Fonds euro: « It’s the final countdown” ?


Le refrain du groupe « Europe » pourra-t-il bientôt s’appliquer aux « fonds euros » ? … Cette évolution est une demi-surprise tant les fondamentaux semblaient parlant depuis plusieurs années. Les dirigeants de deux assureurs de premier plan Allianz et surtout Generali ont décidé de sortir du bois. Ces derniers ont annoncé la fin prochaine de cette spécificité française. Focus sur les tenants et aboutissants de cette évolution !

Qu’est-ce qu’un fonds euros ?

Les fonds « euros » sont des contrats gérés par les assureurs-vie. Ils sont principalement investis dans des actifs considérés comme sans risque. Du fait de la baisse des taux, leur rentabilité a été amenée à baisser fortement.

Leur principal avantage a été jusqu’à présent d’offrir un capital garanti couplé à une liquidité à tout instant. Ce capital est cependant parfois avant frais de gestion de l’ordre de 1%/an, et dans la limite de la solvabilité de l’assureur. Par ailleurs, le cadre de l’assurance-vie offre aux fonds euros un avantage comparatif en termes de fiscalité. Mais il est raboté dans le cadre de la loi PACTE et concurrencé par la réforme d’autres sources d’épargnes telle que le Plan Epargne Retaite. Que ce soit au niveau de l’imposition des gains ou dans une perspective de transmission du patrimoine, ils peuvent également être mis en garantie dans le cadre de montage d’investissement à levier.

Les fonds euros « classiques » peuvent cependant présenter un profil un peu plus agressif et contenir les fameuses UC. Ces dernières sont investies sur des classes plus risquées. En recherche de rendement, les assureurs ont par ailleurs lancé récemment les fonds « euro croissance ». Avec un succès mitigé, ils sont investis dans des actifs plus risqués en introduisant une contrainte de conservation sur plusieurs années pour bénéficier de la garantie en capital.

Malgré une certaine opacité dans la composition des fonds, le site Goodvalueformoney a présenté une estimation de la composition moyenne des principaux contrats à fin 2018. Ils sont majoritairement composés d’obligations en se focalisant sur les meilleurs ratings.

 

La problématique des fonds euros

Chaque année, les assureurs abondent un « fonds de réserve » qui permet de servir le rendement tout en le lissant sur plusieurs années. Avec la baisse des taux, les assureurs se trouvent face à une équation impossible. A savoir, maintenir une liquidité à tout instant et offrir un rendement garanti aux assurés. Le graphisme ci-dessous montre que le « spread » entre le rendement des fonds euros et les obligations d’état est défavorable, et désormais de presque 2%. Situation qui ne peut s’améliorer au fur et à mesure que le stock d’obligations anciennes mieux rémunérées arrive à échéance.

L’organisme de surveillance ACPR et Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) ont pointé plusieurs fois ce déséquilibre. Les assureurs se retrouvent face à une équation compliquée. A savoir, continuer à investir massivement en obligations peu risquées tout en assurant un rendement garanti positif. Les assureurs semblent prendre acte d’un environnement de taux bas durable. Une remontée brutale des taux ne serait pas non plus une bonne nouvelle. Cela risquerait d’entraîner une baisse mathématique de la valorisation des portefeuilles détenus  combinée à un afflux potentiel de demande de liquidité trop important. La conséquence d’arbitrages d’épargnants pour s’orienter vers des supports désormais mieux rémunérés. C’est l’une des raisons qui a d’ailleurs poussé la loi Sapin II. Cela a permis d’introduire la possibilité de bloquer les rachats de contrat en cas de crise du système.

La « mort » du rentier, réhabiliter le risque

Après un âge d’or où il était possible de bénéficier d’un rendement garanti de l’ordre de 5%, le « temps des rentiers » semble désormais révolus. La décision de plusieurs assureurs d’obliger à une panachage entre fonds euros et unités de comptes vont dans ce sens.

Il est en effet difficile de concilier rendement et garantie à 100%, vision long-terme pour optimiser le rendement et liquidité.

S’il veut conserver un rendement brut positif significatif, l’épargnant va devoir réhabiliter le risque. Renoncer à la garantie à tout instant, et adopter une vision plus long terme. Détention d’actifs réels, supports dits « alternatifs» offrant des rendements supérieurs tels que le crowdlending via des prêts aux PME et à l’économie semblent désormais être des composantes incontournables de l’épargnant pour conserver une rémunération positive.


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