Coupe du monde 2018 : quelque soit le résultat, le grand gagnant est-il … TF1 ?


Dans notre article « Football et la Coupe du Monde, plus qu’un jeu un enjeu » nous nous étions intéressés à l’évolution conséquente du poids économique du football. Avec des règles qui ont même évolué sous l’égide de la FIFA afin d’en faire un produit plus rationnel et prévisible susceptible d’attirer toujours plus de partenaires économiques (à quand un financement en crédit sur WeShareBonds sur le sujet ?). Pourtant en ce qui concerne les diffuseurs, malgré des intérêts communs évidents des différents acteurs, l’équilibre économique ne semble pas toujours évident à atteindre pour TF1.

Sport et un media un mariage de raison

Selon la légende, la Ligue Nationale de Football, à la sortie de l’épopée des verts de Saint-Etienne en 1976, avait sollicité les chaines publiques en vue de créer une émission centrée sur le football : réponse des intéressés – en l’occurrence Roger Couderc – « Ça n’intéressera personne, tout le monde s’en fout de voir des buts les uns après les autres ». Cela aboutira cependant à la création de Téléfoot sur TF1.

De fait le sport, illustration ici pour le cas de la France, bénéficie d’une diffusion de plus en plus importante en volume horaire avec cependant d’un autre coté ses audiences désormais réparties sur de nombreuses chaines.

TF1, wesharebonds

Derrières les Jeux Olympiques qui restent le plus visionnée, la diffusion des grands événements tels que le Mondial de Football enregistre des audiences record (3,2 milliards de téléspectateurs uniques en 2014) mais semble celle-ci avoir atteint un pic, malgré une plus grande popularité sur des marchés tels que la Chine.

En ce qui concerne les droits de diffusions, ceux-ci ont connu une inflation sans précédent, : NBC va ainsi payer 7,65 milliards de dollars pour retransmettre les Jeux 2020 à 2032 aux Etats-Unis (soit près du double du montant du précèdent appel d’offre). En comparaison les JO de Rome en 1960 avait rapporté au global, 1,2 million de dollars… Pour la FIFA la dernière édition de la Coupe du Monde a rapporté 3 milliards de dollars (contre environ 100 millions en 1990). La raison ? les grands événements sportifs réalisent les meilleures audiences.

Les limites du business model

Pourtant, derrière ces chiffres vertigineux, certaines limites du business model ne sont-elles pas atteintes ? Les journées n’ont en effet que 24h et les diffuseurs TV traditionnels, sont confrontés aux nouveaux modes de consommation et Sky TV a ainsi enregistré une baisse d’audience importante sur les matchs de Premier League. Malgré cela, l’audience resterait selon l’opérateur, à son pic ; en incluant les nouveaux usages. De fait seul 11% des 18-24 considèrent le sport comme leur programme télévisé préféré, ce qui traduit également une évolution des usages.

Si les droits TV pour les championnats atteignent des montants records sur les principaux marchés, un cap semble avoir été atteint sur la marché UK qui reste le précurseur. Après une forte inflation les droits de Premier League ont connu pour la première fois un repli.

TF1, wesharebonds

Sur le long-terme si l’émergence des offre « pay-tv » par abonnement ont créé une nouvelle offre. Elles peuvent également avoir un impact sur l’audience globale et à terme la popularité du sport ? Pour le Mondial 2018, plusieurs pays d’Afrique (dont l’Egypte de Mohamed Salah) ont été privés de matchs en clair au profit de BeInSport. Cela a d’ailleurs entraîné un vaste mouvement de piratage avec la chaine BeOutQ (avec en sous-main l’intervention supposée de l’Arabie Saoudite rival du Qatar).

Le Mondial et le football pas forcément rentable pour les chaînes comme TF1 ?

De par son audience le Mondial reste un événement majeur ne serait-ce qu’en terme d’image. La chaine M6 qui s’était vanté en 1998 d’être la chaine « 0% foot » a décidé de se convertir en diffusant la coupe du Monde 2006, conformément à l’ambition de devenir un média majeur. La chaines – aux cotés de TF1 – est par ailleurs partenaire de l’Equipe de France et de la FFF dans le cadre d’un contrat jusqu’en 2022 pour la diffusion des matchs des Bleus.

Depuis 20 ans, les matchs du Mondial en France ont déserté les grilles du service public au profit des chaines privées (en clair ou cryptées), mais la hausse de montant des droits a entraîné des pertes financières pour les diffuseurs. Ainsi TF1 avait du débourser 130 millions pour l’exclusivité des droits de la Coupe du Monde 2014, un montant équivalent à celui payé par les chaines françaises pour l’édition 2018. A titre de comparaison cela correspond aux droits mondiaux générés par la compétition en 1998.

Lors de la précédente édition, TF1 avait choisi d’acquérir les droits puis de rétrocéder une partie à BeInSPort mais pour un montant finalement plus faible qu’anticipé. Malgré les recettes publicitaires conséquentes l’opération se serait soldé par une perte de 35M€. Pour l’édition 2018, TF1 a choisi de concourir uniquement pour l’un des lots soit les 28 meilleurs affiches (dont tous les matchs de bleu), BeINSport ayant lui obtenu l’intégralité de la compétition. Grâce au bon parcours de la bande à Mbappé et Griezmann, qui après avoir remporté le match France-Belgique jouera la victoire lors de la Finale France-Croatie, la TF1 pourrait cependant enregistrer un excédent de l’ordre de 55M€ selon Publicis. Les sports de 30 secondes pour la finale se négocient en effet environ 300k€.

Au-delà des chiffres la diffusion donne un statut de leader aux diffuseurs qui a sans doute un impact sur la grille globale et peut jouer un effet d’entrainement et de notoriété sur les différentes chaines d’un groupe qui peuvent relayer l’événement (Eurosport et LCI pour le groupe TF1). Pour les chaines payantes tels que BeINSport les grands événements sportifs restent un canal d’acquisition privilégié, un « must-have ». La perte de la Ligue 1 – malgré les tarifs prohibitifs pouvant poser question – par Canal+ a ainsi amené à des interrogations sur le futur de la chaîne.

Dernière conséquence plus basique, de la multiplication de ces canaux de diffusion, le décalage dans les signaux d’émission, qui peut amener votre voisin à célébrer un but avec cinq secondes de décalage : soyons vigilants pour la Finale du 15 juillet !


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