Crowdlending : Comment gérer le risque de l’illiquidité ?


Dans notre dernier article Dans quoi investir en 2017 nous nous étions posé la question des différentes classes d’actifs et des quelques facteurs qui pouvaient influencer les valorisations. Si nous nous focalisons sur le crowdlending, ce qui nous intéresse plus particulièrement chez WeShareBonds, nous pouvons essayer de faire un tour d’horizon des principaux principes et caractéristiques qui régissent cet investissement.

 

Investir en Crowdlending :

#1 Ne pas avoir besoin de l’argent que l’on prête

Risque de perte en capital

Le premier point à retenir est que le prêt aux PME n’est pas un placement garanti et qu’à ce titre il comporte un risque de perte en capital. Ce risque n’est d’ailleurs pas forcément supérieur à la plupart des autres classes d’actifs et il peut être maîtrisé en partie grâce à des règles de bonne gestion (sélection des gérants, sélection des sociétés et diversification) mais il doit être bien compris.

Le deuxième niveau de précaution concerne la liquidité : la règle de base est d’être certain de ne pas savoir besoin des fonds prêtés sur la durée du prêt. Le choix d’un produit amortissable permettra de récupérer régulièrement une partie de son investissement (et de le replacer éventuellement) mais même avec un amortissement (versus un prêt in-fine) il ne faut pas être pris de court.

Céder sa créance peut s’avérer complexe

Il n’existe actuellement pas de marché secondaire structuré permettant de céder une créance et de récupérer sa mise. A ce titre dès lors que l’on s’intéresse de manière générale à un produit de taux, qui serait négociable sur un marché secondaire, il faut savoir que si le produit est conservé jusqu’à échéance, le prêt sera remboursé à son prix d’origine (modulo le taux de défaut), mais que si l’on prévoit de le céder avant l’échéance on aura alors un risque de variation du prix de rachat de la créance, qui refléterons les conditions de marché.

Exemple avec un prêt in fine

En voici l’illustration avec le cas d’un prêt in fine à taux fixe de maturité 5 ans, et le cas d’un rachat contraint de la créance en année trois, dans un contexte de hausse des taux :

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Les nouvelles conditions de marché avec hausse des taux en année 3 ont entraîné un rachat de la créance, cédée « en cours de route », à une valeur inférieure à l’origine (inversement la créance aurait été revalorisée en théorie dans le cas d’une baisse des taux). Si le montant récupéré est replacé aux nouvelles conditions de taux, cela reste assez neutre, sinon cela peut entraîner une perte.

 

Investir en Crowdlending :

#2 La règle d’or de la diversification

Selon la sagesse populaire de «ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier », une règle de bonne gestion consiste à repartir ses investissements et ses prêts entre plusieurs PME (voir plusieurs gérants), en choisissant éventuellement de répartir entre des niveaux de taux plus ou moins élevés – sensés refléter le risque de chaque opération – et enfin de s’intéresser à la notion de secteur : certains secteurs – voire certains business models – peuvent apparaître comme plus ou moins résiliant, cependant il ne serait pas forcément avisé de miser uniquement sur des prêts liés par exemple au secteur de la restauration ; car en cas de baisse de la consommation dans ce secteur l’intégralité du portefeuille risquerait d’être fortement impacté.

 

Diversifier le portefeuille permet de lisser la performance, mais également de diminuer fortement le risque.

 

Investir en Crowdlending :

#3 La notion de « spread », que penser du crowdlending ?

Adéquation entre rendement et prise de risque

En effet la notion de performance doit être intimement liée à la notion de prise de risque : on ne pourra pas objecter à quelqu’un d’investir sur un produit très risqué dès lors qu’il pense pouvoir multiplier potentiellement sa mise par 100, et qu’il est conscient et assume la forte probabilité de tout perdre.

De manière générale on exprime le niveau de performance, en fonction d’un « niveau de prime » obtenu par rapport à la rémunération d’un placement théoriquement sans risque (par exemple un placement garanti par l’Etat tel que le livret A). La conséquence est que le niveau de rémunération d’un placement risqué doit être supérieur à celui d’un placement garanti, et augmenter proportionnellement à l’échelle de risque.

La question est alors :  est-ce le niveau de rémunération est en adéquation avec le risque pris (à l’inverse lorsque l’on achète une assurance, on s’interroge sur le fait que la prime que l’on paie est en adéquation avec la couverture fourni par l’assurance, et la probabilité de sinistre).

« Spread » et crowdlending

Dans le domaine du crowdlending pour des PME, il semble que le couple risque/rendement soit plutôt favorable par rapport à ce que l’on pourrait trouver sur d’autres produits de taux. Cela tient au fait que le prêt proposé offre d’autres avantages aux PME que l’aspect purement financier : rapidité de la prise de décision et de la disponibilité des fonds, pas de caution ou de prise de sûreté. Ces avantages se combinent très bien avec des prêts classiques bancaires traditionnels, et permettent également de favoriser l’aspect marketing et communication de l’opération. De fait, étant donné ces différents points évoqués, les émetteurs peuvent accepter de payer une prime dans le cadre de l’opération, par rapport à un pricing purement théorique.

 

En conclusion

Le prêteur averti doit prêter en fonction de ses ressources et de l’adéquation avec son horizon de temps prévu. Une bonne diversification permettra de gérer un niveau de risque acceptable. Enfin la prise en compte de la notion de « spread », même si elle s’avère parfois difficile à appréhender, permettra de chercher à maximiser la rémunération pour un niveau de risque donné (dans la consommation courante, on parlerait de « rapport qualité/prix »).


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