’Europe du Sud. De plus, comme il n’y avait pas d’échéance claire associée à ce mécanisme d’obligations européennes, l’Allemagne et les Pays-Bas redoutaient de devoir être liés à cette dette à trop long terme.
Les pays récalcitrants craignaient aussi un possible laxisme budgétaire accru de la part des pays du Sud suite à l’adoption de ces mesures, dès lors que la puissance financière des pays plus disciplinés était disponible pour les secourir.

Étaient-ils une solution plausible pour 2020 ?

Qu’en est-il de la position des pays d’Europe du Nord et de l’Allemagne face à la crise du Covid-19 ? Face à l’ampleur de la situation et les mesures d’urgence prises par la plupart des États, la création d’obligations UE comme les coronabonds étaient une solution bien plus probable aujourd’hui qu’auparavant. Bien que les oppositions à cette mesure avaient été très marquées, notamment en 2008, l’Allemagne n’avait pas exprimé un refus immédiat quant aux coronabonds

La différence majeure dans le débat d’argument d’avec les précédentes crises est que l’Italie et l’Espagne ne peuvent pas être tenues pour entières responsables de cette détresse sanitaire. Face à la menace d’une crise de la dette souveraine de plusieurs pays, les États Européens les moins concernés commencent à mesurer les répercussions potentielles sur leur propre économie.

Cependant, la Chancelière allemande a opté pour une autre stratégie en ré-affirmant son opposition à une mutualisation des dettes jeudi dernier. Elle affirme ainsi sa préférence pour le MES (mécanisme Européen de stabilité) qui prêtent aux pays en difficulté, généralement sous conditions strictes impopulaires (comme des coupes de dépenses budgétaires).

Paradoxalement, la crise du coronavirus aurait pu faire avancer d’un grand pas la solidarité financière des pays membres de l’Union Européenne. On peut sans doute en déduire que la politique budgétaire Européenne est vouée à rester indépendante, tant que la situation n’est pas dramatique pour tous les pays de l’Union.

Publication originale le 27 mars 2020, mise à jour le 30 mars 2020

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