La mobilisation financière des États et banques centrales face au Coronavirus.

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Mis à jour il y a 3 mois

Publication mise à jour le 26/03

Partout dans le monde, la mobilisation des États et banques centrales permet de prendre des mesures exceptionnelles pour tenter d’amortir les effets économiques de la crise du coronavirus. Le 15 mars 2020, six banques centrales (US Fed, BCE, Banque d’Angleterre, Banque du Japon, Banque Nationale Suisse et Banque du Canada) se sont accordées pour renforcer la liquidité des marchés financiers en abaissant le coût des échanges de devises, événement qui n’était pas arrivé depuis 2011.

Nous faisons ci-dessous un tour de la mobilisation des États et banques centrales ainsi que des mesures principales de soutien à l’économie mondiale prise par les États et leurs banques centrales respectives.

La mobilisation des États et banques centrales : La zone Euro

La BCE a choisi jusqu’ici, contrairement à plusieurs de ses homologues étrangers, de laisser ses taux directeurs inchangés. L’institution a opté pour des mesures ciblées visant à inonder les banques de liquidités, sous condition qu’elles prêtent cet argent aux ménages et entreprises. Au total, 1050 milliards d’euros seront débloqués pour aider les États de la zone euro.

Ce plan exceptionnel, via le rachat de dette publique et privée, incite donc les banques commerciales à continuer leurs prêts aux PME les plus touchées par la crise, et ainsi éviter une vague de faillite. Leurs obligations en matière de fonds propres seront aussi allégées.

Par ailleurs, la BCE compte avoir sur ce marché une approche flexible en fonction des pays. Ainsi, elle pourrait acheter en priorité des titres souverains en difficulté, comme ceux de l’Italie. Enfin, 800 millions d’euros, provenant du Fonds Européen de solidarité, pourront être utilisé. Malgré cela, les écarts de taux entre les dettes des États européens se creusent alors que ces derniers dévoilent leurs plans de soutien à leurs économies respectives.

Les actions menées en Italie

Pays le plus touché par l’épidémie en Europe jusqu’à présent, le gouvernement italien annonçait débloquer 25 milliards d’euros le 11 mars. Cet argent sera utilisé en priorité pour soutenir les emplois et travailleurs italiens les plus à risque. Une autre partie (a priori 3.5 milliards) sera destiné au système sanitaire et à la protection civile.

Pour l’instant, aucune mesure n’a encore été prise concernant le report des montants de taxes, impôts ou autre contribution. Roberto Gualtieri, ministre de l’Économie et des Finances se veut cependant rassurant en affirmant que des mesures supplémentaires seront adoptées d’ici avril.
Alors que la production des usines subit une baisse d’environ 10% dans le pays, le tourisme et les transports, secteurs beaucoup plus impactés, s’effondrent de 90%. À noter aussi que les 25 milliards d’euros débloqués proviennent d’obligations, alors même que le pays comptait une dette de 136 % de son PIB fin 2019, ce qui inquiète Bruxelles.

D’après l’OCDE, le meilleur scénario pour l’Italie serait une croissance nulle en 2020.

La mobilisation des États et banques centrales : La France

Les 45 milliards débloqués mardi 17 mars serviront au report, voir à l’annulation de charges, notamment pour les TPE et micro-entrepreneurs qui bénéficieront d’une suspension du paiement de leurs factures d’eau, de gaz, d’électricité et de leurs loyers. De plus, 300 milliards d’euros de prêts bancaires aux entreprises les plus à risque sont garantis durant cette période. L’État compte aussi massivement sur la généralisation du chômage partiel et les congés payés imposés afin d’aider le plus possible les entreprises françaises dont l’activité tourne au ralenti à traverser cette passe.

Les mesures prises en Allemagne

L’Allemagne a déjà opté pour un plan d’aide aux entreprises inédit afin de lutter contre la récession attendue. Au programme, une rallonge budgétaire de 100 milliards d’euros pour 2020, la garantie de prêts bancaire à hauteur de 550 milliards d’euros pour toute entreprise en difficulté, la création d’un fond de secours pour les grandes entreprises et leurs salariés, ainsi qu’un recours facilité au chômage partiel. Selon les prévisions de l’institut allemand IfW Kiel, l’économie allemande devrait se contracter de 1.5% sur l’année 2020.

