Coronavirus et économie de crise

Mis à jour il y a 8 mois

Le coronavirus est désormais bien installé dans le quotidien de chacun d’entre nous, avec les risques qu’il présente pour la santé notamment des plus exposés.

Au-delà de la dimension médicale, le coronavirus se traduit déjà par des impacts sur la vie économique.

Le phénomène a pris une dimension mondiale. Le virus (mais pas uniquement) a eu, avec un certain retard, un impact fort sur les marchés financiers. Par ailleurs des conséquences perceptibles sur l’économie réelle dans des proportions qui ne pourront sans doute être totalement appréhendées qu’une fois la crise passée.

De nombreuses entreprises sont déjà ou seront bientôt très sérieusement touchées.

Malgré la difficulté de se projeter, il est fondamental de faire le point à date, d’anticiper, et donc de se poser dès maintenant les bonnes questions. En tant que dirigeant de PME ou d’investisseur, pour franchir au mieux ce nouveau cap.

« WALL STREET » : Le monde de la finance a déjà anticipé à sa façon

Pour les investisseurs, la deuxième semaine de mars 2020 restera sans doute dans les annales comme l’une des pires journées jamais enregistrées.

Le déclencheur du « krach » aura été une rupture du front uni Opep/Russie sur un contrôle de la production de pétrole brut pour maintenir les prix face à une demande atone et une offre alimentée par le pétrole de schiste américain. Riyad décidant de faire cavalier seul en baissant ses prix pour gagner en parts de marché. Ceci entraînant une chute du cours du brut de 30 % s’ajoutant aux précédentes. 

Un ajustement de valorisations au sommet

Sur 10 ans la hausse de l’indice Nasdaq se situe à +250 %, portée en partie par les bonnes performances des GAFAM, contre une performance de près de x5 pour l’indice S&P500 depuis 2009.

Le repli récent du CAC40, fait suite à un millésime 2019 exceptionnel avec une hausse annuelle de près de +30 % (après certes un accident de parcours en fin 2018).  Où que l’on regarde, les classes d’actifs, cotées ou non cotées, ont enregistré des performances remarquables ces dernières années.

Un mouvement de hausse peu démenti depuis la crise des «subprimes »

La hausse des valorisations observée sur la majorité des actifs (cotés et non cotés, corporate, ou immobilier notamment) doit beaucoup aux politiques accommodantes des banques centrales.

Après avoir progressivement relevé ses taux, la FED a renoué en 2019 avec trois baisses de taux (et récemment en 2020). En Europe les taux directeurs sont même devenus négatifs depuis plusieurs années. Ces injections de liquidités bon marché expliquent semble-il en grande partie les hausses observées.

Les politiques accommodantes des banques centrales ont permis à des États toujours plus endettés de financer leurs déficits à bon compte, et d’alimenter la hausse des actifs face à des liquidités surabondantes en quête de placement.

Les entreprises qui constituent les principaux indices boursiers sont sans doute les gagnantes d’une « mondialisation heureuse » et il est toujours difficile de se prononcer sur les valorisations en termes absolus.

Toujours est-il qu’outre la crise du coronavirus, les investisseurs ont semblé jusqu’ici remarquablement insensibles aux risques et à un environnement parfois préoccupant.

  • Ralentissement de la croissance mondiale,
  • Ralentissement de la croissance des échanges commerciaux,
  • Coopération internationale compliquée (Trump/Chine/Russie/Brexit),
  • Ralentissement de la croissance de la Chine,
  • Déséquilibre géopolitiques (conflits, populisme, terrorisme, défit écologique),
  • Événements divers locaux (gilets jaunes, grèves, etc…)

« MAIN STREET », l’économie réelle

La propagation du coronavirus, illustre la mondialisation de l’économie et par ricochet l’importance prise par la Chine dans le domaine économique (bien plus intégrée que lors de l’épidémie de SRAS). Elle a des effets palpables pour les zones géographiques et les populations concernées.

