L’ère des taux négatifs !


 

Depuis quelques années, les grandes économies sont entrées dans l’ère des taux négatifs. La plupart des états industrialisés, malgré des comptes publics dégradés, emprunte désormais à des taux d’intérêt négatifs. Essayons d’y voir plus clair dans ce qui peut apparaître comme une aberration économique.

 

Pourquoi les taux négatifs ?

A l’origine intervient la crise de confiance liée à la « crise des subprimes » en 2008. Les acteurs économiques et notamment les banques se trouvent paralysés par une crise de confiance. Il règne alors le spectre de la récession et de la déflation. Le corolaire étant une aversion générale pour la prise de risque. Afin d’éviter que le système ne se grippe complétement, les banquiers centraux ont décidé de soutenir la machine économique. C’est-à-dire en créant des incitations à emprunter afin de consommer ou investir.

Dans ce cadre, les banques centrales vont engager plusieurs actions :

  • Une baisse du principal taux directeur (ou taux de refinancement) : le taux auquel les banques se financent auprès de leur Banque Centrale et qui impacte directement les conditions auxquelles elles prêtent à leur tour. L’objectif étant d’améliorer les conditions et d’inciter à prêter (et emprunter). Ce mouvement de baisse a atteint en Europe le seuil de 0% pour la BCE. Aux Etats-Unis, le FED a relevé légèrement ses taux après 10 ans de baisse, le mouvement de hausse semble cependant déjà interrompu.

 

  • Une baisse du « taux de dépôt » : ce taux constitue la rémunération des dépôts des banques auprès de la banque centrale. Les liquidités non utilisées (non prêtées ou investies et en dépôt) constituent des « réserves » qui sont placées auprès de la Banque Centrale. Au-delà d’un niveau minimum réglementaire de réserves dites « obligatoires », elle sont dites « excédentaires ». Plusieurs banques centrales ont décidé de faire payer les banques pour ces réserves « excédentaires » inutilisées via un taux de dépôt négatif (-0,4% en Europe, -0,75% en Suisse…).

 

  • Troisième volet : le « QE » ou « Quantitative Easing » : les Banques Centrales ont racheté sur le marché secondaire des titres détenus par les banques (par exemple des obligations d’états) dans des proportions très importantes de milliers de milliards. Conséquence, les titres d’états souverains déjà très recherchés par les investisseurs averses au risque, ont subit un effet de rareté contribuant à maintenir les taux d’emprunt au plus bas (jeu de la demande supérieure à l’offre). Ces rachats de titres ont contribué à alimenter les « réserves excédentaires » des banques se retrouvant avec des liquidités importantes à placer, d’autant plus que les conserver leur coûte désormais.

 

Dans le même temps on a imposé aux banques des garde-fous (ratio « Bâles »). Ces dernières devant maintenir un bilan en rapport avec la taille de leurs « fonds propres ». Chaque élément du bilan étant pondéré en fonction d’un niveau de risque prudentiel : les titres d’état sont considérés (à tort ou à raison) comme plus sûrs et donc nécessitent peu de fonds propres à mettre en face, les emprunts à des PME non sécurisés par des actifs collatéraux consommant beaucoup de fonds propres…

 

Que faire quand la machine s’emballe ?

Les liquidités apportées par les Banques Centrales ont permis un financement accru de l’économie par la dette avec cependant quelques effets pervers : l’augmentation du prix des actifs liés à un afflux de liquidité et de conditions de financement favorables à l’achat d’actifs faisant craindre l’apparition de bulles. Par ailleurs, une orientation encore insuffisante vers le financement des entreprises et de l’économie réelle.

Sur le long terme malgré l’augmentation de l’activité, les banques restent fragilisées : elles se rémunèrent sur le spread entre leur coût de financement à court terme et les conditions de taux auxquels elle prête à plus long-terme. Le mouvement général de baisse des taux a entrainé un « aplatissement » de la courbe des taux. Résultat : à risque égal les banques prêtent moins cher et se financent même désormais plus cher (du fait du taux de dépôt négatif !)…

La suite étant que certaines banques (UBS par exemple) font désormais payer les dépôts courants à certains clients ! A l’inverse on a assisté à l’octroi de prêts immobiliers à taux négatif, plutôt que de laisser de l’argent inutilisé, ce qui a désormais un coût.

De leur côté les états qui empruntent à taux négatif peuvent y voir une aubaine. Elle pousse cependant à l’endettement et ne plaide pas vraiment en faveur de la discipline budgétaire et d’un rétablissement des finances publiques.  Chose difficilement imaginable il y a peu, des entreprises (Endered ou Schneider) ainsi que des états empruntent donc à taux négatif. Pourtant le succès reste au rendez-vous : en effet nombre d’investisseurs malgré des coupons nuls ou négatifs anticipent une continuation ultérieure de la baisse des taux (jusqu’où ?) qui aura pour conséquence d’augmenter la valeur de marché des titres détenus, et de générer une plus-value si ces actifs étaient cédés sur un marché secondaire !

Enfin, si les emprunteurs immobiliers peuvent se réjouir d’un financement facilité, (la baisse des taux a cependant sans doute largement été intégré dans les prix), les épargnants et les investisseurs (qui profitent certes d’un niveau d’inflation très bas) se trouvent face à une baisse historique des rendements sur les actifs. Les fameux contrat « euros » privilégiés par les détenteurs d’assurance-vie, ne pourront pas indéfiniment garantir une rémunération de 2% uniquement en investissant dans des obligations d’état à taux négatif….

Pourtant les grandes économies restent en croissance, de même que la consommation et le chômage diminuent. Dans le contexte actuel, le crowdlending offre l’opportunité de rendement brut de 4 à 8% en prêtant à des PME dans l’économie réelle, sans miser sur une revalorisation du sous-jacent sur un marché secondaire… Une solution semble-t-il plus que jamais à considérer pour diversifier son patrimoine.


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