Les mesures de la BCE face au Coronavirus

Banque central européenne

Mis à jour il y a 6 mois

La Banque Centrale Européenne a annoncé mercredi dernier des mesures face à la crise du coronavirus qui déstabilise actuellement les économies de la zone euro. Aujourd’hui, bien que toutes les autorités monétaires soutiennent d’une manière similaire les banques commerciales, cet article se concentre uniquement sur la BCE. Avant de détailler les mesures adoptées, nous faisons un petit rappel des fonctions de la BCE.

Le rôle de la BCE

L’objectif premier de la BCE est de contrôler le niveau d’inflation au sein de la zone euro, c’est-à-dire garantir la stabilité des prix. Mais avec le temps et les crises financières, son rôle s’est nettement étoffé, et est devenu crucial au point d’être comparé à un bouclier pour la zone euro.

En temps normal, la BCE décide de la quantité d’argent en circulation en prêtant aux banques à un taux donné (le taux de refinancement), et ces dernières font de même en prêtant à leur tour aux entreprises et ménages. Plus le taux est élevé, moins l’octroi de crédit est important. C’est ainsi que la BCE régule l’accès au crédit, donc la création de monnaie, et par voie de conséquence l’inflation.

Seulement, en temps de crise, ce mécanisme fonctionne mal. Avec des taux directeurs actuellement très bas, la BCE a une marge de manœuvre très limitée car un taux négatif pourrait encore plus inquiéter les marchés financiers en les amenant dans des territoires inconnus. En outre, même en octroyant des quantités illimités d’argent, la BCE peinerait à relancer le crédit car les ménages et entreprises, dans une phase d’incertitude, ne souhaitent a priori pas emprunter.

D’autres outils à sa disposition

En 2015, la BCE décide d’intervenir sur les marchés en injectant directement de l’argent via le rachat de certains actifs financiers (emprunts d’états et obligations d’entreprises). Ce nouvel outil lui permet donc de contrôler le taux d’emprunt des États : plus elle se porte acheteuse de titres, plus le taux va baisser. La BCE veille évidemment à ce que sa politique monétaire soit diffusée à travers les 19 pays de la zone euro. Cela signifie qu’en cas de risque de fragmentation (décrochage fort du taux d’un pays par rapport à la moyenne), elle peut décider d’acheter plus ou moins de certaines dettes publiques.

À noter qu’actuellement la BCE n’a pas le droit d’intervenir en souscrivant directement aux émissions de dette publique d’un État. Elle ne peut donc qu’acheter des obligations publiques sur le marché secondaire (les racheter à un autre investisseur), ce qui peut poser problème si un État peine à trouver des investisseurs.

L’intervention de la BCE face au coronavirus

La priorité actuelle de la BCE est de soutenir les entreprises de la zone euro afin qu’elles traversent ce choc économique temporaire du mieux possible. Le 12 mars 2020, elle annonçait lever une enveloppe de 120 milliards d’euros comme première réponse à la crise, qui sera vite complétée par 750 milliards d’euros le 18 mars pour des rachats de dettes.
C’est évidemment une mesure exceptionnelle qui fait face à une crise inédite, jamais la BCE n’ayant injecté autant d’argent en si peu de temps. C’est aussi plus que ce que la Réserve fédérale américaine a mobilisé à date.

Au total, 1 050 milliards d’euros seront débloqués sur l’année. À titre de comparaison, le soutien de la zone euro de mars 2015 à décembre 2018, avec achat de titres tous les mois sur les marchés financiers, lui avait coûté 2 600 milliards d’euros.

La BCE face au coronavirus : Le détail des mesures adoptées

Avec ce budget débloqué, la mobilisation de la BCE face au coronavirus, a cependant, contrairement à la Banque centrale Américaine, laissé ses taux de refinancement inchangés et opté pour d’autres mesures :

Elle met premièrement à disposition des banques commerciales des liquidités immédiates et inconditionnelles, afin que celles-ci les prêtent aux différents acteurs économiques. À partir de juin, elle augmentera le TLTRO-3, un mécanisme de financement long terme favorable pour les banques qui maintiennent leur crédit aux entreprises les plus touchées, et particulièrement aux PME. Ces banques bénéficieront ainsi de prêts ciblés de long terme à bas coût.

Concrètement, la BCE est disposée à prêter aux banques à taux négatif (-0.75%), à condition qu’elles prêtent aux entreprises et ménages, irriguant ainsi l’économie de liquidités. L’objectif est de soutenir en particulier la trésorerie des entreprises européennes durant cette période. Dans son rôle de régulateur, la BCE va aussi alléger les obligations imposées aux banques en matière de maintien de fonds propres.

Toujours dans le même objectif, elle prévoit de racheter à nouveau massivement des titres publics et d’obligations d’entreprises. Ce rachat de dettes privées et publiques vise à inciter les banques à maintenir voir relancer leurs prêts.

Enfin, son programme lui permet aussi d’acheter des « commercial papers », c’est-à-dire des titres de dette à court terme émis par les entreprises (moins de 6 mois). Une mesure importante financièrement car la fermeture de ce marché préoccupait particulièrement les banques ces derniers jours.

À noter : les ministres des Finances de la zone euro ont prévu d’échanger désormais sur une base hebdomadaire. Ils pourront décider d’adopter des mesures supplémentaires, par exemple une augmentation du capital de la Banque Européenne d’Investissement ou bien un recours direct au Mécanisme européen de stabilité (doté de 410 milliards).

D’autres mesures pourraient être également annoncées en soutien au financement des entreprises, une nouvelle baisse des taux directeurs étant toujours possible.

Publication originale le 27 mars 2020, mise à jour le 30 mars 2020

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