Le coronavirus : des effets directs bien réels

La chute des cours du pétrole et la baisse des marchés boursiers sont sans doute le fait d’une anticipation d’un déséquilibre offre/demande, d’une situation globale dégradée et d’une volatilité exacerbée. L’épidémie a des répercussions directes dont on peut déjà noter quelques réactions ou symptômes :

  • Intervention des banques centrales américaines (FED) et anglaises (BoE) via des baisses des taux,
  • Réaction des gouvernements (mesure de soutien en faveur des PME en France, plan de relance en Italie),
  • Mesures exceptionnelles : quarantaine, encadrement des prix sur certains produits…
  • Arrêt de la production dans les usines (en Chine notamment)
  • Baisse de la demande : contrainte ou volontaire. Du fait d’une abstention des consommateurs, de mesures de restrictions contraintes (déplacements), d’arbitrages ou liés à des pertes de revenus chez les clients donneurs d’ordres
  • Baisse de l’offre : notamment du fait de contraintes liées à l’annulation d’évènements, mais aussi de ruptures de stocks (voire de pénurie) qui peuvent se déclarer en chaîne.

Quels secteurs prioritairement impactés par le coronavirus ?

Sans être devin les secteurs qui ont et seront impactés par le coronavirus sont nombreux, on pourra citer notamment :

  • Les transports (compagnies aériennes, bus…)
  • Les activités touristiques (hôtels, tour-opérateur, plateformes de réservation, musées et spectacles, sports, etc),
  • La restauration sous toutes ses formes (collective, restaurant, traiteur…),
  • Événementiel (salons, manifestations…),
  • Spectacles (théâtres, cinémas…),
  • Secteurs dont le process implique de ventes ou prestation se fait en face à face (y.c. retail),
  • Secteurs dont le process implique des approvisionnements lointains (notamment en Asie),
  • Secteurs dont les employés seront directement ou indirectement visée (écoles fermées avec difficultés de garde par exemple) par des mesures de quarantaine et qui ne peuvent pas faire de télé travail,
  • Assurances (quelles indemnisations ?)

L’impact se déployant par capillarité à de nombreux fournisseurs et partenaires des entreprises concernées. Quid de la société qui devait assurer la sécurité du match PSG-Dortmund ou transporter les supporteurs, des fournisseurs de tel restaurant en baisse de chiffre d’affaires, ou de tel salon professionnel annulé ? Un effet “domino” est à prévoir, impossible à éviter, impossible à mesurer à date.

Dans une économie mondialisée, les clients des uns sont potentiellement les fournisseurs des autres, ou les banquiers de tous… l’effet « papillon » constaté en 2008 peut parfaitement se reproduire…

Quelques secteurs pourront peut-être tirer leur épingle du jeu à la marge ou du moins passer plus facilement le cap : comme certaines plateformes internet (effet Netflix), des fournisseurs de matériel médical ou liés à l’hygiène…dès lors que le phénomène est court dans sa durée évidemment.

La baisse du pétrole si elle demeure, fournira des marges de manœuvre à certains secteurs et du pouvoir d’achat aux particuliers qui viendra pour certains compenser d’autres effets plus négatifs.

L’impact du coronavirus : Que faire en tant que dirigeant de PME ?

Si l’on considère qu’être dirigeant c’est avant tout prévoir, l’exercice est par nature difficile tant que l’on ne connait ni l’étendue ni la durée de la crise, mais n’est-ce pas systématiquement le cas…

Essayer de mesurer l’impact « business » du coronavirus

Un premier exercice est de mesurer l’impact de baisse de chiffre d’affaires en fonction de plusieurs scénarios.

Cela peut venir d’un retrait des clients ou de défaillances clients : il faut donc en priorité revoir sa base de clients, son « pipeline » de prospects et les risques associés.

Le risque peut également venir de rupture d’approvisionnement : il est donc impératif de revoir sa base de fournisseurs, peut-être pour en changer si cela est encore possible.

Il faut aussi s’assurer de conserver ses talents, afin d’éviter que le désordre entraine la défaillance de l’entreprise. Dans une PME, la dépendance à quelques personnes clés est forte.

Évaluer l’impact du coronavirus sur sa santé financière et le soutien de ses financiers

Sauf à envisager une crise qui durerait très longtemps, la situation de l’impact variera.  Société très profitable, très peu endettée, et avec beaucoup de coûts variables d’un côté. À l’opposé, une PME tout juste à l’équilibre, disposant de peu de réserves de trésorerie et avec une base de frais fixes importante.

