Football et La coupe du monde, plus qu’un jeu, un enjeu !


Après s’être intéressé à l’argent des joueurs (voir notre article : Coupe du monde 2018 : comment les joueurs placent-il leur argent ?) évoquons aujourd’hui les enjeux du football qui dépassent largement le cadre du jeu. Le monde du football n’échappe désormais pas aux règles et aux approches qui prévalent dans le monde du business et de la finance…

Football : un enjeu géo-politique et marketing

Bien plus qu’un simple sport, le football est devenu un enjeu d’image, un soft-power et un enjeu géopolitique.

Le Qatar, petit pays de 2 millions d’habitants (dont 80% sont des étrangers) – mais l’un des principaux producteurs mondiaux du gaz naturel – a mis en place une stratégie que ne renieraient pas les meilleurs écoles de management. Il a pu obtenir une renommé mondiale en investissant dans le football : il est ainsi devenu le premier sponsor maillot de l’histoire du FC Barcelone en 2011 (jusqu’ici financé par ses supporters, les socios, comme une forme de crowdfunding), a acquis le club du PSG pour y réaliser des investissements massifs, a acquis les droits de retransmission via la chaine BeIN Sports et bien sûr a obtenu l’organisation du Mondial en 2022.

La géopolitique et la politique ne sont jamais loin : boycott diplomatique de la Russie par certains pays, ou bien victoire de RFA au mondial 1954, qui avait signé le retour de l’Allemagne sur la scène internationale. En 1998, la victoire de la France a sans doute constitué un tournant dans la perception que l’on pouvait avoir d’elle à l’étranger. La compétition avait été suivie par une audience cumulée de 40 milliards de téléspectateurs… Que dire par ailleurs de l’impact que cela représente pour un pays tel que le Brésil, vainqueur à cinq reprises de la coupe du monde !

Des petits pays tels que l’Islande, ou des leaders tels que la Chine ont mis en place de véritables « plans football » au niveau national. L’objectif affiché pour l’Empire du Milieu étant d’organiser et de gagner le Mondial à l’horizon 2030, (le groupe chinois Wanda est désormais le premier partenaire de la FIFA).

La FIFA (Fédération internationale de football association) compte plus de pays membre que l’ONU. Le mondial créée en Uruguay en 1930, qui ne rassemblait que 16 nations en 1978, en compte 32 depuis 1998, et bientôt 48 en 2026, inaugurant la montée en puissance de l’Asie et de l’Afrique.

Place attribuées par zones dans à compte de 2026:

AFC (Asie + Australie): 8 places directes (+4 par rapport au format actuel)
CAF (Afrique): 9 places directes (+4)
CONCACAF (Amérique centrale et du Nord): 6 places directes (+3)
CONMEBOL (Amérique du Sud): 6 places directes (+2)
OFC (Océanie sans l’Australie): 1 place directe (+1)
UEFA (Europe): 16 places directes (+3)

Source l’Equipe- FIFA

Une dimension mondiale

Selon Nielsen Sport, une personne sur deux dans le monde est intéressée par le football, qui reste le sport leader, avec une forte hausse en Chine, Inde et Etats-Unis. Par ailleurs 70% des femmes jugent le Mondial très attrayant. Signe des temps, le géant Amazon a annoncé qu’il allait diffuser les matchs de la Premiers League anglaise.

football, wesharebonds

A l’ére du numérique, la star Cristiano Ronaldo (suivie par le brésilien Neymar) possède 323 millions de followers sur les réseaux sociaux (Selena Gomez n’en compte « que » 256 millions et Donald Trump 85 millions…).

Droit TV, sponsoring, pari sportifs, les montants atteignent désormais des sommets et touchent tous les secteurs d’activités, alimentant une inflation dans le prix des transferts et les salaires.

football

L’édition 2018 de la Coupe du Monde, semble avoir permis au droits média de franchir un nouveau palier, suivant en cela la tendance observée sur les principaux championnats. Autre point marquant est la tendance qui consacre l’entrée en force de la Chine dans le paysage :

 

Football

« Glorieuse incertitude du sport » vs. Business

Selon le mot de l’attaquant anglais Gary Lineker à l’issue de sa finale perdue : « Le football est un sport qui se joue à onze contre onze, et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne ». Cette règle, si elle s’avérait vrai, satisferait sans doute bon nombre d’investisseurs (le football est de plus en plus prisé par les fonds d’investissement) en quête de certitude.

Face aux montants en jeu de plus en plus énormes, drainés par des investissements importants, les acteurs (développant parfois une approche purement financière) recherchent une certaine prévisibilité.

De fait, les instances internationales du football n’ont eu de cesse semble-t-il de chercher à la fois à augmenter les revenus issus du football : tout d’abord par la promotion au plan international, mais également par l’introduction de règles afin de rendre le jeu plus spectaculaire (interdiction pour le gardien de récupérer une passe à la main, test du « golden goal »…), tout en cherchant à rendre ce sport plus prévisible pour les investisseurs.

  • Les critiques de la règle du « faire play » financier introduite au niveau club pour permettre officiellement une gestion plus saine, pointent qu’elle aurait avant tout pour conséquence de protéger les intérêts des grands club historiques en barrant la route aux nouveaux entrants ;
  • De même la réformes des compétitions avec la généralisation des systèmes de poules au détriment des confrontations directes a tendance à favoriser les équipes les plus établies. L’introduction de l’arbitrage vidéo, s’il a vocation à corriger en théorie les injustices flagrantes, risque avant tout de profiter aux grandes équipes et de supprimer un peu plus l’aléas lié à la « glorieuse incertitude du sport ». Ces instances n’avaient cependant sans doute pas le choix, les menaces de privatisations des compétitions phares entre un nombre restreint de clubs européens, reviennent de manière récurrentes.

D’un autre coté, la professionalisation des préparations physiques (l’écart maximum de distance parcouru par match entre les équipes de l’Euro 2016 n’était que de 10% maximum) et tactiques, semble avoir rendu les résultats plus serrés et incertains. En témoigne la première défaite de l’Allemagne – pourtant détenteur du titre – lors de son premier match de Coupe du Monde, faisant ainsi mentir l’adage !


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