Pourquoi les taux sont-ils si bas, et vont-ils le rester?


Les épargnants français au sens large sont nombreux à se demander : mais pourquoi les taux sont-ils si bas ? Qui plus est, ce qui semblait être passager semble s’éterniser, et l’on s’attend désormais à ce que les taux restent bas encore plusieurs années.

Pourquoi les taux sont-ils si bas, et vont-ils le rester?

Le niveau des taux d’intérêt est lié au taux nominal décidé par les Banques Centrales. Ce taux permet de fixer le niveau auquel les banques se financent.

Traditionnellement selon la règle de Taylor (non pas le père de la division du travail, mais du nom d’un économiste né en 1946 qui a servi sous l’administration Bush), il y a un lien entre le niveau des taux et le niveau d’inflation que vise une banque centrale. Il y a également un lien avec le rythme de croissance observé de l’économie (selon qu’une banque centrale perçoit et anticipe ou non une surchauffe).

Les taux bas favorisent plutôt la création monétaire, l’injection de liquidité dans l’économie et donc en théorie l’inflation de prix, ainsi que le niveau de valorisation des actifs (plus les liquidités sont abondantes et accessibles, plus cela favorise la valorisation des actifs).

Les banques centrales cherchent à assurer une certaine stabilité de l’inflation (le fameux objectif de 2% de la BCE par exemple) car une forte inflation dégrade le pouvoir d’achat et la compétitivité. De l’autre coté la déflation est fortement destructrice de croissance et de valeur en produisant une baisse généralisée des prix, et en différant les achats et les investissements.

Le paradoxe actuel

Le niveau des taux semble au final obéir à plusieurs forces : actuellement, malgré les taux bas, nous n’assistons pas à une hausse de l’inflation, ce qui ne joue pas en faveur de leur remontée. Les liquidités ne sont pas réinjectées par les banques dans l’économie par frilosité, et par ailleurs la numérisation ou « ubérisation » observée de l’économie permet de proposer de nombreux services de manière plus efficace et moins chère. Dans un contexte international où les moteurs de la croissance de ces dernières années tels que l’économie chinoise sont en panne, les investisseurs institutionnels ont également tendance à accepter des placements sans risque à taux bas.

Par ailleurs fixer un taux nominal élevé favorise l’appréciation de la monnaie d’une zone et dégrade sa compétitivité à l’export, enfin une trop forte hausse des taux (taux dits sans risque) risquerait d’entraîner une baisse du prix des actifs (actions, immobilier) et de décourager les investissements plus risqués dans des projets productifs.

Les épargnants, les fonds de pension et les assureurs ne trouvent plus d’actifs sans risque suffisamment rémunérateurs

D’un autre côté, des taux nominaux très bas, entraînant des taux réels (post impact de l’inflation) négatifs, posent des problèmes par exemple de financement long-terme des retraites : les épargnants, les fonds de pension et les assureurs ne trouvent plus d’actifs sans risque suffisamment rémunérateurs.

La Réserve fédérale américaine a tout de même décidé de relever fin 2015 son taux directeur de 25 points de base à 0,25 %-0,50 %, il s’agissait de la première hausse en plusieurs années. Cependant le rythme et le calendrier de poursuite de cette remonté semble depuis assez incertain.


Voir les commentaires