Impérialisme vs mercantilisme : La France vit-elle au-dessus de ses moyens ?


La France vit-elle au-dessus de ses moyens ? Avec des économies mondiales fortement imbriquées, les réponses aux déséquilibres ne semblent pas se jouer uniquement au niveau national.

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Mercantilisme vs impérialisme

Dans les années soixante-dix, le secrétaire au trésor américain avait résumé le rapport des États-Unis au reste du monde via la formule lapidaire : « Notre monnaie, leur problème ». Cette formule faisait référence aux fluctuations du dollar qui impactaient les économies mondiales, après l’abandon de l’étalon or, mais reflète également la position spécifique de l’économie américaine. Monnaie de réserve de référence, utilisée dans les échanges internationaux, le dollar reste un signe du pouvoir économique de la première économie mondiale alors que le pays continue d’endosser par ailleurs le rôle de gendarme du monde.

Malgré des ressources énergétiques importantes, les États-Unis continuent d’accumuler les déficits tout en restant financés par la Chine qui est leur principal partenaire commercial. Les données du deal ont semblé claires lors des dernières décennies : la Chine dans une vision mercantile, a développé une offre compétitive, les énormes excédents commerciaux accumulés étant réinvestis en bons du Trésor américain permettant de financer leurs achats.

L’Allemagne qui a dû renoncer à un rôle politique majeur, a développé sa propre approche mercantile « haut de gamme ». La réunification achevée, elle a su imposer une parité de l’euro lors de sa création, reflétant la puissance de son économie, au détriment des pays du Sud qui ont perdu en compétitivité dans le cadre de la monnaie unique, alors que les produits allemands, positionnés sur le haut de gamme, n’étaient guère impactés. Portée par les réformes réalisées depuis 2000, l’Allemagne continue à jouer le bon élève budgétaire de la zone euro, à engranger les excédents. Signe de cette diplomatie commerciale, les 11 voyages réalisés sur ses mandatures par Merkel en Chine pour soutenir l’export.

La France : la taille d’une économie mercantile, le comportement d’une économie « impériale » ?

Le pays conserve -en partie du fait de son histoire – une place à part, et une influence supérieure à son poids économique : actions diplomatiques énergiques, force d’intervention militaire, capacité nucléaire civile et militaire de pointe, siège au conseil de sécurité de l’ONU, réseau de représentation diplomatique inégalé, francophonie…

La France comporte de nombreux pôles d’excellence : aéronautique, luxe, tourisme, agroalimentaire… Malgré cela bien que portée par une balance positive des services jusqu’à récemment – la France reste la première destination mondiale du tourisme – la France enregistre de manière récurrente, des déficits commerciaux et de sa balance des paiements. Bien souvent dans une position intermédiaire entre les pays du Sud et l’Allemagne, le pays a vu sa part des échanges dans les produits manufacturés décroître fortement et elle n’a pas échappé au mouvement de désindustrialisation touchant le Vieux Continent.

Pourtant la France qui reste un pilier de la zone euro, n’a jusqu’à présent pas de difficultés – à l’instar de l’Allemagne – à se financer sur les marchés internationaux et à conserver son rang. Aidée par un niveau de taux historique, elle réussit à gérer les déséquilibres malgré un niveau de dette égal à son PIB et un déficit de ses comptes publics.

Sur 10 ans, la dette en pourcentage du PIB a doublé. Dans le même temps, les taux ont fortement baissé. La hausse des taux et les déséquilibres qu’elle pourrait entraîner (pas uniquement pour la France) semble amener vers des modèles plus pragmatiques.

Vers l’adoption d’une vision plus pragmatique ?

Avec la hausse des déficits et des risques de déséquilibre qu’elle porte, une vision tout simplement plus pragmatique est-elle en train de voir le jour ? Dans son essai post-crise financière « Tous ruinés dans 10 ans » (cela n’a pas encore eu lieu !), Jacques Attali sonnait l’alarme sur les déficits des finances étatiques.

De fait les Etats-Unis semblent désormais désireux de repenser les termes de l’échange avec la Chine. Ces derniers sont enclins à privilégier une économie plus fondée sur la consommation intérieure et moins porteuse de déséquilibre. La France, malgré un taux de dépenses publiques à un niveau record, affiche sa volonté de réduire ses déficits. Ce qui a tendance à recevoir un écho favorable en Allemagne, et a rapproché sa fiscalité de niveaux proche des principaux partenaires européens (voir notre article sur la flat tax). L’Allemagne connait de son côté une forte pression à la hausse sur les salaires avec une augmentation de celles des fonctionnaires sur 3 ans. Ce qui soutiendra la consommation intérieure.

Les réformes structurelles en France semblent aller vers un changement de paradigme, pour réduire les déséquilibres, semble également passer par une intégration de ces politiques au niveau Européen, renouant avec le mot de François Mitterrand: « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir».


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