[La série des placements exotiques] Les diamants – WeShareBonds


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A travers cette série d’article dédiée aux « placements exotiques », WeShareBonds, la plateforme de crowdfunding, fait le tour du monde des placements. Nous traitons cette semaine les diamants.

« Les diamants sont éternels » disait James Bonds, pour Marilyne Monroe « Diamonds are a girl’s best friends ». Cela en fait-il un bon support de placement ?

Un marché et une histoire complexe

Exploité depuis plusieurs milliers d’années et distingué pour sa rareté, le diamant a longtemps été l’apanage des tête couronnées, symbole du pouvoir régalien, avant d’être apprécié par les aristocrates et la bourgeoisie. Il a également été détenu au cours du temps comme une valeur refuge, du fait de son ratio valeur/encombrement.

Son commerce a suivi l’évolution des différentes zones d’exploitation. A la fin du XIXème siècle, les découvertes en Afrique du Sud consacrent la suprématie de l’entreprise De Beers, qui jouit d’un monopole sur le commerce des diamants jusqu’à la fin du XXème siècle.

Le diamant (à l’instar de l’or) est doté d’une forte valeur symbolique : « l’Affaire du Collier », scandale qui a impliqué Marie-Antoinette, aurait ainsi été l’un des éléments déclencheurs de la Révolution Française. Plus récemment, l’affaire des « Diamants de Bokassa » a sans doute joué un rôle clé dans le résultat de l’élection présidentielle de 1981 entre François Mitterrand et Valery Giscard-d ’Estaing.

Contrôlant jusqu’à récemment l’offre et la demande de diamants pour en fixer les prix, De Beers a favorisé la notoriété et la démocratisation du marché du diamant grâce au slogan « Diamonds are for ever » et à la promotion de son utilisation comme ornement pour les bagues de mariage.

Les événements géopolitiques comme la chute du bloc-soviétiques, les « blood diamonds » et leur rôle dans le financement des guerres civiles de divers états africains, la fin de « l’Apartheid », la nationalisation d’exploitations, ainsi que les règles anti-trust de la Commission Européenne ont mis fin au monopole de De Beers. L’industrie diamantaire reste cependant toujours contrôlée par quelques acteurs dont le russe Alrosa, De Beers ou Rio Tinto.

 

Quel prix pour les diamants ?

 

Les diamants sont dans un premier temps bruts puis taillés, voire montés sur des bijoux. La valeur d’un diamant obéit globalement à la règle des 4 « C » établie selon des normes internationales :

  • « Cut » : la taille, qui va permettre au diamant brut d’acquérir des proportions et un éclat idéal qui influencera fortement la valeur. Elle dépend du travail de taille qui est effectué dans quelques centres internationaux : Anvers (Belgique), Tel-Aviv (Israël) et Gujarat (Inde)
  • « Color » (couleur) : établie selon un système de notation de D à Z
  • « Clarity » (pureté) : établie selon un code de notation, dont la meilleure est « Flawless »
  • « Carat » (poids) : correspond à 0,2 grammes, cependant, à la différence par exemple de l’or dont le prix est proportionnel au poids, la valeur d’un diamant et a priori exponentielle en fonction de son poids.

Il est donc difficile de fixer précisément le prix d’un diamant suivant ces critères, entre la valeur brute et la valeur taillée qui inclut le travail et potentiellement la marge d’intermédiaires, et par ailleurs la valeur « poids » qui ne suit pas une courbe proportionnelle.

Alors que les leaders de l’industrie ont cherché à faire du diamant un objet unique, The Rapaport Price List a tenté d’introduire un indice des prix « wholesale » du diamant incluant une certaine transparence dans les prix. Une dichotomie a ainsi été créée entre deux visions dont l’une vise à considérer d’un côté le diamant comme une « commodity » et l’autre comme une œuvre d’art aux caractéristiques uniques, source de nombreuses difficultés d’évaluation.

Les difficultés et contraintes en tant qu’actif

Il est possible pour les investisseurs de miser sur plusieurs sous-jacents :

  • physiquement dans des pierres, ou bien désormais dans des lingots (« bullions ») diamants certifiés qui sont cotés sur le Singapore Diamond Investment Exchange (SDiX) ;
  • des fonds : misant principalement dans des pierres de 1 à 5 carats (considérés « investment grade », tels que Diamond Capital Fund ou Swiss Asset Advisors ;
  • des sociétés de l’industrie : chaines de retailers, société d’extraction minière, de taille etc afin de profiter indirectement de l’essor du secteur.

Selon le cabinet Bain & Co, les diamants en tant que classe d’investissement ne représentent cependant encore que 5% des achats.

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Malgré l’émergence de nouveaux consommateurs issus des pays émergents (Chine, Inde) et les projections de demandes, favorables, il ne faut pas perdre de vue les difficultés inhérentes et intrinsèques à ce marché, concernant les méthodes d’évaluation, la transparence des prix, le rôle du marketing dans l’offre…

La valeur des diamants – au-delà des ventes aux enchères – n’est pas garantie, comme le montre le graphique ci-dessous. La maison Chaumet, joaillier depuis 1780, en a fait l’amère expérience lors d’une banqueroute retentissante dans les années 80, suite à la chute des cours, pour avoir spéculé sur les cours de diamants.

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L’AMF a ainsi mis en garde,  sur les offres sur internet concernant le diamant, le considérant comme un placement à haut risque.

 

L’émergence du marché des pierres synthétiques face aux diamants naturels

Créé dans les années 50 par General Electric, les pierres synthétiques ont fait leur entrée en force dans la joaillerie, y compris via les acteurs historiques. Selon ABN Amro, financeur traditionnel de cette industrie : « Une grande incertitude fait douter de l’évaluation future des diamants naturels [..] L’industrie du diamant est passée d’un environnement relativement stable à un environnement hautement aléatoire. ».

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Autant de raisons pour réfléchir à deux fois avant de miser aveuglément sur ce marché qui a cependant toujours su faire preuve de résilience. Ceci-dit offrir un diamant fera sans doute toujours plaisir !


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