Fondamentalement les questions vont être basiques :

  • Jusqu’à quel niveau de pertes de revenus puis-je tenir mes engagements (mes coûts, mes investissements, mes remboursements de crédit) ?
  • Comment puis-je gérer certains délais de paiement ou d’encaissement pour améliorer ma trésorerie ?
  • Quelles sont les ressources à ma disposition pour passer ce cap (trésorerie, balance clients, mobilisation clients, avance des actionnaires, lignes de crédit, banquiers, cession d’actifs, échéancier Urssaf…)
  • Quelles sont mes marges de manœuvre (réduction de dépenses, d’investissements, de recrutements…)  ?
  • Enfin à quel stade dois-je mettre mon entreprise sous la protection du Tribunal de Commerce ou la céder pour la sauver ?

Une remise à plat et de différents scénarios doit permettre de déterminer un point bas.

Prendre des mesures en conséquence

Si l’on considère que le but est avant tout de traverser la crise et d’éviter une impasse de trésorerie, plusieurs mesures de différentes sortes peuvent être envisagées :

  • Mobiliser ses créances,
  • Faire rentrer plus vite les sous en échange de remise temporaire
  • Obtenir des délais de paiement (ce que l’État vient de mettre en place pour ses fournisseurs) et d’améliorer son BFR 
  • Reporter des investissements ?
  • Étudier un refinancement (dette, capital) pour se donner de la visibilité même si le contexte n’est pas idéal
  • Céder des actifs
  • Se renseigner et solliciter le cas échéant les mesures d’urgences mises en place par certains états

Si malgré tous ces efforts la situation semble compromise (par exemple que les ventes perdues ne seront pas rattrapées) prendre des mesures plus radicales, mais dont parfois l’effet “cash” est long à se matérialiser (licenciement, chômage partiel). Ou carrément rechercher la protection du tribunal afin d’essayer de passer le cap.

Dans une vision plus positive cela peut être source d’opportunité ou d’évolution stratégique : alliance avec un concurrent, démarche future de diversification de la base de fournisseurs ou clients.

Que faire en tant qu’investisseur en dette ?

Si l’on se focalise sur la dette, le principal point pour un gestionnaire nous semble d’anticiper d’éventuels risque de défaut sur le portefeuille actuel et d’adapter la grille d’analyse pour le futur.

1. Réévaluer la grille de risque

En tant que conseil, WeShareBonds s’attache à trouver un couple risque/rendement équilibré et cohérent pour ses investisseurs.

Une analyse crédit commence toujours par la bonne compréhension d’une entreprise et de son business model, et notamment de ses clients. À travers eux, des marchés et secteurs qui vont tirer la croissance de l’entreprise.

L’analyse crédit se penche aussi toujours sur l’écosystème de l’entreprise : ses fournisseurs, pour mesurer la dépendance et le rapport de force. Les ressources humaines pour sa dépendance aux hommes clés et à certains talents.

Des événements, tels que le coronavirus, poussent à revoir l’analyse de risques en intégrant l’impact conjoncturel sur certains secteurs à plus ou moins court terme du coronavirus, tant du côté client que fournisseurs.

Cela peut amener à privilégier ou écarter certains profils, revoir le « pricing » et les garanties demandées dans certains cas.   

2. Sonder les entreprises déjà financées

Si l’on anticipe des difficultés, prendre les devants et communiquer est sans doute le meilleur moyen de les éviter. Cela peut permettre de tester l’éligibilité à des solutions conjoncturelles (plans gouvernements aux par exemple) ou à des aménagements/refinancements.

3. Garder une ligne de conduite

Plus que jamais, garder une ligne de conduite devrait permettre de limiter les erreurs, notamment en :

  • Continuant à essayer de mesurer le risque de manière objective en intégrant les éléments nouveaux.
  • Continuant à appliquer des règles de bonnes gestions notamment en terme diversification (sociétés, secteurs, profil de risque, durée) en intégrant d’éventuelles exclusions
  • Privilégiant les sociétés les mieux notées, les plus fortes, qui vont probablement sortir plus forte de la crise, alors que les plus fragiles risquent de disparaître.

Publication originale le 12 mars 2020, mise à jour le 17 mars 2020

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