La mobilisation des États et banques centrales : L’Espagne

Mardi 17 mars 2020, le gouvernement espagnol a déclaré garantir jusqu’à 100 milliards d’euros de prêts aux entreprises afin d’assurer leur liquidité en priorité. Au total, c’est 200 milliards d’euros qui seront mobilisés, dont 600 millions destinés aux aides des personnes les plus vulnérables face à la crise. L’État assure enfin faciliter l’accès aux indemnités chômages à tous les travailleurs indépendants espagnols. Alors que le secteur du tourisme et de l’hôtellerie sont à l’arrêt et menacent près de 100 000 emplois, il est très probable que l’Espagne entre en récession cette année.

Les actions menées en Angleterre

La Banque d’Angleterre annonçait le 11 mars 2020 une baisse importante de ses taux directeurs (de 0.75% à 0.25%) pour stimuler l’économie anglaise dans son ensemble. Mesure inédite, la banque centrale recense sa baisse la plus drastique depuis 2009, alors que le pays traversait la crise financière.

Elle a aussi confirmé son programme d’achat d’obligations d’État (435 milliards de livres) et d’obligations d’entreprises (10 milliards). Le gouvernement a par ailleurs annoncé des prêts bancaires garantis aux entreprises à hauteur de 330 milliards de livres (soit 15% du PIB Britannique). Les PME et travailleurs indépendants les plus à risque recevront quant à eux une aide de 7 milliards de livres, tandis que le NHS (système de santé) percevra un soutien de 5 milliards. Alors que Boris Johnson a annoncé le confinement total pour la population anglaise, la British Chambers of Commerce (BCC) a abaissé ses prévisions de croissance du PIB pour 2020 à 0.8%.

Les mesures aux États-Unis

La Federal Reserve (Fed, banque centrale américaine) multiplie les annonces depuis ces dernières semaines. Dimanche 22 mars 2020, elle a ainsi baissé ses taux directeurs à zéro, niveau plus atteint depuis la crise de 2008. Lundi 23 mars, elle annonce des rachats sans limite de créances publiques diverses, ainsi que des créances d’États américains, de collectivités locales et d’entreprises privées. Dans son communiqué, la Fed anticipe aussi le rachat de dettes de particuliers. Elle a aussi déclaré prévoir de racheter 375 milliards de dollars de titres du Trésor et 250 milliards de dollars de titres hypothécaires au cours de la semaine.

De plus, un programme d’aide au crédit aux entreprises de 300 milliards de dollars sera prochainement mis en place afin de soutenir principalement les déficits de trésorerie. Son programme lui permet également d’acheter des dettes à court terme émis par les entreprises (moins de 6 mois) appelés “commercial paper”, programme lui aussi utilisé aussi pour la dernière fois en 2008.

Enfin, la banque considère sérieusement avoir recours à “l’helicopter money” en donnant simplement une indemnité de 2000 dollars à de nombreux Américains pour soutenir l’économie locale. Malgré cela, Goldman Sachs a annoncé le 16 mars que le PIB pourrait se contracter de 5% au 2ème trimestre de l’année 2020, une baisse sans précédent depuis 2008. En effet, la moitié des 153 millions d’emplois aux États-Unis seraient à risque élevé ou modéré.

La mobilisation des États et banques centrales : Le Brésil

Le comité monétaire de la banque centrale brésilienne (Copom) a décidé de réduire pour la sixième fois cette année ses taux directeurs le jeudi 19 mars. Ils atteignent ainsi désormais leur niveau le plus bas historique (4,25 % à 3,75 %). L’incertitude liée à l’aggravation de l’épidémie, ainsi que la légèreté avec laquelle le président Bolsonaro gère la crise, ont incité le Copom à prendre de telles mesures. Bien que le président fasse mine d’ignorer la gravité de la situation, le gouvernement a adopté un plan d’urgence pour le secteur de la santé de 5 milliards de réais (équivalent à 905 millions d’euros) la semaine dernière. Lundi 23 mars 2020 un plan de 147 milliards de réais (26 milliards d’euros) a été annoncé afin de soutenir l’économie du pays, alors que la prévision de croissance pour 2020 a chuté de 2,4 à 2,1%.

