Scénarios de reprise économiques

Mis à jour il y a 5 mois

Dans cette crise économique inédite, chacun cherche à se rassurer en comparant la récession actuelle avec les précédentes. Combien de temps durera t-elle ? À quel point sera t-elle rude ? Les économistes tentent de répondre à ces questions en essayant de déterminer la forme de la future courbe de croissance. Retour sur les différents scénarios de reprise économiques possibles pour les mois et années à venir.

Reprise en V : la plus optimiste

Concept : Ce scénario idéal décrit une reprise économique tout aussi rapide et fulgurante que la chute, c’est-à-dire en seulement quelques mois. Cette reprise permettrait de contrebalancer aux mieux les effets d’un trimestre d’inactivité ; avec un impact neutre sur le PIB et les profits. C’est ce qu’espérait les économistes pour l’Europe au début de l’épidémie de coronavirus. L’activité économique aurait certes était gelée le temps du confinement, mais une fois sous contrôle elle serait repartie de plus belle sous l’impulsion des plans de soutiens et relance économiques.

Probabilité : Malheureusement, ce scénario optimiste devient de moins en moins réaliste en Europe et aux États-Unis, au vu de la conjoncture. Il reste en revanche envisageable pour certains pays asiatiques, la Chine en a été notamment un exemple les derniers mois. Premier pays touché, la Chine reste le premier à repartir de l’avant après un confinement massif et l’arrêt quasi total de son activité économique. Cependant, les craintes d’une deuxième vague mettent en péril ce scénario, qui pourrait alors se transformer en une reprise ‘W’, celle de la rechute.

De plus les économistes s’accordent aujourd’hui à dire que le décalage des mesures de confinement dans les différents pays, tous dépendant économiquement les uns des autres, rend ce scénario de reprise simultanée et rapide quasi inenvisageable.

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Les précédentes : En France, la baisse brutale du PIB en 1975 (-0.93 %) a été repris par une forte hausse l’année suivante (4.36 %) permettant d’éviter des dégâts économiques majeures. Cela fut aussi le cas en 1953 aux États-Unis avec un rebond du PIB tout aussi fort que sa chute, principalement dû à l’impact financier de la guerre de Corée.

Reprise en U : la plus probable

Concept : Dans ce scénario, après une lourde chute, l’activité économique tournerai au ralenti pendant quelque temps avant de retrouver lentement son niveau d’avant-crise. Cette reprise se caractérise donc par une phase de stabilisation après le choc initial et avant la reprise. Dans cette optique, les mesures de confinement ne sont levées que progressivement, empêchant une reprise simultanée et rapide de tous les secteurs économiques.

Probabilité : C’est le scénario de reprise la plus envisageable pour de nombreux pays dont les États-Unis, l’accumulation des dettes risquent très probablement de laisser place à une période de désendettement et donc de stagnation de la consommation. Idem en France, où les entreprises qui ont accumulé des prêts pour sauver leur trésorerie risquent de peiner à relancer leur activité, et cela engendra inévitablement des pertes d’emplois dans les mois suivant le déconfinement. Les mesures de soutiens et relances économiques agiraient alors au fur et à mesure que la pandémie recule pour laisser place à une remontée progressive.

Toute la question d’une reprise en U reste donc de savoir combien de temps va durer la phase de stabilisation, afin d’éviter le scénario catastrophe d’une reprise en L. Pour les instituts de prévisions français si la courbe de croissance suit ce schéma, alors la phase de reprise devrait être reportée dans le courant de 2021.

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Les précédentes : En France, la sortie de la crise financière de 2008 a connue une reprise en U pendant le courant de l’année 2009. Ce fut aussi le cas de la récession américaine de 1973 déclenchée par un choc pétrolier, avec une remontée progressive à parti de 1975.

