La victoire de Joe Biden apaisera-t-elle les tensions commerciales internationales ?

tensions commerciales, victoire joe biden, tensions, joe biden président, joe biden, trump, guerre commerciale, relations internationales, apaisement, taxe, taxes, joe biden élections, elections, élections américaines, elections americaines, usa, europe, commerce international, commerce, importations, trump guerre commerciale, etats unis, tensions, commerce, france

Mis à jour il y a 2 semaines

Avec la victoire de Joe Biden aux élections américaines, les tensions commerciales entre les principaux partenaires internationaux pourront-elles s’apaiser ? L’obtention ou non d’une majorité au Sénat jouera sans doute également son rôle. Cependant, on ne s’avancerait sans doute pas beaucoup en misant sur une vision plus multilatérale des États-Unis. En effet, la doctrine « America First » de Donald Trump s’est doublée d’une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, mais également de tensions avec l’Europe. Cela se plaçant dans le contexte d’un vieux litige « Airbus-Boeing » et du projet français d’une « taxe GAFA ». Retour sur cette situation alors que l’Europe vient, de son côté, d’annoncer de nouvelles taxes.

« America First »

La stratégie économique de Donald Trump reposait, en grande partie, sur l’affichage d’une doctrine « America First ». Elle implique la remise en cause des accords internationaux et l’augmentation des droits de douanes via une guerre commerciale. Dans le même temps : baisse massive d’impôts pour les entreprises, autonomie énergétique via le gaz de schiste …

À la clé, des déficits budgétaires et commerciaux aggravés, et un renchérissement des importations, soit des coûts supplémentaires, in fine, à la charge des entreprises et des consommateurs. Mais c’était également un dynamisme de l’emploi avec un taux de chômage historiquement bas et une croissance soutenue. Jusqu’à récemment, les États-Unis auront connu la plus longue période de croissance continue de leur histoire. Cela aura été grandement aidé par les politiques accommodantes de la FED et le bas niveau des taux.

La crise du Covid-19 a ralenti cette belle dynamique, entrainé une chute du prix de l’énergie, une explosion du chômage et le vote de plan massifs de soutien à l’économie. Sur le plan international, cela n’a pas calmé les tensions commerciales, bien au contraire.

Un mandat marqué par les conflits commerciaux

Les relations transatlantiques ont été marquées par un conflit de plus de 15 ans impliquant Boeing et Airbus dans un contexte de fin de l’hégémonie de l’avionneur américain. Au cœur du débat, les subventions accordées à chacune des entreprises. Depuis, ces sociétés ont été confrontées à une des pires crises de leur histoire avec l’arrivée du Covid-19.

L’OMC a ainsi autorisé les États-Unis, fin 2019, à taxer des produits d’origine européenne à hauteur de 7,5 milliards de dollars d’importation par an. Ceci donnant lieu à l’établissement régulier de listes de produits surtaxés par Washington. Ces derniers, à des taux de 10% et 25% mais pouvant aller jusqu’à 100%. De son côté, la Commission Européenne a également protesté contre les subventions accordées à Boeing. L’Europe a obtenu récemment le droit de taxer les produits américains sur un quota de 4 milliards de dollars. Le conflit a été, par ailleurs, envenimé par le projet français de promouvoir une taxe de 3% sur le chiffre d’affaires des GAFA.

Les tensions commerciales n’ont cependant pas concerné uniquement l’Europe et les États-Unis. Elles ont pris une dimension réellement internationale, impactant la Russie, le Canada et la Chine. Ceci étant notamment due aux taxes imposées sur l’acier. En premier lieu, le conflit sino-américain aura ainsi marqué la totalité du mandat, Donald Trump dénonçant via forces « tweets » un déséquilibre des échanges, l’espionnage via la 5G, la contrefaçon de la propriété intellectuelle, une dévaluation du yuan, etc. L’escalade a abouti à une véritable guerre froide avec la fermeture, durant l’été 2020, du Consulat de Chine à Houston et du Consulat des États-Unis à Chengdu. Tout cela, dans un contexte de tensions liées au coronavirus, au contexte politique à Hong-Kong, mais également aux rivalités plus globales entre les deux puissances à long terme.

Pourtant, Chine et les États-Unis étaient parvenues à un accord en janvier 2020 pour modérer la politique de surtaxes des importations de part et d’autre et relancer les échanges. En décembre 2019, les États-Unis étaient en effet arrivés à imposer des surtaxes sur plus de 300 milliards de produits chinois, soit la majorité des importations ! Or cela a un coût indirect : dès 2018 General Motors et Ford – fleurons de l’industrie américaine – avaient chacun chiffré l’impact négatif de la guerre commerciale à 1 milliard de dollars.

Est-ce un nouvel espoir pour le commerce ?

Avec l’arrivée de Joe Biden, la donne pourrait changer. Pourtant, via Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l’Économie, l’Europe vient d’annoncer la mise en œuvre de l’autorisation de l’OMC de taxer 4 milliards de dollars de produits « Made in America » (spiritueux, bagages, matériels et produits agricoles). Mais cette position pourrait sans doute évoluer si une réciprocité de levée des sanctions était appliquée.

Sans parler des restrictions sur les « green cards», de nombreux secteurs du « made in France » sont menacés par les mesures de surtaxes. Washington avait, en effet, imposé dès 2019 des droits de douanes de 25 % sur divers produits comme les fromages, l’huile d’olive, et les vins de moins de 14 degrés d’alcool.

En décembre 2019, Donald Trump avait également menacé de taxer jusqu’à 100% l’équivalent de 2,4 milliards de dollars de produits « made in France ». Durant l’été 2020, le représentant américain au commerce (USTR), avait annoncé des taxes supplémentaires sur des articles tels que la cosmétique ou les sacs à main. Difficile d’évaluer précisément l’impact entre menaces, mesures effectives et moratoires. Néanmoins, ce climat de guerre commerciale avait même un temps contribué à suspendre l’acquisition de Tiffany par le groupe LVMH, transaction qui devrait finalement aboutir. Tout cela aurait également déjà coûté près de 500 millions d’euros à la filière viticole, avec une chute, au premier semestre 2020, de 40% des exportations de vins français aux États-Unis.

Espérons que l’année 2021 pourra enfin apporter un répit et un certain retour à la normale. Cela semble, en tout cas, correspondre au premiers signaux envoyés par Joe Biden en direction de ses alliés européens, ne serait-ce que pour un apaisement des tensions commerciales.

Publication originale le 12 novembre 2020, mise à jour le 12 novembre 2020

Sujet(s):

Articles recommandés