Le crowdfunding en Chine


La Chine a connu ces 20 dernières années une formidable émergence économique, et le crowdfunding en Chine en est un autre exemple. Le secteur financier au sens large en a également profité malgré la convertibilité encore limitée du yuan : à titre d’exemple, il n’y avait en 1996 qu’un seul distributeur de billets en libre accès à Shanghai – situé dans l’agence Citibank sur le Bund ; en 2015 la Chine a ravi la position numéro 1 sur le marché mondial des IPO, avec l’équivalent de 60 milliard de USD d’émissions.

Système bancaire, réglementation et forte propension à épargner ont permis un développement rapide du crowdfunding en Chine

Le domaine du crowdfunding, ou plateformes « Peer to Peer » (P2P) ne fait pas exception. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène :

  • L’existence d’une masse d’épargnants (un stock d’épargne brute de l’ordre de 50% du PIB, car les chinois doivent par ailleurs auto-financer un faible niveau de protection sociale) : après avoir investi massivement en bourse et dans l’immobilier les ménages sont attirés par des rendements annuels supérieurs à 10%, là où les taux de rémunération bancaires sont de l’ordre 1,5%.
  • L’accès limité et très réglementé à des produits financiers hors du marché domestique.
  • A l’exception du financement immobilier, du cas des sociétés étatiques ou des grands groupes exportateurs, le marché du prêt bancaire est peu développé pour les PME ou les particuliers en Chine, en partie lié à un encadrement du crédit bancaire. Pour financer leurs besoins, ces derniers n’ont souvent d’autre solution que se tourner vers des circuits alternatifs ou « shadow banking ».
  • Le développement de l’internet (avec désormais plus de 700 millions d’internautes), du secteur high-tech et des fintech qui fournit une base propice au développement des plateformes et a accompagné ce mouvement de désintermédiation.
  • Un encadrement réglementaire quasi-inexistant jusqu’en 2015, ce qui a libéré les initiatives, mais n’a pas été sans créer des problèmes.

En 2015 en Chine : 2612 plateformes et 440 milliards de transactions P2P

Il existait ainsi, fin 2015 : 2612 plateformes de P2P en Chine, ayant accordé un total de 440 milliards de RMB (55 milliards d’euros) en hausse de 300% sur l’année, mais bon nombre de plateforme sont jugées non profitables.

Vers une évolution du cadre réglementaire du crowdfunding en Chine

Début 2016, le gouvernement a introduit les bases d’un cadre réglementaires via la mise en place de mesures de contrôle afin de mieux encadrer les plateformes. Par ailleurs, 246 plateforme ont fait l’objet de fermetures administratives durant le premier semestre 2016. Parmi les 12 mesures qui devront être mises en place dans les 18 mois à compter de leur promulgation l’on compte notamment :

  • L’interdiction pour les plateformes de faire financer leurs propres projets ;
  • L’obligation de conserver les sommes sur un compte distinct de celui des fonds propres de la plateforme ;
  • L’interdiction de promettre des rendements garantis ;
  • L’obligation de mettre en place des procédures de KYC ;
  • Interdiction de créer des produits structurés opaques.

Par ailleurs et de manières plus générale, notons également les mesures suivantes :

  • Le recensement des plateformes via un registre centralisé et la création d’un organisme de supervision ;
  • L’incitation à limiter les montants de crédits pour un même prêteur et à renforcer le rôle des plateforme en tant qu’intermédiaire et non en dans un rôle de prêteur ou gestionnaire.

Un environnement favorable et une évolution du cadre réglementaire du crowdfunding en Chine annonce de belles perspectives

Malgré les faillites enregistrées par de nombreuses plateformes, on peut cependant penser que le secteur est promis à un bel avenir et que les nouvelles règles ne feront qu’accompagner la croissance. De grands groupes financiers se sont déjà positionnés sur le secteur tels que l’assureur PingAn via la plateforme Lufax, les grandes plateformes de e-commerce B-to-B tels que Tmall et JDCom développent de manières agressive des modèles de crowdfunding et de services financiers. La Chine a également montré qu’elle était capable d’adopter et d’acquérir une place de leader dans les modèles innovants, comme l’illustre dernièrement dans le domaine des VTC l’absorption d’Uber Chine par le leader Didi Chuxing.

 


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