Le Krach inédit du Pétrole

cours du pertrole prix negatif, petrole crise

Mis à jour il y a 3 mois

Lundi 20 avril, pour la première fois de son histoire et après une chute spectaculaire, le baril de pétrole a été traité à un cours négatif. En effet sur certains contrats spécifiques, le cours a plongé jusqu’à -37 dollars (soit -34 euros). Autrement dit, le marché était tellement saturé que les investisseurs cherchant à se débarrasser de leurs barils étaient prêts à payer pour trouver des preneurs. Retour sur les causes de cette situation inédite et ses impacts potentiels.

Le contexte particulier

Il y a d’abord eu un choc de demande, suivi d’un choc d’offre. Vous le savez sûrement, la pandémie mondiale de coronavirus a fait chuter la demande mondiale de pétrole de plus de 30%, par cause d’un ralentissement de la production industrielle, de la consommation, et du transport de personnes. Mais il y a aussi eu, côté offre, la rupture de l’alliance entre l’Arabie Saoudite et la Russie. Les deux pays se sont lancés dans une guerre des prix en augmentant leur production pour remporter des parts de marché. Ainsi le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (aussi appelé “MBS”) a inondé le marché pétrolier, en augmentant sa production pétrolière et libérant des réserves afin de faire plier la Russie. Cela étant, l’objectif principal de ce conflit pour les deux parties était de supprimer la menace que représentent les compagnies pétrolières du schiste américain, notamment au Texas. Et sur ce plan, elles pourraient bien en ressortir gagnantes.

Le problème actuel

Concrètement, il faut donc écouler le pétrole dont l’Arabie Saoudite a inondé le marché dans un monde qui n’en a plus autant besoin. Puisque beaucoup plus de pétrole n’est produit que consommé, le prix du baril s’est effondré. Les stocks de barils sur la planète entière (et y compris sur les océans via les tankers) se sont donc progressivement remplis, si bien que les barils ne trouvent aujourd’hui plus preneurs faute de capacité de stockage.

Cette chute illustre aussi la “financiarisation” du marché du pétrole, les traders et spéculateurs qui avaient acheté des barils sous forme de contrats à terme se trouvant dans l’incapacité d’en prendre livraison et devant donc les revendre à tout prix avant que leur délai n’expire. Ainsi si vous aviez voulu lundi soir acheter du pétrole livrable immédiatement, vous auriez pu toucher jusqu’à 37 dollars par baril !

Les conséquences dans le monde : les USA en première ligne

Les conséquences économiques et sociales de cette chute seront a priori plus importantes aux États-Unis, alors même que le pays fait face à une augmentation croissante du taux de chômage. En effet, le président Donald Trump a mené une politique d’indépendance en matière d’hydrocarbures, en soutenant fortement le développement des champs schisteux, lesquels avaient besoin d’un cours suffisamment élevé pour être viables. Cet objectif de domination énergétique est en train de s’effondrer, car il devient aussi impossible d’exporter des barils pour s’imposer face à la Russie et l’Arabie Saoudite. Pour l’instant, les acteurs ont préféré maintenir des champs actifs et vendre à prix négatifs compte tenu des coûts prohibitifs d’arrêt et de redémarrage de la production. Mais la production pétrolière américaine devrait néanmoins logiquement ralentir les prochaines semaines.

Au-delà des États-Unis, les conséquences de cette crise pétrolière restent très incertaines. Par rapport aux très fortes chutes que le monde avait déjà connues (en 1998 ou 2008 par exemple), celle-ci est inédite de par la baisse simultanée de demande liée à la pandémie de coronavirus. Ce qui reste certain est que cette volatilité extrême fragilise l’économie mondiale, et que la transition énergétique, logiquement facilitée par un prix du pétrole élevé, se trouve à nouveau remise en question.

Publication originale le 22 avril 2020, mise à jour le 22 avril 2020

Sujet(s):

Articles recommandés