Covid-19 : tourisme et restauration en première ligne

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Mis à jour il y a 2 semaines

L’INSEE vient de publier sa dernière note mensuelle de conjoncture. Celle-ci prévoit sur la fin de l’année une stabilisation de l’activité économique globale en France à un niveau de -5% en dessous de celui d’avant la crise. Si l’on procède à un « flash-back » récent, au plus fort du confinement l’activité économique globale avait chuté à -30% par rapport à son niveau habituel. Le secteur du tourisme et des HCR (Hôtels-Cafés-Restaurants), traditionnellement un point fort de l’économie française et représentant 8% de son PIB — pour rappel la France est la première destination touristique mondiale —, apparait malheureusement comme l’un des plus fortement impactés par la crise sanitaire. C’est notamment la conséquence des mesures sanitaires qui pèsent sur la demande comme sur l’offre. On observe plus particulièrement l’impacte du Covid-19 sur le tourisme et la restauration avec les nouvelles régulations instaurées aux restaurateurs et la limitation des voyages. Malgré un rebond estival porté par la demande nationale, les perspectives à court terme restent incertaines ; et malgré les mesures de soutien pour passer le cap, les acteurs du secteur sont poussés à se réinventer en attendant le rebond.

La dernière étude de conjoncture de l’Insee fait apparaitre un niveau d’activité global de l’économie, en instantané, à 95% de son niveau habituel. Au total, le PIB annuel devrait reculer de l’ordre de -8% en 2020, ce qui a été récemment pris en compte dans le projet de Loi de finances 2021. Néanmoins, l’impact est pour cette année plus limité sur l’emploi (-2,3% pour l’emploi salarié) et pour le revenu disponible des ménages (-0,6%) à la faveur d’un rebond de fin d’année et de mesures exceptionnelles d’accompagnement. Les ménages français ont ainsi considérablement épargné pendant la crise sanitaire, et la reprise espérée de leur consommation sera cruciale pour le PIB.

Au sein de cette vision globale, certains secteurs issus des services sont sévèrement impactés. L’INSEE a ainsi présenté plusieurs graphiques permettant de visualiser cet impact. Par exemple, Google Trends permet de voir un volume de requête inférieur à la moyenne sur les mots-clé liés :

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Source : Google Trends. Calcul : Insee

Au sein de ces services, le secteur « hébergement et restauration » devrait être encore le plus significativement affecté jusqu’à la fin de l’année en comparaison du rythme de croisière d’avant crise. Ceci malgré un rebond estival qui montre que la demande n’est pas nulle.

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Source : Insee, Dares, enquête Acemo-Covid, calculs Insee à partir de sources diverses

Un focus sur les « secteurs durablement impactés » (au sein desquels on retrouve « restauration », « hébergement », « transport » et de nombreuses activités culturelles) via une photographie en avril au plus fort du confinement, puis en septembre, montre des baisses d’activité allant de -15% à -90%. L’effet négatif du covid-19 sur le tourisme et la restauration est alors bien visible et l’automne 2020 s’annonce pour ces secteurs, comme celui de tous les dangers, en fonction de l’évolution de la crise sanitaire.

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Source : Insee, Dares, enquête Acemo-Covid, calculs Insee

Un rebond estival réel mais fragile et porté par les résidents

Le secteur du tourisme a relativement résisté pendant l’été comme l’a spécifiquement relevé l’INSEE en analysant les dépenses des seuls résidents. Beaucoup de régions ont ainsi connu un été plutôt correct grâce à une hausse des dépenses en termes de restauration et de nuitées, les Français s’étant rabattus sur l’hexagone pour leurs vacances, et souvent dans des zones plus rurales ou périphériques (montagne, côte atlantique, campings, régions rurales…). Cependant les consommations des non-résidents – absents cette année — qui représentent un tiers de la demande habituelle ne sont pas prises en compte ici.

