Les taux bas font-ils les prêts ?


Dans un environnement de taux bas, les repères traditionnels sont chamboulés. Il faudrait même « se faire payer » pour emprunter. Les taux bas ne sont cependant pas un gage absolu et le développement du crédit dépend de plusieurs éléments. Le niveau de taux doit avant tout rester une mesure du risque.

La conjonction de plusieurs facteurs

Factuellement l’octroi de crédit dépend de la conjonction de plusieurs facteurs.

En premier lieu, la demande de crédits des emprunteurs. Elle suppose des besoins de trésorerie ou d’investissement et une absence d’auto-censure dans ces demandes. L’enquête périodique BPI-Rexcode, 57% des PME françaises souhaitaient investir. Par ailleurs, plus le coût de financement est bas, plus celui-ci a de chance d’être inférieur au taux de rendement de l’actif investi. Le recours à l’emprunt se justifie donc.

Le deuxième facteur est la capacité d’emprunt. Elle dépend de la solvabilité des emprunteurs, influencée par le taux d’intérêt. Celui-ci conditionne (avec la durée et le montant) les flux de la dette en valeur absolue. En faisant ainsi la comparaison sur un crédit cinq ans aux taux fixes de 6% et 1%/an, on observe que la charge d’intérêt moyenne brute réelle sur le capital emprunté varie de 0,5% à 6%. Selon les modalités de remboursement, un emprunteur pourrait à flux égal emprunter entre 12% et 24% de plus avec un taux à 1% vs. 6% . Cela ne tient pas compte de l’économie d’impôt sur les charges d’intérêts pour l’emprunteur qui rapprocherait les scénarios. L’impact est d’autant plus grand que la maturité des prêts est longue. L’augmentation du pouvoir d’achat immobilier des ménages peut donc s’expliquer.

 

Le troisième élément sont les contraintes propres aux banques, que ce soit en termes de gestion du risque ou de gestion réglementaire. Du fait des exigences réglementaires de Bâle, celles-ci sont incitées à privilégier les fonds souverains aux dettes d’entreprises, et les prêts gagés à ceux sans garantie. Selon l’agence française des Banques, 90% des PME auraient obtenu les crédits demandés auprès de leurs banques. L’encours de financement aux entreprises françaises, qui atteint 1700 milliards d’euros, n’est cependant assuré qu’à 63% par des crédits bancaires. Il y a 10 ans, ce taux s’élevait à 70%.

Un taux négatif rémunère-t-il encore correctement le risque ?

Traditionnellement les taux sont construits sur la base du coût de financement auquel s’ajoute une marge en fonction du risque. Ce « spread » constitue la rémunération du risque pris par l’investisseur prêteur.

La situation semble inédite. Face à une ressource coûteuse désormais, les banque sont incitées à chercher à prêter leurs liquidités parfois à tout prix. Comme un investisseur qui investirait dans des projets, dans une optique d’économie fiscale. S’ils ne gagent qu’en coupon, les détenteurs de dettes peuvent être tentés de se rattraper sur l’économie réalisée. Voire sur l’appréciation du « mark-to-market », marché secondaire en cas de poursuite du mouvement de baisse de taux. Un paradoxe où les obligations deviennent mieux rémunérées que les actions. Ce raisonnement tient tant que la contrepartie ne fait pas défaut, que les taux de marché ne remontent pas et qu’il y a des acheteurs secondaires en dernier ressort …

La situation de « Quantitative Easing » permet surtout aux états de se financer à bon compte. D’autant que les dettes souveraines ne sont que peu prises en considération. C’est notamment le cas des ratios de solvabilité bancaire (selon l’argument – discutable ? – « qu’une dette souveraine ne fait pas défaut »).

Le taux est également censé rémunérer le temps. Les taux négatifs envoient le message que le futur « vaudrait moins » que le présent.

L’atout du crowdlending

Malgré la satisfaction globale de PME, on n’a pas observé de révolution Copernicienne dans le domaine du crédit aux PME et de l’encours net.

Avec une rémunération brute de l’ordre de 6%/an, le crowdlending permet désormais aux particuliers de prêter légalement à des PME. Ce financement échappe par nature aux contraintes de ratio liées aux financements bancaires. Il permet également de couvrir un terrain plus inconfortable pour les banques : les financements non adossés à des actifs. Il est une opportunité de réorienter l’épargne des français vers l’économie réelle à l’heure où les fameux « fonds euros » plébicités par l’assurance-vie sont promis à un avenir incertain.

Il se présente comme une alternative (ou un complément) aux banques mais également à d’autres sources de financement tel que les fonds propres. Le financement de la promotion immobilière constitue d’ailleurs le segment le plus dynamique actuellement du crowldending. Dans ce schéma, les prêts viennent se substituer à une partie des apports en fonds propres des promoteurs dans les projets via des « bridges » court terme dont le risque est rémunéré à environ 10%/an.

Il permet enfin aux PME de se financer pour des durées de court à moyen terme, dans des délais de réalisation records, permettant de renouer avec l’adage traditionnel qui veut que « time is money » !


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