Marchés financiers : la fête est-elle finie ?


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Depuis la crise de 2008, la valorisation des actifs sur les marchés financiers a été dopée par l’injections de liquidités dans l’économie et des niveaux de taux très bas. Pourtant 2018 semble marquer un coup d’arrêt et l’année 2019 s’ouvre sur de nombreuses incertitudes. La question de la juste valorisation, et d’une éventuelle fin de cycle semble plus que jamais d’actualité. Dans ce contexte, le secteur des « fintech » continue à progresser, le financement participatif ou crowdfunding porte sans doute en lui une partie de la solution pour sortir par le haut de la crise qui couve et réorienter des liquidités vers l’économie réelle.

Fin de partie, fin de cycle pour les marchés financiers ?

La crise des « subprimes » et la faillite de Lehman Brothers avaient entraîné un formidable plan international inédit, qualifié de « non conventionnel » via l’injection de liquidité dans l’économie par les banques centrales et de baisse des taux.

Dix ans plus tard, cette capacité de mener une action internationale coordonnée semble bien illusoire. Emmanuel Macron a évoqué récemment la sortie d’un « monde Westphalien » du nom du traité de paix qui avait posé les bases de la notion de coopération entre états. Donald Trump semble lui donner raison en affirmant son intention de se désengager des traités de coopération internationale (lutte contre le réchauffement climatique, alliances militaires, traités commerciaux…) au profit d’un « America First » renouant avec une certaine doctrine d’isolationnisme.

En un an, le monde semble avoir été plongé dans une instabilité géo-politique quasi-inconnue :

  • Arrivée de gouvernements qualifiés de « populistes » ou nationalistes aux quatre coins du monde (Europe de l’est, Brésil, Italie, Etats-Unis…), Russie, Turquie, Chine (relance du culte de la personnalité par Xi Jinping, alors que la croissance économique ralentie…) ;
  • Crise des migrants en Europe, l’épisode du traité de Marrakech ayant entraîné par exemple la chute – signe symbolique ? – du gouvernement belge ;
  • Désengagement des Etats-Unis au profit d’une politique de rapport de force ;
  • Vote en faveur du Brexit en Angleterre et question sur la capacité des états européens à présenter un front commun notamment face aux géants que sont les Etats-Unis et la Chine.

Cette évolution s’accompagne d’un mouvement de remise en cause des élites qui pose la question sur la possibilité de mener des politiques réformatrices. En France : le mouvement des « gilets jaunes » aurait déjà coûté 0,2% de PIB à l’économie française (soit l’équivalent des grèves de 1995) ramenant la croissance au seuil de 1,5%/an – considéré comme la limite nécessaire pour faire baisser le chômage – et faisant repasser la France au-dessus des « 3% de déficit », cap à ne pas dépasser durablement par les états pour conserver la cohésion monétaire de l’Union Européenne. Outre l’impact économique à court terme (tourisme, commerce de détail qui n’avait sans doute pas besoin de cela, voir notre article Amazon ne va-t-il pas tuer le commerce français ?), il ouvre la question pour les investisseurs internationaux d’un pays irréformable…

La question des valorisations

L’année 2019, semble donc s’ouvrir sur le thème de la prudence. L’année n’est pas finie mais l’année 2018 devrait pour la première fois depuis 40 ans s’illustrer par une baisse sur l’ensemble des classes d’actifs. Le S&P s’apprête à achever son pire mois boursier depuis 1931 (malgré un rebond et une meilleure séance depuis 10 ans, qui semble avoir déjà fait long feu). Après un bon début d’année, le Nasdaq chute de prêt de -25% depuis août. Cela reste certes relatif, l’indice Nasdaq ayant progressé de plus de +300% sur les dix dernières années, porté par les GAFA…

L’élastique était sans doute trop tendu de manière générale et après une bonne première partie d’année le retour de baton s’avère violent avec en prime une forte volatilité.

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Les marchés financiers semblent déjà « pricer » la probabilité d’une récession aux Etats-Unis à plus ou moyen terme, et le pétrole continue son mouvement de chute. La croissance chinoise en berne pourra-t-elle prendre le relais ?

