Présidentielles 2017 : Le retour au franc ?


Que ce soit pour la Grèce il y a quelques temps ou pour le Royaume-Uni plus récemment, l’optique d’une sortie de l’Union Européenne a fait l’actualité. Avec les élections présidentielles en France, le sujet est revenu au centre du débat concernant l’hexagone.
Cette éventualité ne serait pas sans conséquence : si la France devait sortir à la fois de la zone monétaire mais également du Traité d’union européenne, les conséquences seraient massives étant donnée, que la France est l’un des membres fondateurs et central de l’ex-CEE, et par ailleurs l’un des piliers de l’union monétaire.
Bien qu’improbable (même les plus favorables à une sortie ne semblent plus surs de leur fait, et par ailleurs cette opinion ne semble pas majoritaire dans l’opinion publique), quels seraient les principaux aspects d’un scénario de retour au franc ?

 

Les impacts techniques et juridiques du retour au franc

La sortie de la zone Euro poserait préalablement de nombreuses questions techniques et juridiques, que ce soit pour sortir de la zone Euro ou du Traité d’Union Européenne, étant données que les modalités d’une telle sortie n’ont pas forcément été anticipées par les traités.

En admettant qu’une solution technique satisfaisante soit cependant trouvée, l’une des premières conséquences serait sans doute la mise en place d’un contrôle des banques et des capitaux pour éviter les retraits massifs et la fuite des capitaux (l’épisode Grec et la crise bancaire ayant donné une sorte d’avant-goût de ce qui pourrait se produire).
Si cette sortie se doublait par ailleurs d’un repli nationaliste, avec les fins des accords de Schengen, une fermeture et contrôles aux frontières seraient sans doute mis en place, ralentissant considérablement les échanges.

Plein d’aspect de la vie quotidienne des entreprises seraient impactés, sous réserve qui devrait être essayé d’être géré au cas par cas comme dans le cas du Brexit, cas cependant plus facile car possédant sa propre monnaie et par ailleurs une position géographique excentrée et orientée vers les Etats-Unis. De nombreuses questions pratiques ont déjà commencé à se poser pour le Royaume-Uni : sort des travailleurs expatriés, dans le cadre de la fourniture des services financiers question du « passeport européen », accès aux zones de pêches pour les pêcheurs, etc.

Les impacts financiers

Dévaluation de la monnaie

Le premier impact serait sans doute une dévaluation de la monnaie avec la baisse de la valeur des actifs exprimée en monnaie étrangère. La dette émise par l’état français serait libellée en franc ce qui ne serait pas sans impact, la majorité de ses créanciers étant des non-résidents (ce qui n’est par exemple pas le cas pour le Royaume-Uni ou le Japon). Concernant les dettes d’entreprises cela dépendrait du contrat, dans le cadre de WeShareBonds, les échéanciers devraient être re-libellés en franc…

Photo d'une tirelire en forme de cochon, retour au franc

Hausse des taux

Etant donnée la fin de la solidarité européenne, et l’état des finances publiques, le risque de variation et d’instabilité de la monnaie, on assisterait à une hausse des taux avec un impact sur le coût de la dette et en ricochet sur l’état des finances publiques. Cela aurait un impact sur l’accès aux financements de l’économie en général, avec un surcoût que ce soit pour l’état ou pour les entreprises, et sur la valorisation de certains actifs (type immobilier).

Commerce extérieur, obstacles aux échanges

En théorie la baisse des prix entraîne une hausse des exportations. Cependant le prix n’est pas l’unique argument (les Allemands sont ainsi réputés pour vendre de produits dont l’élasticité prix est faible et donc ne pas souffrir d’un euro fort pour leur capacité exportatrice). Il faudrait intégrer les surcoûts liés aux approvisionnements renchéris par ailleurs.

