La récession liée au Covid-19 (2/2) : quelle comparaison avec 1929 et 2008 ?

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Mis à jour il y a 5 mois

Lorsqu’on mentionne que la France est rentrée en récession, les crises de 1929 et 2008 refont souvent surface. Mais quelles ont été les causes de ces deux crises financières inédites, et comment différent-elles de celle que nous traversons aujourd’hui ? Retour sur les deux évènements qui ont le plus marqués l’économie mondiale au cours du dernier siècle.

1929, le “jeudi noir”

La crise boursière de 1929, qui a entrainé la “Grande Dépression”, est sans doute la plus célèbre et la plus profonde de l’histoire moderne. Bien que cette crise ait eu deux foyers, les États-Unis et l’Europe, nous nous concentrons ici uniquement sur le premier.

Pour faire un rappel simple du contexte, les thèses classiques libérales étaient prédominantes en 1929 dans les marchés financiers aux États-Unis, mais aussi dans le monde occidental. Le principe de base en est simple : le marché se régule tout seul. L’idée remonte au concept de “main invisible”, formulé par Adam Smith au 18ème siècle. Cette main invisible équilibre automatiquement l’offre et la demande sur les marchés, et l’État ne doit donc en aucun cas intervenir, au risque de perturber son fonctionnement. Ce principe est crucial pour comprendre l’ampleur de la crise, bien qu’il n’en soit pas la cause première.

Après des années d’expansion économique la classe moyenne américaine décide d’investir en bourse, ce qui était alors réservé uniquement aux institutions, banques et fonds d’investissements. C’est ainsi que des milliers d’investisseurs se prêtent au jeu de Wall Street, et les institutions financières font tout pour les inciter à le faire. En effet, celle-ci étaient disposées à prêter jusqu’à 90% des montants investis par les porteurs en actions de sociétés, ceux-ci n’ayant que 10% de mise de fonds à fournir. Avec un effet de levier de x10, favorisé par des taux d’emprunts extrêmement bas, le montant des prêts pour investir en bourse double rapidement, et le succès appelle le succès puisque tout le monde achète des titres qui ne font par conséquent qu’augmenter en valeur : c’est le début de la spéculation mondiale. Entreprises, commerces, banques, classes aisées ou populaires : tout le monde se lance dans l’achat d’actions. Bientôt, il n’y a plus assez d’argent pour financer l’économie “réelle”, tout étant dirigé uniquement vers la spéculation des marchés financiers.

C’est en septembre 1929 que les cours boursiers commencent à stagner, et que plusieurs investisseurs font faillite. Certains commencent à revendre massivement leurs actions afin d’être sûr de pouvoir rembourser leurs emprunts, et la panique s’auto-alimente sur les marchés. Après ce fameux “jeudi noir” d’octobre, la déconnexion d’avec l’économie réelle apparait en pleine lumière, la confiance des investisseurs est rompue durablement, et la bourse continuera à chuter pendant les trois années suivantes.

De nombreuses faillites bancaires, consécutives au krach boursier, vont conduire à un effondrement de l’ensemble du système financier américain. Beaucoup d’entreprises ne survivront pas au ralentissement économique, et le taux de chômage va exploser (plus d’un tiers de la population active en 1933). De plus, afin de pallier les conséquences économiques de la première guerre mondiale, la plupart des pays avaient emprunté aux États-Unis. Face à l’ampleur de sa crise, le gouvernement américain a demandé le remboursement de ces dettes, laissant plusieurs pays ruinés ou dans l’incapacité de le faire. C’est ainsi que le krach boursier américain entrainera avec lui une récession mondiale.

2008, la crise des subprimes

Sans rentrer dans trop de détails, il est essentiel d’expliquer rapidement ce qu’est un “subprime” pour comprendre cette crise. Lorsqu’une personne achète un bien immobilier, elle demande la plupart du temps un prêt bancaire. En échange, elle devra tous les mois rembourser une partie de cette somme, plus des intérêts. Si elle ne peut plus rembourser, cela s’appelle un défaut de paiement. Dans le langage américain de la finance, si le risque de défaut est faible, cet emprunt est appelé “prime” ; s’il est au contraire élevé, on le classifie comme “subprime”.

