Entrepreneurs : le crowdlending est-it trop cher pour se financer ?


Les entrepreneurs dirigeants de PME sont régulièrement à la recherche de financement notamment pour financer la croissance de leurs entreprises. Les solutions qui s’offrent à eux sont diverses : parmi elles, le crowdlending offre des opportunités de financement avec des taux annuels de 4% à 8% par an. Peut-on pour autant objectivement affirmer que ce niveau est trop cher, notamment en comparaison avec les financements bancaires traditionnels ? Rien n’est moins sûr.

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Le crowdlending est une alternative pour les entrepreneurs, avec un pricing cohérent.

Lorsque l’entrepreneur veut financer son développement, il doit pouvoir se projeter et financer des éléments immatériels : recrutement pour du commercial ou de la R&D, financement de BFR… Dans ces cas, la notion de « timing » est importante afin de pouvoir saisir au mieux les opportunités et il lui faut éviter de s’engager inutilement dans des process chronophages.

Au delà du crowdlending/crowdfunding, les principaux instruments de financement sont soit des financements bancaires (qui sont effectivement actuellement proposés à des taux affichés peu élevés, souvent de l’ordre de 1% à 2%) soit des financement en fonds propres qui sont des opérations plus impactantes et structurantes avec de nombreuses contraintes.

Ces deux sources de financement ont leurs propres démarches : pour les financements bancaires, l’optique est souvent un adossement à des actifs physiques avec prise de sûretés, voir un « cash collateral ». Pour les financements en fonds propres, les contraintes sont encore plus nombreuses : montant minimum, taux de rentabilité des capitaux engagés exigé très élevé : 15% en moyenne, processus complexes amenant à un partage du pouvoir dans l’entreprise, la mise en place d’une gouvernance, un travail en profondeur sur la valorisation, et une documentation très complexe : pacte d’actionnaires, garantie d’actif-passif etc.

Entre ces deux extrêmes, la rémunération demandée par le crowdlending qui présente des contraintes beaucoup plus faibles, n’offre pas un niveau incohérent.

L’argent est certes fongible, mais il faut comparer ce qui est comparable

« L’argent n’a pas d’odeur », dit le dicton, il n’en demeure pas moins que chaque type de financement est plus ou moins adapté pour répondre à des situations spécifiques :

  • Pour les financements bancaires, ceux-ci sont surtout adaptés pour financer des actifs physiques notamment pour les PME de tailles moyennes. La plupart des financements seront ainsi accordés pour des besoins très spécifiques par adossement ou nantissements d’actifs (créances, fonds de commerces…) ou bien accordés pour des durées très courtes (autorisations de découvert éventuellement renouvelables) ou plus longues mais avec des modalités spécifiques (l’amortissement étant la norme). En deça d’une certaine taille de société, les banques ne vont pas adopter une approche d’analyse « cash-flow » mais chercher prioritairement à se couvrir sur la valeur des actifs. Le stade ultime de cette approche consistant à demander une caution personnelle au dirigeant ou le nantissement d’un bien, ce qui ne sera parfois ni matériellement faisable, ni envisageable par l’emprunteur. A cela s’ajoutent parfois d’autres limites : montant absolu par client, ratio des fonds propres globaux de la banque…
  • Concernant le renforcement en fonds-propres : il répond à une vision long-terme de l’investisseur, a priori 5 ans minimum. L’aboutissement de ce type de financement est souvent la cession de la société afin de permettre la sortie des investisseurs. Malgré les avantages qu’il présente pour le développement, l’investissement en fonds propres implique souvent une « intrusion » » ou du moins une implication des nouveaux partenaires dans la stratégie globale de l’entreprise. Par ailleurs étant donné les niveaux de rentabilité exigés, le biais d’analyse adopté portera prioritairement sur la capacité de croissance de l’entreprise, le niveau de valorisation actuel et futur, bien au-delà d’une analyse « crédit » qui s’intéresse prioritairement à la capacité de remboursement.
  • Entre ces deux mondes, le crowdlending fourni un bon compromis – ou plutôt complément- qui permet de gérer quasiment tous types de montants (en dessous d’un million d’euros généralement) pour les PME visées, d’offrir un éventail de durées (2 à 5 ans) avec de modalités amortissables ou in fine qui permettent de s’adapter finement aux besoins de l’entrepreneur (comme le fait WeShareBonds). Par ailleurs l’absence de prise de sûretés, et l’attention portée avant tout à l’analyse de cash-flow, permettent le financement d’un nombre très divers d’opérations, y compris d’actifs immatériels, sans se limiter à un cadre spécifique.

 

Complémentarité : le maître mot

Affirmer simplement que le crowdlending est trop cher par rapport au financement bancaire, n’a pas de sens sans cette mise en perspective. La réponse, pourrait être : certes, mais il est moins cher que le financement en fonds propre et ne couvre pas forcément les même besoins…

Chacun de ces financements offre une réponse à des cadres bien spécifiques et souvent l’on pourra faire appel au crowdlending pour une partie d’un financement là où l’intervention bancaire a atteint ses limites et où le financement en fonds propres n’est pas envisagé.

La rémunération du crowdlending s’explique par les exigences des investisseurs qui prennent un risque « corporate » en prêtant, qui n’est pas nul, ces derniers investissant leur propre argent et non des financements obtenus auprès de la BCE à coût nul !

Au final si l’on ajoute certains avantages pour l’emprunteur : flexibilité, rapidité de l’opération et de la mise à disposition, ainsi que les avantages marketing potentiels en terme de communication, le crowdlending a parfaitement sa place en tant que solution alternative et complémentaire. La forte croissance de ces types de financement dans le monde et récemment en France, semble en tous cas le confirmer.


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