Impact du Coronavirus sur le PIB : -3% par mois de confinement

insee et coronavirus, confinement et pib, impact du pib sur le confinement

Mis à jour il y a 6 mois

Lors de l’annonce de ses mesures de soutien économique, le gouvernement avait envisagé une baisse du PIB de -1%, rapidement jugé optimiste. Selon les prévisions des banques et des organismes internationaux les fourchettes d’estimation varient… L’INSEE a fait un point de conjoncture assez complet chiffrant l’impact du coronavirus sur le PIB de l’économie française à -3% de PIB par mois de confinement. L’INSEE a prévu, en sus de ses notes de conjonctures mensuelles, de faire un point de situation tous les quinze jours pour évaluer la situation économique.

L’INSEE met en place une méthodologie spécifique

La dernière enquête de conjoncture contenait des éléments collectés avant la mise en place des mesures de confinement. Par ailleurs l’INSEE s’est trouvé dans l’impossibilité de faire des relevés sur les points de ventes, fait face à des difficultés pour échanger avec les entreprises, et a observé des évolutions passant par des ruptures d’activité brutales.

Afin d’estimer au plus près la situation, l’INSEE a fait évoluer sa méthodologie et multiplié les sources d’informations : Banque de France, Groupement des Cartes bancaires, fédérations professionnelles, Medef, Rexecode… Ceci afin d’estimer notamment « la perte d’activité instantanée par rapport à une semaine normale ». Ce dispositif n’est pas sans rappeler celui mis en place aux Etats-Unis après le 11 septembre 2001 par le Secrétaire au Trésor Paul O’Neill qui avait par exemple collecté les chiffres des caisses des stations-services pour estimer au plus près l’activité économique.

Une baisse historique de l’indice du climat des affaires…

L’indice du climat des affaires, mesuré mensuellement, connait dans ce contexte une baisse historique et inédite depuis sa création en 1980, avec une chute de 10 points entre février et mars (le précédent record était une baisse de 9 points après la faillite de Lehman Brothers). Seul le secteur du bâtiment semble résister, mais ses données ont été collectées avant la mise en place du confinement.

…couplée à une baisse d’activité immédiate de 35%…

Estimation de la perte d’activité liée aux mesures d’endiguement (écart entre l’activité économique estimée pendant la dernière semaine de mars et l’activité d’une semaine « normale »)

Branches d’activitéPart dans le PIB (en %)Hypothèse de perte d’activité par rapport à la normale (en %)Contribution à la baisse d’activité (en points de PIB)
Agriculture et industries agro-alimentaires4-40
Industrie hors agro-alimentaire12-52-6
Construction6-89-5
Services marchands56-36-20
Services non marchands22-14-3
Total100-35-35

Calculs Insee, à partir de sources diverses

Grace à la modélisation d’informations alternatives (consommation d’électricité, trafic ferroviaire, paiements par carte bancaires) l’INSEE a pu donner une estimation proche d’une vision instantanée.

  • Les commerces alimentaires restant ouverts, le secteur agricole (malgré un manque de main d’œuvre) et agro-alimentaire semblent les plus préservés
  • D’après les retours, le secteur industriel accuse une baisse massive d’activité, de plus de 50 % (difficultés d’approvisionnement, confinement et arrêts)
  • Les services marchands perdent 1/3 d’activité, avec des secteurs très impactés (transports, hôtellerie, restauration, loisirs, etc.) et d’autres plus préservés (télécommunications, assurance). Cette classe comprend les loyers immobiliers pour l’instant peu impactés, mais étant donné son poids dans le PIB contribue pour 20 des 35 points de baisse estimée.

Au global cette chute d’un gros tiers du PIB en instantané est cohérente avec les données du marché du travail à date (1/3 en chômage partiel, 2/3 en télétravail ou maintenus en poste) et la baisse de 20 % de la consommation d’électricité (la consommation d’énergie au domicile étant maintenue).

… et à une baisse de la consommation des ménages du même ordre de grandeur

Estimation de la perte de consommation des ménages liée aux mesures d’endiguement (écart entre la consommation estimée pendant la dernière semaine de mars et la consommation d’une semaine « normale »)

Branches d’activitéPart dans la consomation (en %)Hypothèse de perte d’activité par rapport à la normale (en %)Contribution à la baisse d’activité (en points)
Agriculture et industries agro-alimentaires1861
Industrie hors agro-alimentaire30-60-18
Construction2-90-1
Services marchands46-33-15
Hors services immobiliers 27-56-15
Services immobiliers (loyers, logement, …) 1900
Services non marchands5-34-2
Total100-35-35

Calculs Insee, à partir de sources diverses

La baisse de la consommation des ménages serait également de l’ordre de 35 %, sur la base de l’estimation des commerces restés ouverts et des volumes de transactions par carte bancaire. Parmi les principales variations :

  • Un effondrement de la consommation des biens de l’industrie manufacturière (-60 %), représentant un impact global de 18 points sur les 35 :
  • Quasi-disparition de certains achats, de -90 à -100% pour le matériel de transport, le textile, l’habillement
  • Certains se maintiennent (électricité, eau) ou augmentent légèrement (industrie pharmaceutique +5 %)
  • Une baisse de la consommation de services marchands d’environ 33 %, représentant un impact global de 15 points. Hors les dépenses de logements par nature stable, on enregistre une baisse de 55 % notamment dans les secteurs de la restauration, de l’hébergement et des transports :
  • On assiste cependant à un transfert des dépenses de restauration hors domicile vers les catégories produits agricoles et agro-alimentaires, qui augmentent de 6 %
  • Une baisse de la consommation de services non marchands de 34 %, contribuant à hauteur de 2 points à la baisse totale
  • L’arrêt des rénovations (branche de la construction à -90%) contribuant pour sa part à la baisse pour 1 point

Impact du Coronavirus sur le PIB : minimum de l’ordre de –3% de PIB pour l’année

Impact comptable estimé du confinement sur les évolutions trimestrielle et annuelle du PIB (en points de PIB trimestriel ou annuel)

Durée du confinementContribution à l’évolution du PIB trimestrielContribution à l’évolution du PIB annuel
Un mois-12-3
Deux mois-24-6

Calculs Insee, à partir de sources diverses

Au global l’impact des premières tendances aurait donc un impact annuel négatif de -3% sur le PIB par mois de confinement (35/12). Par ailleurs il est particulièrement difficile de se projeter à long terme du fait de l’incertitude sur certaines données clés : bien entendu la durée de l’épidémie, mais aussi l’impact à long-terme sur les comportements malgré les mesures de soutien de l’état, et les conditions d’un retour de la confiance.

Ce chiffrage semble corroboré par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) qui estime qu’un mois de confinement entraine une diminution de l’activité de 30 % (60 milliards d’euros), soit 2,6% sur un an. La même précaution s’applique quant à l’horizon de sortie de crise.

L’OCDE est également assez proche, estimant -25 % par mois, c’est-à-dire -2 points de PIB annuels pour chaque mois de confinement.

Publication originale le 2 avril 2020, mise à jour le 2 avril 2020

Sujet(s):

Articles recommandés