La France réalise l’essentiel de ses échanges avec d’autres membres de l’union européenne, ce qui lui assure une certaine stabilité (absence de risque de change, pas de droit de douanes, liberté de circulation).
La mise en place d’éventuelle mesure protectionniste d’état à état (droit de douanes, normes) aurait ainsi un impact. Que dire enfin de la nécessité de remettre en place tout un jeu de normes propres à la France : ainsi par exemple pour une entreprise de cosmétique qui se projette à l’internationale, celle-ci n’aurait qu’à se conformer aux normes européennes dans le cadre des échanges avec les membres de l’union, et pour les exportations hors zone euro avec celles du pays de destination (ou alors reprise de la norme européenne déjà négociée). Il lui faudrait désormais réadapter chaque produit avec chaque pays dans le cadre d’accord d’état à état de manière bilatérale.

Effet domino et instabilité, inflation importée

Etant donné la position centrale de le France en Europe, on pourrait craindre un effet domino, et la fin des normes communes en Europe. L’on pourrait objecter que cela ne ferait que constituer un retour à une situation connue il y a quelques années avant l’union monétaire : ce serait cependant oublier l’imbrication des économies au plan mondiale et la hausse des échanges provoquant un retour en arrière sans douleur assez illusoire. A de nombreux point de vu, cela apporterait une instabilité qu’avait supprimé la zone euro, avec les coûts associés (nécessité de couvertures de change, etc.)

Il ne faudrait pas négliger l’inflation importée du fait du renchérissement des approvisionnements réalisé à l’étranger (pétrole, biens de consommation, etc.), cette inflation entraînerait par ailleurs une hausse des salaires pour compenser l’appauvrissement et, entraînant une spirale inflationniste et une perte de compétitivité.
Le coût de ce scénario noir, a été chiffré à 180 milliards d’euros par l’Institut Montaigne du fait de la baisse de la croissance (-9% sur le PIB) et à 500,000 emplois.

L’épargne et l’investissement des français

Une hausse des taux, aurait sans doute un impact important sur l’immobilier, cela attirerait-il des investisseurs étrangers attirés par des prix plus abordables, peut-être, mais cela serait-il suffisant pour soutenir le marché ?
Pour les personnes ayant une dette ou des avoirs, tout dépend de la localisation de cette dette pour envisager ou non la conversion. Pour conserver la mobilité de son épargne certains ont commencé à s’orienter vers de comptes assurance-vie Luxembourgeois (permettant aussi de faire face aux contraintes de la loi Sapin2) : le mécanisme n’est cependant pas neutre, fin éventuelle des avantages fiscaux du contrat actuel par exemple, impact sur les successions…

Dans le cadre d’un risque géopolitique de ce type l’on considère que certains actifs peuvent constituer des valeurs refuges : l’or physique (attention au coût de conservation de 2% par an!), le dollar, la dette allemande, le yen, le franc suisse (c’est ce qui avait d’ailleurs poussé la Suisse à limiter la hausse de son cours lors de la crise de 2011, car cela rendait les produits Suisse trop chers).

Comment anticiper le retour au franc ?

Le problème est cependant comme toujours l’anticipation : le risque géopolitique n’a-t-il pas déjà été anticipé et se replier sur ces actifs ne serait-il pas désormais une bonne solution pour se préserver du pire ? Dans un scénario le plus prévisible (à savoir un maintien du statu quo) cela reste un choix discutable.
Difficile dans tous les cas de se prémunir correctement, sauf à prendre une décision radicale : liquider tous ses actifs financiers et immobilier à s’expatrier ou à domicilier ses actifs à l’étranger. Heureusement cependant le pire n’est jamais sûr.

D’ailleurs selon un sondage récent si une majorité de français pensait qu’une sortie de l’euro aurait un impact négatif sur leur épargne, seulement 5% avait pris des mesures préventives. Certes il y aura peut-être des aspects positifs mais dans tous les cas une instabilité accrue, et l’incertitude est l’ennemie de l’investisseur !


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