Intelligence Artificielle et Coronavirus 2/2

Mis à jour il y a 7 mois

Nous avons évoqué dans la première partie de cet article ce qu’est l’Intelligence Artificielle et coronavirus (IA) et pourquoi elle semble omniprésente en ces temps de crises sanitaires. Dans cette deuxième partie, nous traitons du rôle qu’elle pourra jouer lors du déconfinement prévu pour le 11 mai.

Le modèle “Covid-IA” : première proposition française

L’intelligence artificielle et coronavirus peut nous permettre d’inventer les scénarios de déconfinement les plus efficaces. En effet, l’initiative “Covid-IA”, initiée par le Professeur Mignon de l’Hôpital Cochin de Paris, et portée bénévolement par des médecins, des chercheurs et des experts en IA, propose de participer à la modélisation des différentes sorties de crise.

Actuellement, le modèle dispose de trois types de données : les données démographiques, les données relatives aux personnes malades ou aux patients porteurs/suspectés, et les données de localisation fournies (de manière anonyme) par les opérateurs de téléphonie mobile. Ces dernières permettraient notamment de savoir où les personnes se trouvaient la semaine avant le confinement et quels contacts éventuels elles ont pu avoir avec des personnes vecteurs du virus.

Toutes ces données réunies alimentent des algorithmes dont le but est de créer des modèles stables et performants. S’ils sont efficaces, ils seront cruciaux pour nous expliquer deux points : comment la pandémie s’est propagée et comment elle évoluera en fonction des plans de déconfinement.

Plus les données fournies à l’algorithme seront fiables et en grande quantité, plus les modèles seront précis. C’est pour cela que vous avez sans doute dû entendre parler de données directement fournies par les citoyens en mode « opt-in », c’est-à-dire de manière volontaire, via une application mobile. Les questions consisteraient à savoir quelles personnes ont été malades, où elles se trouvent actuellement et quelles sont les personnes autour d’elles. Les réponses à ces questions permettraient de dire quelles personnes peuvent, ou non, sortir du confinement.

Collectes des données et limite de l’IA :

Même si les hypothèses de transmission sont indissociables d’une campagne de tests massive (virologiques et/ou sérologiques selon les situations), l’utilisation de l’IA pourrait fortement alléger la demande de tests sérologiques actuellement en pénurie. Ainsi, puisqu’il ne serait pas nécessaire de tester l’ensemble de la population, on pourrait imaginer un déconfinement dans des délais plus brefs. Cela pourrait aussi permettre aux entreprises de reprendre leur activité plus tôt, en constituant des équipes composées uniquement de personnes testées positives (en partant du principe qu’elles ont développé une immunité antivirale). Les salariés non immunisés, quant à eux, devront respecter des mesures de précautions personnalisées. L’idée générale est de permettre le retour au travail et à une vie active de la population d’une manière différenciée. Tant qu’il n’y a ni vaccin ni traitement au Covid-19, l’IA pourrait permettre d’éviter une reprise de la circulation du virus sur le territoire, et potentiellement un second confinement.

Avant de terminer cet article, il est nécessaire de préciser les limites de l’IA face à la lutte contre le coronavirus. La question qui se pose est bien entendue celle de l’accès aux données nécessaires pour créer un modèle de déconfinement fiable, versus la question des libertés individuelles et de la captation de données sur les allées et venues des personnes physiques. Le défi éthique qui se pose actuellement à l’État est donc de trouver un équilibre entre l’utilité de ces informations et la protection de la vie privée de ses citoyens.

Publication originale le 21 avril 2020, mise à jour le 22 avril 2020

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