Reprise en L : la plus pessimiste

Concept : Dans ce scénario catastrophe, la récession se transformerai en dépression mondiale. Après un pic de décroissance, les États se figeraient dans une longue période de stagnation avec une croissance très faible voire nulle à long terme. C’est probablement la reprise qu’aurait suivi de nombreuses économies sans les plans de relance et d’aide des États et banque centrale

Probabilité : Même si ce scénario n’est pas le plus privilégié pour le moment, il ne peut cependant être complétement écarté. Si l’épidémie peine à être contrôlée et qu’un confinement (même plus souple) se prolonge pendant l’été, alors il y aura des risques que la consommation ne puisse plus soutenir l’activité économique du pays malgré les aides financières. Le Covid-19 continuerait donc de se répandre à un rythme, certes moins soutenu, mais qui nécessiterait des mesures affectant durablement la vie économique. Ainsi les vacances et dépenses de loisirs seraient reportés, l’épargne de précaution augmenterait, et les entreprises auraient de plus en plus de difficulté à supporter cet arrêt prolongé du fait de leur dettes.
Cependant, les économistes français jugent pour le moment que les réponses des pouvoirs publics ont été bien trop massives et trop rapidement mises en place pour être inefficaces.

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Les précédents : Le fameux Krach boursier de 1929 aux États-Unis a entrainé une période de récession mondiale pendant plusieurs années (appelé aussi la Grande dépression) avec plusieurs pays mettant des années à redresser leur croissance. Le Japon a aussi connu une reprise en L après l’éclatement de sa bulle spéculative en 1990, stoppant net une forte croissance (plus de 5 % annuel) qu’il ne retrouvera jamais.

Reprise économique en W : la rechute

Concept : C’est ce qu’on appelle le scénario du ‘double dip’, ou ‘double creux’. Il s’agit ici d’une ‘fausse reprise’, qui serait principalement lié à une seconde vague de l’épidémie à travers le monde. Après l’arrêt du premier confinement et une reprise d’activité économique progressive, le virus ferait son retour au troisième trimestre ce qui signifierait de nouvelles mesures de confinement (même moins sévères). La récession se prolongerait donc plus longtemps et un certain nombre d’entreprises ne pourraient y survivre, il faudrait alors attendre 2021 pour espérer retrouver les niveaux d’avant crise.

Probabilité : Ce scénario reste plausible pour de nombreux économistes, mais il supposerait que le confinement soit considéré comme la seule mesure efficace face à une deuxième vague.
Cela reste actuellement la grande préoccupation de la Chine qui pensait avoir l’épidémie sous contrôle avec son pic de contamination derrière elle. Des menaces de re-contamination sont néanmoins réalistes avec des touristes et citoyens chinois revenus contaminés de l’étranger ; les mesures que le pays décidera d’adopter dans les prochaines semaines seront donc décisives.

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Les précédents : En Europe, la crise financière de 2008 a connu une reprise en U courant 2009. Cepdnant, la crise de la dette de la zone euro qui a suivi en 2012 marque un scénario de courbe en W. Après avoir remonté la pente en 2010, le PIB de la zone euro a de nouveau plongé en 2012, en raison des craintes sur la dette grecque.

Reprise économique en virgule, ou ‘swoosh’ : la plus lente

Concept : Les économistes évoquent une dernière possibilité, celle de la courbe ‘virgule’ synonyme de lenteur. Après l’épidémie, la reprise économique sera rapide sous l’effet d’euphorie de fin de crise, puis ralentirait doucement sans remontée spectaculaire sur les mois à venir.

Probabilité : On peut facilement comparé la reprise en virgule à celle en U qui s’allonge dans le temps. Cette question de rapidité va surtout dépendre de la prudence et confiance des acteurs économiques dans le système, cela pourrait être le cas par exemple avec des dettes souveraines jugées trop importantes.. La consommation resterai donc modeste et les entreprises encore impactés fortement par les conséquences du confinement. Dans ces cas là, le retour au niveau d’avant-crise serait attendu pour 2021, voir 2022.

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Les précédents : En 2009 le PIB Indien, impacté par la crise financière mondiale, a évité de rentrer en récession avec un ‘swoosh’. De 3% en 2009 jusqu’à 8,5% en 2011, il retombera à 5% l’année d’après. Il faudra près de 5 ans au pays pour reprendre son rythme d’avant crise, c’st-à-dire 8%.

source schémas : bfm business

Publication originale le 11 mai 2020, mise à jour le 26 mai 2020

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