Y a-t-il une survalorisation des bourses ?

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Mis à jour il y a 1 mois

Ces dernières années, les marchés des actions ont multiplié les performances très positives. La crise des « subprimes » de 2008 qui avait alors fait lourdement chuter les marchés n’est plus qu’un lointain souvenir. Plus étonnant, malgré la crise du Covid-19 avec son impact sur l’économie et son lot d’incertitudes, les indices boursiers font plus que de la résistance. Si le CAC40 reste en baisse depuis janvier et n’a pas rejoint son record de 2020, le Nasdaq a lui fortement rebondi (quasiment doublé depuis son point bas de mars 2020) et tutoie ses records historiques. Que penser de cette situation ? Devrions-nous suspecter une survalorisation des bourses ?

Le phénomène “TINA” derrière la potentielle survalorisation des bourses

On pourra tout d’abord évoquer la peur de manquer la prochaine hausse, l’effet d’entraînement alimenté par les rebonds successifs des marchés qui ne semble pour l’instant pas se démentir. Mais le phénomène TINA (“There is no alternative” — il n’y a pas de plan B) pourrait aussi expliquer une partie du phénomène : en effet, les actifs traditionnels « sans risque » (monétaire, OATs, et même fonds euros d’assurance-vie), avec l’environnement de taux négatifs, ne rapportent plus rien. Et les investisseurs professionnels ou particuliers sont en quête de rendement (là où le crowdlending vise encore des rendements cible jusqu’à 10%, les « fonds euros » de l’assurance-vie proposent désormais un rendement inférieur à 1%). Sur les marchés actions, on peut également espérer un dividende certes parfois faible, mais au moins positif. Et face aux difficultés et incertitudes économiques, les investisseurs se concentrent sur des sociétés leaders et offrant une forte liquidité. Cet afflux de capitaux sur ces marchés contribue ainsi à les soutenir, parfois hors de toute considération absolue et rationnelle de valorisation pouvant ainsi participer à une survalorisation des bourses.

Les banques centrales ont par ailleurs, en réponse à la crise, injecté beaucoup de liquidité dans l’économie, ce qui se répercute aussi sur le prix des actifs (les particuliers ont ainsi pu s’endetter facilement et à bon compte pour acheter de l’immobilier, même si les valorisations ont fini par exclure de plus en plus d’acheteurs du marché).

La FED qui a eu pendant 40 ans un objectif officiel le contrôle de l’inflation (en cas de montée de l’inflation, on remonte les taux d’intérêts pour « refroidir » l’économie et stopper la hausse) a muté vers un objectif de « défense de l’emploi » qui laisse présager un maintien durable de taux bas. En achetant par ailleurs de la dette en direct, les banques centrales ont fait baisser les « primes de risque » exigées par les investisseurs, favorisant ainsi un maintien des taux bas et indirectement un soutien des valorisations des actifs plus risqués.

Amazon a ainsi récemment levé pour 10 milliards d’euros de dette dont 1,25 milliards d’euros d’obligations à trois ans avec un taux de 0,40 % — ce qui constitue un niveau plancher historique jamais égalé pour des émissions « corporate » à 3 ans aux Etats-Unis. Ceci pouvant nous faire penser qu’une survalorisation des bourses n’est pas si éloignée de la réalité.

Le poids de la tech dans la survalorisation des bourses

Un autre élément pouvant nous indiquer une survalorisation des bourses, est le poids très important pris par les entreprises de la « tech » notamment aux Etats-Unis. L’indice Nasdaq a ainsi fortement rebondit – quasi-doublé depuis son point bas de mars 2020 – pour s’inscrire en hausse de +40% sur un an (bien qu’actuellement en dessous de son record récent de 12 074 points). À l’inverse, l’indice Russel 2000 qui suit des plus petites sociétés plus représentatives de l’économie a stagné sur la même période.

Les GAFAM (Google Amazon Facebook Apple Microsoft) constituent désormais un club dont la plupart des membres ont largement dépassé le cap de 1000 milliards de dollars de valorisation. Apple a même brièvement franchi le chiffre astronomique de 2000 milliards de dollars de valorisation cet été. À lui seul il vaut autant que de l’indice Footsie-100, l’indice phare de la City rassemblant les plus grandes capitalisations britanniques.

Le Covid-19 a eu pour effet de mettre encore plus au premier plan les sociétés technologiques, en soulignant parfois leur performance économique, comme c’est le cas avec Amazon qui semble profiter largement de la crise sanitaire. Au prix parfois d’une certaine déconnexion de la réalité. Les valorisations du constructeur de voiture électriques Tesla, ou du logiciel de vidéo-conférence Zoom peuvent laisser perplexes.

Nikola – fabricant camions électriques, considéré comme un mini Tesla – récemment coté et qui vient d’accueillir General Motors à son capital – a un temps valu 40 milliards de dollars avant de chuter. (Il vaut encore 12 milliards, soit l’équivalent de Renault ou Peugeot.) Il faut dire que la société n’a encore jamais commercialisé aucun véhicule…

À l’heure où SalesForce a remplacé récemment Exxon dans le S&P500, on a l’impression croissante d’un marché et d’une économie à deux vitesses entre monde ancien et monde nouveau.

L’exubérance des marchés ?

Assiste-t-on à une « exubérance des marchés » pour reprendre le mot d’Alan Greenspan alors patron de la FED lors de la bulle internet ? Peut-être, si l’on considère que Wall Street semble complètement avoir effacé l’impact du Covid-19.
Plus largement, le Wilshire 5000 qui rassemble l’ensemble des sociétés cotées aux États-Unis vaut autant que tous les marchés européens et Royaume-Uni compris. Il représente désormais 190% du niveau du PIB américain. Un niveau légèrement supérieur aux 167% atteints lors de la bulle internet. Sur le long-terme, il a plutôt oscillé entre 50 et 100% du PIB depuis l’après-guerre.

Signe des temps, les particuliers américains représentent 20% du volume des transactions (un doublement par rapport à l’habitude) et à l’heure des records, deux tiers des Américains possèdent directement ou indirectement des actions. Une réalité que Donald Trump ne manque pas de souligner régulièrement dans ces « tweet ».

Sur le long-terme, les actions apparaissent comme un bon placement. Cependant, les performances mitigées des bourses chinoises depuis 1993, malgré la formidable croissance économique du pays, prouvent qu’il faut parfois rester lucide.


Par ailleurs, il ne faut pas écarter les cycles et les risques de dé-corrélation avec l’économie réelle. Ainsi, après le 11 septembre 2001, le rebond brutal des marchés avait été vite mis à mal par le ralentissement économique qui s’en était suivi. Une invitation à la prudence ? Peut-être l’heure, en tout cas, de diversifier vers d’autres types d’actifs.

Publication originale le 18 septembre 2020, mise à jour le 18 septembre 2020

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