Dans les années 2000, ces prêts hypothécaires à risque deviennent anormalement populaires. Parmi les nombreuses raisons qui l’expliquent, on retrouve un environnement de taux d’intérêts extrêmement bas qui rendent la dette publique émise par le trésor américain beaucoup moins attractive pour les investisseurs. Cherchant du rendement, ceux-ci se tournent alors vers l’immobilier, secteur le plus prometteur du moment en Amérique. En effet, les politiques incitent massivement les ménages à acheter une maison, et les investisseurs ont le sentiment que le secteur de l’immobilier présente peu de risques compte tenu de la sécurité fournie par l‘hypothèque du bien sous-jacent en cas de défaut de paiement.

Pour comprendre ce qui a déclenché l’effondrement financier dans ce secteur, il faut maintenant se pencher sur le concept de la titrisation. La définition la plus simple en est la transformation d’actifs des banques (par exemples des prêts que celles-ci ont accordés) en titres, c’est-à-dire en un “objet financier” qui s’achète et se vend sur le marché. Dans les années 2000, la demande pour ces titres basés sur des actifs bancaires sous-jacents grandit tellement que les banques décident d’en produire plus. Seulement pour ce faire, elles doivent nécessairement s’aventurer sur des bases d’actifs plus grandes et donc avoir recours à des prêts plus risqués, soit les fameux subprimes.

Alors que la demande pour les prêts immobiliers augmente drastiquement pendant plusieurs années, et que les banques sont prêtes à la financer, les prix des logements suivent. C’est ce que les économistes appellent une bulle spéculative. En 2006, les supbrimes pèsent ainsi 600 milliards de dollars, soit un quart du total des crédits distribués aux États-Unis. Cette même année, les défauts de paiement des Américains qui avaient souscrit à ces emprunts subprimes se multiplient ; et même avec l’assurance des hypothèques, les créanciers n’arrivent pas à vendre ces biens immobiliers dont la valeur avait été gonflée par l’effet de bulle. Les investisseurs arrêtent donc d’acheter les titres des banques ; et celles-ci se retrouvent avec des créances risquées dont plus personne ne veut. Dès 2007, des pertes significatives commencent à fragiliser les bilans des banques.

En septembre 2008, Lehman Brothers, une des banques d’affaires américaines les plus puissantes, déclare qu’elle est en faillite. Dans les mois qui suivent, la crise s’étend au reste du monde car des investisseurs et banques de plusieurs pays avaient acheté des titres de subprimes américains. Chaque état dépense ainsi des milliards de dollars pour sauver ses banques de la faillite – faute de quoi l’ensemble des épargnants se retrouverait ruiné.

La crise de 2020

Vous l’aurez compris, les deux dernières grandes crises ont été la conséquence d’une insuffisance de régulation financière, notamment dans l’octroi du crédit. Par contraste, la crise que nous vivons aujourd’hui prend ses racines dans la pandémie de Covid-19, qui via les mesures de confinement et de distanciation s’attaque en premier lieu à l’économie réelle. Par ailleurs, alors que les crises de 1929 et 2008 ont montré le rôle primordial des États-Unis dans la mondialisation financière, celle de 2020 confirme le rôle essentiel de la Chine dans la globalisation industrielle.

Même si elles n’ont pas la même origine, la crise actuelle aura selon plusieurs économistes des conséquences bien plus graves que la crise financière de 2008. Ce qui est inédit, c’est que tous les secteurs d’activité sont actuellement concernés, avec en première ligne les TPE et PME qui manquent de trésorerie pour compenser l’arrêt brutal de leur activité. Cependant il reste important de rappeler que chaque crise, au moment où elle a commencé, a été par nature “inédite”. Les dirigeants et autorités monétaires ont néanmoins appris des dernières crises, et ont notamment compris qu’il fallait protéger les entreprises très vite, et à tout prix.

Publication originale le 28 avril 2020, mise à jour le 28 avril 2020

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