Même si le mouvement est progressif l’année 2019 présente un triple défi : instabilité internationale, rythme de la poursuite de la hausse des taux, réduction des liquidités et fin la politique active de rachat d’actifs par la BCE. L’état français va quant à lui devoir se financé à hauteur de la somme record de 200 milliards d’euros et les Etat-Unis doivent financer leur déficit redevenu abyssal.

Les actifs immobiliers qui ont joué le rôle de valeur refuge, résisterons-t-il à la hausse des taux en poursuivant leur marche en avant ? Ils n’échapperont sans doute pas éternellement à la notion de cycle (voir notre article Crowdlending : promotion immobilière vs. foncières, pourquoi des rendements différents ?)

Sortir par le haut

Face à tant de nuages, le réflexe pourrait être d’arrêter d’investir. Selon une étude BPCE-Kantar, le français n’ont jamais autant laissé de liquidité sur leur compte avec un encours record de 390 milliards d’euros. Cela corrobore une étude récente d’AXA sur la frilosité des français. En cause, la faiblesse des rendements sur les produits de placements (livret, assurance-vie) et une certaine aversion au risque. L’assurance-vie, malgré un rendement réel désormais négatif, reste fortement plébiscitée par les français mais ces fonds ne sont que marginalement orienté vers les entreprises : à fin 2017 les placements des assureurs français, représentant 2 628 milliards d’euros n’étaient orientés (directement ou indirectement via des fonds) qu’à hauteur de 13,5% soit 355 milliards ver les entreprises françaises (ne parlons pas des PME !). Les souscripteurs continuant à privilégier des fonds euros garantie.

Pourtant le tableau économique n’est pas totalement noir. Au-delà de la question de la (sur)évaluation des actifs :

  • La majorité des économies reste en croissance ;
  • Malgré les interrogations sur le moyen-terme les Etats-Unis connaissent leur plus faible taux de chômage depuis l’après-guerre ;
  • En France, si mener des réformer reste certes difficile (quel impact du prélèvement à la source sur la consommation), l’évolution du pouvoir d’achat devrait être largement positive en 2019 sous l’effet de l’impact de réformes (CICE, taxe d’habitation…) ;
  • Il existe toujours des gisements inexploités : une étude ministérielle récente montre ainsi que sur 3,5 millions de fonctionnaires couvert par l’étude, 70% pourraient voir leur fonction transformé par le numérique avec à la clé une meilleure maîtrise de la dépense publique ;
  • Enfin, s’il persiste toujours en Europe un chômage significatif, cette situation n’est pas univoque et de nombreux pays font face à une pénurie de main-d’œuvre. Même dans les pays les plus en retard, une partie du chômage structurel provient d’un manque de formation que des investissements ciblés pourraient en partie résorber.

Afin de sortir par le haut de la crise actuelle, les « fintech » ont leur rôle à jouer dans ce nouveau contexte financier qui s’annonce. Une étude de KPMG relevait que les entreprises du secteur avaient levé 367 millions d’euro en 2018 – une hausse de 14% – dans un contexte international par ailleurs favorable. Le crowdlending peut permettre de réorienter une partie de l’épargner des français vers les entreprises. Financer les actifs immatériels notamment (numérisation, formation, embauches, R&D, financement du BFR, prêt trésorerie entreprise), insuffisamment financés par les banques, qui créeront la croissance de demain. Alors que le secteur bancaire sera soumis à des pressions et des contraintes avec la fin de « l’argent gratuit », le crowdlending peut contribuer à prendre en partie le relais. Il offre pour l’investisseur plusieurs avantages :

  • Un rendement cible d’environ 6% par an avec la possibilité (et la nécessité) de diversification pour gérer le taux de défaut ;
  • Le soutien à des PME qui créent de l’emploi pour les investisseurs en quête de sens ;
  • Un placement en euros accessible 24/24h depuis le monde entier pour les expats ;
  • Un affranchissement de la notion de valorisation d’actif (impact de la hausse des taux) ;
  • La possibilité de cycles courts (obligations amortissables) permettant d’arbitrer avec d’autres classes d’actifs.

Alors que l’année 2019 s’ouvre sur avec plein de défis, l’inaction n’est pas la solution. Continuer d’investir notamment dans l’innovation reste la clé pour soutenir l’économie et éviter les prophéties auto-réalisatrices !


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