Dettes publiques : quel fardeau ?

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Mis à jour il y a 4 semaines

Actuellement, les États dépensent sans compter afin de soutenir entreprises et ménages face aux conséquences de l’épidémie de coronavirus. Mais une fois la crise passée, de nombreux gouvernements se retrouveront avec une dette publique colossale. Selon le Fonds Monétaire international (FMI), celle des pays développés atteindra en moyenne 120 % de leur produit intérieur brut (PIB) en 2020. Retour sur les concepts de la dette publique, et ses problématiques.

Structuration des dettes publiques

Afin de financer leurs dettes, lesquelles naissent de leurs déficits annuels, les États émettent des titres financiers (principalement des obligations) sur les marchés financiers. Parmi les obligations les plus connues, on peut citer les “obligations assimilables du Trésor ” (OAT) en France, les “Treasury Bonds” aux États-Unis ou bien encore les “Gilts” au Royaume-Uni. En France, les OAT sont généralement émises à taux fixes et remboursables ‘in fine’, c’est-à-dire que le capital prêté n’est remboursé que lorsque l’obligation arrive à échéance. En pratique, les États ne remboursent que rarement le principal directement par leurs réserves de cash : ils émettent de nouvelles obligations pour refinancer celles arrivant à échéance.

Ces obligations dites “souveraines” sont achetées sur les marchés financiers par des investisseurs privés. Puisque la probabilité de défaut (non-paiement) d’un pays développé est quasiment nulle, il s’agit d’un placement très sûr au rendement fixe et garanti. Depuis la crise de 2008, les banques centrales se sont aussi mises à racheter aux banques les obligations émises par leur propre gouvernement afin de soutenir leur économie. C’est ce que l’on a appelé le “quantitative easing”, c’est-à-dire qu’elles vont racheter des titres afin d’injecter de l’argent dans l’économie et de maintenir des taux bas. La Banque Centrale Européenne (BCE) a annoncé à nouveau un plan similaire en mars 2020, en prévoyant une enveloppe de 750 milliards d’euros supplémentaires d’achat de titres. Selon Vincent Chaigneau, directeur de la recherche chez Generali “Les rachats de la BCE vont dépasser les émissions nettes d’obligations (émissions brutes moins remboursement)”; ce qui pourrait donc suffire à absorber l’ensemble des dettes de la zone euro émises pour pallier à la crise.

À noter que la détention de la dette publique des pays pauvres diffère de celle des pays développés, ce qui pose problème pour son financement actuel. En effet, cette dette est largement détenue par des créanciers publics, par exemple d’autre États ou bien des institutions internationales dites multilatérales (telles que le FMI) qui leurs ont accordé des prêts. Le 15 avril, les ministres des Finances du G20 ont accordé une suspension temporaire des remboursements de ces prêts à 77 États (pour un total de 14 milliards de dollars) afin d’alléger les conséquences économiques du coronavirus, particulièrement inquiétantes pour ces pays. Cependant, près de la moitié de leurs obligations est détenue par des créanciers privés (comme des fonds d’investissement), qui sont bien plus difficiles à convaincre quant à un potentiel effacement d’une partie de ces dettes.

Quand est ce qu’une dette publique devient trop élevée ?

Les chiffres actuels

Dans cette crise, le pays qui dépense le plus pour l’instant pour maintenir son économie, en absolu comme en relatif, reste les États-Unis : le plan de soutien américain atteint 2 000 milliards de dollars, soit presque 10 % du PIB. En comparaison, la zone euro est plus prudente : ses plans de soutien dépassent à peine les 3 % du PIB en moyenne. L’Allemagne est en tête avec un plan à 4,4 % du PIB, la France suit avec 4,1 %. En Italie et en Espagne, les marges de manœuvre budgétaires étant plus limitées, les plans de relances ne mobilisent qu’ 1,4 % du PIB.

Les États vont devoir d’autant plus s’endetter que les recettes fiscales (impôts, TVA, etc.) vont chuter en raison de l’arrêt d’activité lié au confinement et plus généralement de la récession actuelle. L’estimation des déficits publics, soumis à cet effet de ciseau, grimpe donc jusqu’à 15 % du PIB pour les États-Unis, 9 % pour la France et 7,5 % pour la zone euro.

Quel seuil d’endettement public ne faut-il pas dépasser ?

Il n’existe en pratique aucun seuil à partir duquel une dette devient soudainement problématique. Par exemple le Japon, endetté à 250 % de son PIB, n’a aucun mal à trouver de nouveaux financements. En revanche lorsque l’Espagne avait un atteint une dette de 67 % du PIB en 2010 de nombreux spéculateurs lui avait compliqué l’accès au financement.

Pour faire simple, la gravité du montant d’une dette publique dépend de la capacité perçue de l’État à la rembourser. De nombreux critères sont pris en compte, par exemple son niveau de croissance, la stabilité de son système politique ou bien sa capacité à lever des impôts. Si les créanciers commencent à douter de sa situation, alors ils exigeront des taux d’intérêt plus élevés en échange de prêts perçus comme plus risqués. Les financements devenant plus couteux, le poids du remboursement de la dette devient de plus en plus lourd pour cet État. C’est cet effet dit “boule de neige” qui peut conduire à un niveau de dette insoutenable et, in fine, à un défaut de paiement’.

Avec une dette prévue entre 135 % à 150 % de son PIB cette année, l’Italie se retrouve au centre des inquiétudes de la zone euro. Pour l’instant sa soutenabilité reste assurée : la BCE a baissé son taux directeur au maximum (aujourd’hui à zéro) pour faciliter les emprunts, et elle assure en parallèle le rachat des obligations souveraines italiennes. Cependant le poids de cette dette massive freinera très probablement la capacité du pays à investir dans d’autres projets, limitant ainsi sa croissance et en retour sa capacité de remboursement de dettes…

Publication originale le 4 mai 2020, mise à jour le 4 mai 2020

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