L’assurance-vie est-elle menacée ?


L’assurance-vie a-t-elle vocation à rester le « placement préféré des français » ?

Elle représente 37% du patrimoine financier des ménages selon la Banque de France. Malgré un ralentissement du rythme de collecte après 2010, l’assurance-vie s’est positionnée comme un produit attractif, refuge, à plusieurs titres :

–       Rendement brut des « fonds euros » fixé à un niveau moyen actuel de 2,3% avec une garantie en capital

–       La possibilité de prendre plus ou moins de risques en misant sur des contrats UC (Unité de Comptes), certes liés aux aléas boursiers

–       Une disponibilité des fonds, une fiscalité favorable « à la sortie » pouvant être allégée en cas de détention sur plusieurs années

–       Un outil pour pouvoir faire des montage patrimoniaux (transmission, garantie, etc)

Les assureurs constituent des provisions permettant de lisser les rendements servis et d’assurer une certaine liquidité aux investisseurs. Mais aujourd’hui, la pérennité des rendements proposés par les fonds euros pose question, dans la mesure où une grande partie des sous-jacents est constituée d’obligations publiques dont les rendements ont suivi l’évolution de la baisse des taux.

L’environnement de taux bas a créé un déséquilibre

L’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) a ainsi récemment fait remarquer que le rendement moyen des fonds euros  était passé de 2,54% à 2,27% alors que dans le même temps le taux d’OAT à 10 ans perdait 81 points de base. Les difficultés liées à un environnement de taux bas ont d’ailleurs été également relevés par le Haut conseil de Stabilité Financière (HCSF), organisme de régulation créé en 2013 et présidé par Michel Sapin :

« Globalement les rendements offerts actuellement par l’assurance-vie sur les contrats euros apparaissent trop généreux : les rendements de titres entrant actuellement en portefeuille étant inferieurs aux rendements servis sur les contrats ».

Ces seuils affichés ont rendu attractifs les rendements des fonds euros dans un contexte où les placements liquides sans risque sont très largement au-dessous de 1%, mais ils reposent principalement sur des coupons élevés versés au titres d’un stock d’obligations anciennes qui constituent la majorité des actifs des contrats euros, et dont l’effet n’a pas vocation à perdurer pour toujours. Le Graphique ci-dessous montre d’ailleurs le spread avec les obligations OAT qui s’est crée depuis plusieurs années :

Source : ACPR – Banque de France

Par ailleurs, en cas de remontée rapide des taux, les assurés pourraient vouloir arbitrer en faveur de placements plus rémunérateurs et des demandes de rachats massives pourraient alors mettre à mal les comptes, voire la solvabilité des assureurs. Il faut également garder à l’esprit que les 10% des ménages les plus fortunés – que l’on suppose être les plus réactifs – possèdent à eux seuls plus de 50% des encours d’assurance-vie.

Limiter la liquidité, trouver un nouveau modèle ?

De ce fait, le projet de loi Sapin II envisage de donner au HSCF le droit de bloquer ou limiter temporairement les rachats de contrats d’assurance-vie et les arbitrages en cas de situation «de risque d’instabilité du système financier ». Bien que discutée et parfois critiquée car remettant en cause le principe de disponibilité des fonds, cette mesure vise avant tout à éviter une crise systémique de liquidité, préjudiciable aux épargnants. La baisse des taux a permis de gonfler la valorisation de nombreux actifs financiers (immobiliers, bourse) et de générer des réserves de plus-values.
Mais suffiraient-elles en cas de rachat massif ?

Dans tous les cas, trouver des actifs qui permettent de financer les rémunérations promises et transférer une partie du risque comme cela est le cas avec les contrats en UC apparaît comme une nécessité pour les assureurs.
A ce titre le « crowdlending » (comme le propose WeShareBonds), notamment structuré via des fonds de créances diversifiées (en partie in fine, en partie amortissable), pourrait constituer un produit attractif en termes de maturité – et liquidité – et pour le couple risque-rendement si ces derniers pouvaient être intégrés dans des contrats d’assurance-vie en UC.

Peut-être prochainement ?

 


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