Les mesures prises au Canada

Pour la première fois depuis 2015, la Banque du Canada a annoncé le 4 mars baisser son taux directeur de 0.5% (soit de 1.25% à 0.75%). Le gouvernement a par ailleurs débloqué 27 milliards de dollars canadiens (17 milliards d’euros) d’aides financières aux entreprises et travailleurs indépendants en difficultés, ainsi que 55 milliards de reports d’impôts.

La mobilisation des États et banques centrales : La Chine

Vendredi 13 mars, la Banque Centrale Chinoise a annoncé une baisse du ratio de réserve obligatoire des banques (de 0.5 à 1%), libérant ainsi 550 milliards de yuans (71 milliards d’euros) pour soutenir son économie. Pour rappel, le ratio de réserve oblige les banques à conserver des liquidités auprès de la banque centrale.

Cela étant, après quasi deux mois d’interruption de l’activité, l’économie chinoise se remet en marche. Il est nécessaire pour les banques d’autoriser les refinancements ou les rééchelonnements de remboursements dans les prochains jours, afin d’éviter le plus de faillite possible. Les prévisions de Goldman Sachs quant à la croissance annuelle chinoise pour 2020 sont désormais de +3% (contre les 5.5% prédits jusqu’ici). Selon le ministre de l’industrie Chinoise, leur économie ne fonctionnerait actuellement qu’à 65% de ses capacités. Le territoire d’Hong Kong a quant à lui opté pour distribuer de l’argent directement à ses résidents.

Les actions menées au Japon

La Banque du Japon (BoJ) n’a pas souhaité modifier son taux directeur, déjà négatif (-0.1%) depuis janvier 2016. Cependant elle a renforcé sa politique de rachats d’actifs en annonçant doubler son plafond annuel de rachats de fonds négociés en Bourse. Côté gouvernement, 13 milliards d’euros ont été garantis pour des prêts sans intérêt aux PME.
Alors que le pays était déjà au bord de la récession avant l’épidémie, les exportations du pays (notamment vers les États-Unis et la Chine) ainsi que ses importations sont en chute libre. Le ministre de la revitalisation économique japonais prévoit des répercussions sur l’économie du pays au mieux aussi graves, sinon pires, que la crise financière de 2008.

La mobilisation des États et banques centrales : La Corée du Sud

La Banque centrale sud-coréenne a annoncé lundi diminuer son taux d’intérêt directeur à 0,75%, encore une fois un record historique. Le gouvernement a aussi jugé nécessaire de soutenir les PME en débloquant une aide de 39 milliards de dollars le jeudi 19 mars. Toutefois, le pays fait office d’exemple pour beaucoup concernant sa gestion de la première vague du Covid-19.

Les mesures en Afrique du Sud

La Banque Centrale Africaine a décidé jeudi de baisser son taux directeur de 1 %, désormais à 5,25 %. Il s’agit pour elle de sa plus grosse baisse depuis la crise financière de 2008. Le pays étant déjà plongé dans une période de récession depuis fin 2019, cette crise n’a fait qu’aggraver les prévisions de croissance. La banque envisage pour l’instant une contraction de l’économie de 0,2 %.

La mobilisation des États et banques centrales en Australie

Jeudi 19 mars, la Banque Centrale d’Australie a réduit une seconde fois son taux directeur à 0,25%, soit son plus bas historique. Elle a aussi annoncé des mesures de rachat de dettes publiques et privées, ainsi qu’un soutien au secteur bancaire et PME.
Pays avec un cycle de croissance ininterrompue depuis 29 ans l’Australie doit maintenant faire face à l’impacte non seulement de cette crise sanitaire mais également de ses feux de forêts. Du fait de leurs ampleurs, ces événements pourraient provoquer une récession technique dans le pays en 2020.

La Nouvelle-Zélande

Pour finir, la Banque Centrale de Nouvelle-Zélande, suivant les mesures de son homologue australien, a baissé mardi son principal taux directeur à 0,25%. Celui-ci se trouvait déjà également au niveau le plus bas de son histoire (1%). Par ailleurs, le gouvernement a annoncé un plan de relance de 12 milliards de dollars néo-zélandais (6,5 milliards d’euros) pour son économie.

Publication originale le 25 mars 2020, mise à jour le 26 mars 2020

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