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Source : Cartes Bancaires CB, estimation de la population au 1er janvier 2020, Insee. Calculs : Insee

Malgré un rebond post-confinement, et des Français qui ont privilégié l’hexagone il faut nuancer cette analyse avec plusieurs éléments :

  • Une hausse des nuitées non-marchandes via des hébergements familiaux
  • Une forte baisse des déplacements professionnels
  • Une quasi-absence de la clientèle étrangère, qui a fortement affecté certaines zones phares et urbaines telles que Paris. La capitale a connu un taux de remplissage estival des hôtels de 34% selon le cabinet MKG, avec un hôtel sur deux ouvert, soit des baisses de chiffre d’affaires de l’ordre -60%
  • Un secteur culturel également fortement impacté, le passage en « zone rouge » de certaines agglomérations et les jauges ayant limité l’offre. Avec par exemple la fermeture de Disneyland Paris, des discothèques, des stades…

Les conséquences économiques se font sentir également de manière indirecte sur les bailleurs commerciaux (et un secteur des foncières commerciales fortement attaqué en bourse) : restaurants comme hôteliers ne sont en effet généralement pas propriétaires des murs et sont confrontés à des loyers qui continuent à courir. Les propriétaires Airbnb urbains ont ainsi remis de nombreux biens sur le marché de la location traditionnelle — et Airbnb a par ailleurs licencié 25% de ses effectifs dans le monde. Autre impact indirect : la baisse de la consommation de poisson ou viande bovine du fait notamment de la chute de la consommation hors domicile (restauration et restauration collective).

L’impacte du covid-19 sur le tourisme et la restauration : un problème d’équilibre qui touche l’offre et la demande

Les acteurs bars, restaurants et hôtels ont ainsi été affectés par un choc à la fois sur l’offre et sur la demande :

  • le confinement et les différentes mesures de fermeture administrative (en tant que commerce « non essentiel » pour les restaurants et bars pendant le confinement) et plus récemment les mesures de fermeture ou de restrictions horaire, avec les passages en « zone rouge » ou en « zone d’alerte maximale » ont un impact massif sur l’activité des établissements concernés
  • les mesures sanitaires de distanciation sociale (espacement des tables) ont entraîné une baisse de la capacité d’accueil des établissements, malgré certaines mesures pour élargir les terrasses par exemple, tout en nécessitant des investissements
  • au niveau de la demande, le télétravail, la baisse des flux de touristes étrangers et des déplacements professionnels ont impacté à la fois hôtellerie et restauration

Face à cette situation, lorsque l’activité et l’ouverture peuvent être maintenues, se trouve le problème de capacité et de taux de remplissage. Une ouverture sur une base réduite rend difficile l’atteinte du point mort pour couvrir les frais fixes (avec par ailleurs souvent une pression sur les prix).

Heureusement différentes mesures de soutien de la part de certains bailleurs, l’aide mensuelle de l’Etat jusqu’à 10 000 euros, les exonérations de charges, les mesures de chômage partiel prorogées jusqu’au 31 décembre (qui devraient être suivies d’un dispositif long d’activité partielle) et le « PGE » ont permis d’éviter le pire. Quant à l’indemnisation des pertes d’exploitations par les assureurs, elle n’a, semble-t-il, que peu été mise en œuvre malgré quelques dossiers médiatisés.

En attendant un retour à une meilleure visibilité sur la situation sanitaire, les professionnels sont contraints de tenter de se réinventer (livraison, clientèle locale). Face à un impact immédiat sur le secteur touristique de 30 à 40 milliards d’euros, l’équation est actuellement compliquée. En l’absence de rebond, la France – qui compte 168 000 restaurants et 39 000 bars et cafés – pourrait ainsi voir 15% des établissements (et jusqu’à 30% en Île-de-France) menacés. Le secteur emploie également près d’un million de salariés (sans compter les impacts indirects sur les prestataires d’entretien ou de sécurité par exemple).

L’impact du covid-19 sur le tourisme et la restauration s’est donc bien fait sentir mais il n’empêche qu’un rebond arrivera, et sera peut-être fort, il est malheureusement encore difficile de prévoir à quel horizon !

Publication originale le 9 octobre 2020, mise à jour le 9 octobre 2020

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