Baisse du taux du livret A, quels apprentissages ?

Image repésentant la baisse du taux du Livret A

Mis à jour il y a 8 mois

Le gouvernement a décidé de ramener la rémunération du livret A à 0,5%. Cette baisse du taux du Livret A de 0,25% supplémentaire vers un plus bas historique, a beaucoup fait parler. Ce niveau ne constitue cependant pas un changement quantique. Il illustre néanmoins l’environnement économique actuel et la nécessité pour les investisseurs de s’orienter vers des actifs plus risqués s’ils veulent conserver du rendement.

Baisse du livret A quel impact économique ?

Avec près de 300 milliards d’euro d’encours, le livret A rapportait, au taux de 0,75%, un total d’environ 2,25 milliards d’intérêts non fiscalisés, Au nouveau taux de 0,5%, l’appréciation annuelle du livret A est globalement amputée de 750 millions d’euros.

Baisse du livret A un impact économique marginal ?

Si l’on s’en réfère au plafond individuel du livret A de 22 950 euros, l’impact maximal serait de 57 euros pour un épargnant. Cependant seuls 10% des 55 millions de livret A actifs seraient proches de ce plafond. Le montant moyen serait plutôt de l’ordre de 4 800 euros, selon le rapport annuel de la Banque de France sur l’Epargne Réglementée. On parle dès lors d’un impact moyen de 12 euros par an…

Autant dire que malgré le montant global, l’impact économique devrait être relativement négligeable. L’économie réalisée sur les intérêts ira au financement du logement social, pour une somme correspondant selon la Caisse des Dépôt et Consignations au financement de 17,000 logements.

Les français accros à l’épargne sans risque

Surtout, malgré les mesures d’allégement fiscal décidées à la suite notamment du mouvement des « Gilets Jaunes », il semble que les Français – la réforme des retraites en témoigne – restent préoccupés par leur avenir et la situation des comptes publics. Ils épargnent massivement et, quoiqu’ils en disent, les Français restent avant tout des « cigales prudentes ».

En 2019, la collecte du livret A a même progressé de 12,6 milliards. Les Français continuent de plébisciter l’immobilier et l’épargne « sécurisée », (livrets d’épargne réglementée, dépôts à vue, assurance-vie en fonds euros) dont l’encours atteint désormais un montant record de 3300 milliards d’euros. Depuis 2015, cet encours d’épargne sans risque a progressé de 530 milliards d’euros (+29%).

Peut-on espérer une augmentation de la consommation ? Rien n’est moins sûr, toute augmentation du pouvoir d’achat ayant du mal a se traduire en consommation supplémentaire. Avec un taux d’épargne de ménage qui reste stable autour 15%, la France se situe dans le haut de la fourchette des pays européens.

L’application d’un nouveau mode de calcul du taux du livret A

Le livret A – créé en 1818 – à une longue historie et il a connu de nombreuses évolutions de taux. La dernière baisse de taux annoncée correspond à l’application d’une nouvelle formule de calcul.

Deux-cents ans de livret A

Le livret A vient de fêter son bicentenaire. Son plafond avait été significativement augmenté par François Hollande. La mission principale du livret A reste cependant d’actualité : le financement du logement social, l’acquisition de la dette d’état, le financement des collectivités locales. Il est peu orienté vers l’investissement dans l’économie réelle.

Graphique : Baisse du taux du livret A
Source : Gouvernement Français / WeShareBonds

Le nouveau mode de calcul du taux du livret A

La baisse du taux du livret A aurait logiquement dû intervenir plus tôt. Elle résulte en effet de l’application d’une nouvelle formule de calcul décidée en 2018. Le calcul du taux est ainsi égal à la moyenne du taux d’inflation et des taux des marchés monétaires des six derniers (EONIA) qui sont désormais négatifs.

En théorie, le niveau mathématiquement correct serait plutôt de 0,2%, mais un plancher à 0,5% s’applique. La mise en œuvre de la nouvelle formule avait été suspendue pendant deux ans pour des raisons avant tout politiques.

On peut voir dans cette décision la nécessité d’être plus en phase avec les conditions de marché et sans doute une volonté de réorienter l’épargne des ménages vers l’économie réelle.

Valoriser son épargne : la nécessité d’une certaine prise de risque

La baisse du livret A va-t-elle réorienter les épargnants vers d’autres classes d’actifs ? Si l’on en croit leur réaction lors de la dernière baisse du taux du livret A en 2015, on avait alors assisté à une décollecte avant un retour dans le positif en 2017. Cette poche d’épargne semble avant tout utilisé comme une épargne de précaution pour faire face aux « coups durs » et non comme un produit d’épargne dans une optique de valorisation à long terme. Elle serait donc a priori peu sensible aux variations de rendements.

L’ère des taux nominaux négatifs

L’économie mondiale est désormais entrée dans l’ère des taux négatifs. L’Etat Français se finance d’ailleurs désormais à des taux inférieurs à zéro.

La raison se trouve principalement dans la politique de « quantitative easing » décidée par les banques centrales à la suite de la crise des « subprimes » et à une aversion au risque des investisseurs. L’impact sur le monde de la gestion d’actifs commence à se matérialiser :

La baisse du taux de rendement des fonds euros
Des comptes courants taxés
  • La BCE a même annoncé une baisse de son taux de rémunération des dépôts des banques à un niveau de 0,5%. De nombreuses banques ont décidé de répercuter ce coût sur les détenteurs de comptes courants significativement positifs en taxant à leur tour ces dépôts.

Le rendement réel des actifs « sans risques » en question

De nombreux actifs dits « sans risque » affichent désormais un rendement brut proche de zéro, et même un rendement net négatif si l’on tient compte de l’inflation.

Source : BCE / INSEE / WeShareBonds

La nécessité de s’orienter vers des actifs plus risqués

Dans ce contexte, dès lors que l’on souhaite valoriser son épargne et son patrimoine ou protéger son pouvoir d’achat, il est devenu nécessaire d’introduire une certaine dose de risque dans ses placements.

Avec une inflation qui se maintient depuis plusieurs années à un niveau relativement faible, ceci semble être un juste retour des choses. La situation du début des années 2000 avec des taux réels sans risques (différentiel entre taux nominal et inflation) largement positifs étaient sans doute une aberration.

Certes le concept de taux négatifs peut également apparaître comme un non-sens. Cependant il impose de s’orienter vers des actifs plus risqués si l’on veut obtenir du rendement.

Les assureurs-vie en ont pris acte en réorientant désormais résolument les épargnants vers les contrats en Unités de Comptes (UC). Qui sont investis sur des actifs réels, immobiliers ou boursiers. À ce titre parmi les nouvelles opportunités d’investissement qui s’offrent aux épargnants, le « crowdlending » peut offrir un bon compromis. En se positionnant entre rendement (taux brut 6% à 10%) et liquidité. Il permet en outre de diversifier facilement ses investissements et de soutenir le développement de PME en investissant son épargne dans l’économie réelle.

Publication originale le 30 janvier 2020, mise à jour le 5 février 2020

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