Covid-19 : quel impact pour les entreprises ?

Mis à jour il y a 5 mois

La crise du Covid-19 a entraîné un coup d’arrêt brutal pour l’économie alors que 2020 s’annonçait plutôt comme un bon millésime. Difficile de faire un bilan clair à date et il reste compliqué de se projeter, L’intervention massive est rapide des états a souvent permis de figer la situation économique. À moyen-terme tout dépendra de la rapidité de sortie de la crise et tous les secteurs ne seront sans doute pas également impactés.

Défaillances d’entreprises : un thermomètre cassé ?

Que ce soit via l’INSEE, la Banque de France ou l’OFCE, la chute immédiate de l’activité en France au plus fort du confinement a été estimée à -35% – et même -49% hors secteur immobilier locatif.
Les agences de notation Fitch, S&P ou Moody’s ont multiplié les dégradations de notation mettant en avant une augmentation du risque. L’assureur risque Heuler-Hermes prévoit une augmentation des défauts de 14% dans le monde en 2020 (contre une estimation de +6% en début d’année). Après 4 ans d’amélioration la France sera également impacté (+8%).

Difficile cependant d’avoir une appréciation claire de la situation, la Banque de France a ainsi momentanément suspendu son processus de cotation Banque de France (qui permet notamment d’estimer une probabilité de défaut à 3 ans des entreprises) qui est couramment utilisé par les établissements bancaires pour leur propre process crédit (ainsi que par WeShareBonds pour notre processus crédit).
Avec la fermeture des tribunaux de commerce en France la réalité précise des difficultés est difficilement mesurable. Ainsi alors que le début d’année semblait plutôt encourageant concernant les défaillances d’entreprises, la période récente selon Altares ne montre pas encore de déferlante voire même un baisse absolu des défaillances au premier trimestre. Tout juste en l’état une sur-représentation des PME qui représente plus d’une défaillance sur 10…

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L’intervention des états a figé les économies

Les interventions massives des banques centrales et des gouvernements ont ou pour effet de quelque-part figer temporairement l’impact à court de terme de la crise, créant une économie « dans le formol ».

La hausse historique du nombre de chômeurs en France (+244k) qui a annulé un an de baisse témoigne cependant en l’absence de licenciements d’un arrêt des embauches. Pour l’heure le plan massif de chômage partiel qui touche désormais 11,2 millions de salariés a permis de maintenir l’emploi et le pouvoir d’achat.

Selon l’OFCE, les Français, contraints dans leurs dépenses ont même constitué depuis le début du confinement une épargne supplémentaire de 55 milliards d’euros ! Euler Hermes estime même que l’épargne des Européens pourrait augmenter de 1300 milliards d’euros correspondant à une hausse du taux d’épargne de 20 points – soit un quasi triplement).

En France et partout dans le monde, des mesures exceptionnelles et inédites par leur ampleur – à la hauteur de l’importance de la crise – ont été mise en place afin de soutenir l’économie et la liquidité des entreprises : report et annulations de charges, plans massifs de garantie étatique sur les prêts aux entreprises à taux quasi-nul (le programme “PGE” de 300 milliards en France étant supérieur à l’encours en prêt de trésorerie des banques à début 2020) sont destinés à lisser l’impact de la crise et à favoriser un retour progressif de l’activité

Le maintien d’une certaine liquidité, une attention particulière aux délais de paiement sont sans doute l’une des clés de la préservation du tissu économique, tant une augmentation des délais de paiement semble corrélée à la fragilisation des entreprises et aux risques de réaction en chaîne.

Quelle reprise ?

S’il semble y avoir un consensus sur le fait qu’en France 15 jours de confinement sont équivalent à un recul annuel de -1,5% du PIB, difficile de prévoir l’impact final réel, en l’absence de recul sur la nature et l’évolution de la pandémie.
Certains pays en avance sur le calendrier tels la Chine ou l’Allemagne, montrent un retour encore timide de l’activité. Le PDG de Saint-Gobain qui couvre le BTP au plan mondial voyait selon lui un point bas global d’activité déjà atteint à fin avril 2020 dans une interview récente.

Sous réserve que la pandémie puisse être contenue une partie de la réponse viendra de la confiance des consommateurs pour dépenser l’épargne accumulée ce qui ferait la différence entre un scénario en U (forte baisse suivie d’un rebond) et un schéma en L (chute et lente remontée…).

Certains secteurs seront néanmoins durablement impactés (transport aérien, tourisme…). Cependant “la nature ayant horreur du vide”, l’apparition de nouvelles façons de consommer, de travailler et de se déplacer va sans doute s’accélérer (e-commerce, drive, relocalisation télétravail…), avec peut-être une prime aux leaders comme semble déjà l’anticiper les marchés financiers ?

La situation n’est pas univoque les investisseurs comme les entrepreneurs doivent prendre en compte et intégrer ces nouveaux paramètres s’ils veulent traverser au mieux cette crise.

Publication originale le 30 avril 2020, mise à jour le 30 avril 2020

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