En terre inconnue !


Temps de lecture : 3 minutes

L’ISF a disparu, place aux frais sur les dépôts ! Cette tendance déjà présente en Europe devrait bientôt concerner la France, tout en restant pour l’instant limité aux patrimoines les plus importants. La Banque Lombard Odier a ainsi pris les devants en annonçant son intention d’appliquer des frais sur les dépôts. Soit une pénalité sur les comptes dont le solde serait supérieur à 1 millions d’euros.

La f(r)acture de 2008

Cette situation est directement liée à la baisse des taux d’intérêts, et à action des banques centrales. La raison principale : la crise de confiance issue de la crise financière de 2008 et la volonté politique de soutien à l’économie destinée à contrer un supposé risque de déflation.

Pourtant malgré les politiques accommodantes de la BCE, on ne retrouve pas encore d’impact dans l’inflation. Les gains de productivité et le changement de structure du marché du travail semblent contribuer à limiter la hausse des prix…

Sur 20 ans, on peut observer la tendance à la baisse des taux, avec une cassure nette à la suite crise des «subprimes».

 

Résultat, on semble entrer dans un environnement schizophrène, ou les repères traditionnels semblent inversés.

 

Comment en est-on arrivé là ?

Cette nouvelle réalité a eu un double impact important sur les banques.

Les politiques de la BCE ont entrainé une augmentation de leurs réserves excédentaires sur lesquelles elles perçoivent désormais une rémunération négative. Cette situation a en fait commencé en 2014 un taux de dépôt, alors – 0,1%. L’augmentation des réserves liées au « Quantitative Easing » de la BCE et la baisse du taux de dépôt à -0,5% créent un effet de ciseau. 20 milliards d’euros d’achat d’actifs par mois vont repartir en novembre. FIn juillet, les réserves excédentaires s’élevaient ainsi à 1772,5 milliards d’euros. En appliquant le taux, on arrive à un coût annuel estimé de plus de 7 milliards d’euros. Pour limiter cet impact, les banques sont poussées à plus prêter. La BCE a cependant promis un mécanisme amortisseur, le « tiering », qui pourrait réduire la note de 1,5 milliards d’euros…

Le deuxième impact de la baisse des taux est le taux de refinancement des banques à 0% et l’écrasement des taux à long terme. Le revenu d’intérêt des banques se réduit ainsi en moyenne de 2% par an malgré une hausse des encours. Le « spread » et indirectement les marges sur cette activité d’intermédiation se sont contractées. Alors que les marchés boursiers sont au plus haut depuis la crise financière de 2008, le secteur bancaire européen a perdu 80 % de capitalisation boursière.

Ceci peut expliquer que plusieurs banques aient décidé de « faire payer » désormais les dépôts. Cependant à l’inverse de leur homologues européens, les banques françaises avaient historiquement aligné une absence de rémunération des dépôts. Ceci avec une quasi-absence de frais pour les clients. Depuis 2015, cette politique a été largement remise en question. Par exemple la généralisation des frais de tenue de compte. L’épisode des « Gilets Jaunes » a cependant entrainé un engagement des banques à geler les frais bancaires.

 

Cette politique de frais sur les dépôts sera-elle dès lors acceptée si elle venait à se généraliser ?

Jusqu’à présent la politique de taux négatifs a surtout eu un effet dissuasif pour les épargnants. Le constat semble flagrant en Allemagne par le message anxiogène qu’elle véhicule. Pour sortir de ce cercle vicieux par le haut, il faut réorienter l’épargne vers l’économie réelle. Le secteur émergent du « crowdlending », complémentaire de l’action des banques peut-être un vecteur direct pour un nouveau financement de l’économie. A la clé une rémunération annuelle brute de 4 à 10%, tout en apportant une solution à cette nouvelle « taxation » des dépôts !


Voir les commentaires