PGE : premier bilan du “Prêt Le Maire”

Mis à jour il y a 5 mois

Le Prêt Garanti par l’Etat (PGE, ou « Prêt Le Maire ») a été mis en place afin d’injecter rapidement des liquidités dans les entreprises. L’objectif est ambitieux, avec une enveloppe de 300 milliards d’euros disponible d’ici fin 2020. Quels sont les résultats sur le terrain après un mois de mise en place ?

Le PGE : un outil pour injecter rapidement de la liquidité

Le PGE a été conçu comme un moyen de fournir rapidement de la trésorerie aux entreprises, notamment aux PME et TPE. L’enveloppe en a été dimensionnée très largement, puisque le montant de 300 milliards est supérieur à l’encours total des prêts de trésorerie consentis aux entreprises à début 2020.

L’Etat, n’ayant ni les compétences ni les ressources pour accorder les financements au cas par cas, a délégué la mise en œuvre du dispositif aux banques et à la BPI. Il se limite a signer les conventions de garantie pour les plus gros dossiers (sociétés de plus de 1,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires), mais peut intervenir directement pour les plus emblématiques — comme cela a été le cas pour Air France et son emprunt de 7 milliards (dont 4 sous le format du PGE).

En pratique, le dispositif est le suivant :

  • Les banques sont chargées d’accorder les prêts sur la base des critères définis dans le décret d’application (maximum 25% du CA, pas de société en procédure collective à date du dispositif — même si le critère est en cours d’allègement)
  • La BPI valide les dossiers respectant les critères d’octrois pour le compte de l’Etat, et gèrera le cas échéant la mise en œuvre future de la garantie
  • Le gouvernement vient d’ouvrir la distribution du PGE aux plateformes de financement participatif, sans toutefois en avoir précisé toutes les modalités

Un prêt aux caractéristiques ciblées pour un public large

L’objectif a été de viser large tout en fournissant un minimum de cadre, par exemple la borne supérieure à 25% du chiffre d’affaires, un cas spécifique pour les start-ups étant prévu. Les conditions sont également spécifiques pour fournir un maximum de liquidité à court-terme :

  • Différé d’un an et option de prolongation de 5 ans en amortissable à la main de l’emprunteur
  • Taux d’intérêt initial à “coût nul”, soit le taux EURIBOR pour les banques avec un minimum à 0% puisque celui-ci est négatif, avec revue des conditions en cas de prolongement au bout d’un an
  • Coût de la garantie établi selon une grille (de 0,25% à 0,5% pour la première année) selon la taille de l’entreprise, avec évolution après un an
  • Garantie de l’Etat allant de 70% du montant (pour les plus grandes entreprises) à 90% (pour les TPE et PME)

Ces conditions de financement très favorables ne peuvent être assorties d’aucune garantie additionnelle pour les prêteurs, ni de contrainte sur l’utilisation. Tout juste l’Etat-a-il conditionné sa garantie sur les plus gros dossiers (ou celle-ci est gérée en direct) à une absence de versement de dividende et à un respect des délais de paiements des fournisseurs.

Un objectif respecté par les banques ?

Difficile d’avoir une vision très claire de l’impact du dispositif tant les chiffres publiés ont pu varier ces derniers temps. Le gouvernement vient de nommer Benoît Ecoeuré à la tête d’une Comité de suivi sur le déploiement du plan d’Urgence Economique.

Les banques peuvent a priori trouver leur intérêt dans le dispositif même si les opérations se font a priori “à prix coutant“ :

  • Déploiement de prêt ce qui évite le paiement de 0,7% à la BCE sur des réserves trop importantes
  • Faible utilisation de leur fonds propres (la partie garantie par l’Etat n’impactant pas le ratio de fonds propres réglementaires)
  • Focalisation a priori sur leurs clients actuels et non les prospects ; à la clé, une sécurisation de leurs engagements actuels sur le portefeuille de PME grâce à de nouveaux financement moyen/long terme garantis à 90%.
  • Formalisme réduit de la gestion des dossiers et effet positif d’image

Difficile pour l’instant d’avoir une vision globale entre retours terrains et discours de banques. La Fédération des Banques Françaises mentionne un taux de refus de l’ordre de 5% maximum. Il faudra également sans doute attendre que le pic de demandes retombe et que l’ensemble des dossiers en attente ait été traité.

Quel bilan du PGE ?

Le dispositif a semble-t-il été plébiscité par les entreprises et notamment les PME. Les différentes sources (BPI, FBF) mentionnaient récemment 60 milliards d’euros déjà “sollicités” et un objectif de 100 milliards assez rapidement. Depuis, Air-France KLM à lui tout seul a obtenu 4 milliards de PGE. Selon un baromètre récent 68% des ETI auraient fait une demande de PGE.

Un suivi du déploiement du PGE enfin mis en place

Au-delà des chiffres publiés par la BPI, la dernière mouture de la loi de Finance Rectificative a prévu un amendement afin d’instaurer un suivi régulier du déploiement du dispositif par le gouvernement. A cette fin, celui-ci “dispose notamment d’une statistique mensuelle sur le taux de refus et le taux de demandes restées sans réponse par ces établissements de crédit et sociétés de financement, parmi les demandes de prêts répondant au cahier des charges mentionné au III, reçues d’entreprises qui emploient, lors du dernier exercice clos, moins de cinq mille salariés et qui ont un chiffre d’affaires inférieur à 1,5 milliard d’euros.».

Par ailleurs le nombre des recours à la Médiation du Crédit permet de faire un suivi “en négatif” des démarches initiées.

Premier bilan du PGE

Selon un premier bilan gouvernemental après un mois de dispositif, relayé par Les Echos, 24 milliards d’euros de PGE avaient été accordés au 15 avril 2020 :

  • principalement à destination des petites entreprises (90% des bénéficiaires),
  • à des secteurs en difficulté (commerce, hébergement-restauration, BTP),
  • en région Ile-de-France pour 25 % des montants, suivie par Auvergne-Rhône-Alpes pour 13 %
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Comparaison internationale

Sans que l’on puisse encore tirer de conclusions finales sur le déploiement, il semble que le dispositif soit plutôt bien adopté en France, avec une mise en pratique relativement efficace.

En Allemagne d’après la banque publique Kfw (équivalent de la BPI), sur un programme théorique similaire de 500 milliards, environ 28 milliards d’euros auraient été sollicité dont 75% par 17 grands groupes via des demandes supérieures à 100 millions d’euros. Par ailleurs le gouvernement allemand a étendu sous conditions la garantie à 100% pour certaines PME.

En Italie, également très touchée, le gouvernement a établi un plan de 400 milliards avec des garanties allant de 70% à 80% selon la taille, voire jusqu’à 100% pour les PME mais à concurrence d’un plafond de 25k euros. Le processus serait cependant freiné par les modalités administratives d’octroi de la garantie qui retarde par ailleurs le déblocage des fonds.

Publication originale le 27 avril 2020, mise à jour le 27 avril 2020

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