Bitcoin : pour quelques dollars de plus….

Mis à jour il y a 1 semaine

Avant de chuter un peu, la valeur du Bitcoin a récemment dépassé le seuil des 40 000 dollars. Citer Sergio Leone comme titre ce cet article me semblait particulièrement adapté ; tant l’épopée du Bitcoin peut faire autant penser au « Far West » qu’à la « Ruée vers l’or »… Apparues après la crise des « subprimes », les cryptomonnaies, dont fait partie le Bitcoin, ont récemment dépassé le trillion de dollars en valeur. Ces actifs virtuels, qui prétendent au titre de « monnaie », s’inscrivent dans une démarche particulière. Que penser de leur évolution ?

Le concept des Bitcoins et de la blockchain

Les « cryptocurrencies » (cryptomonnaies) sont apparues après la crise des subprimes. Le bitcoin (฿ ou BTC) aurait ainsi été créé par le japonais Satoshi Nakamoto. Il pourrait être un pseudonyme ou un groupe d’informaticien. Son développement correspond avant tout à une démarche idéologique : créer une monnaie décentralisée qui s’affranchirait des banques et des banques centrales…
Le développement de cet actif repose sur la technologie informatique de la “blockchain” ou « chaîne de blocs ». À la différence d’une monnaie pour laquelle une banque joue le tiers de confiance ; et où les banques centrales interviennent dans la création monétaire ; il s’agit d’un système décentralisé :

  • L’ensemble des transactions depuis l’origine sont inscrite sur une sorte de grand livre (rassemblant les « chaines de bloc ») ; référençant les transactions des utilisateurs. L’état des transactions et des avoirs de chacun est maintenu par la communauté. Les transactions sont en quelque sorte « horodatée » et sécurisée via un système de cryptographie. Ce système se base sur une « clé publique » personnelle, et d’une clé publique liée générée par algorithme.
  • Le système de blockchain est très robuste et présumé infalsifiable. Il faudrait, en théorie, que tous les participants soient simultanément d’accord pour pouvoir modifier le registre. D’ailleurs la valeur probante du système blockchain a été récemment admis par le Trésor comme moyen valable de générer des transactions. Cela peut avoir de nombreuses applications pratiques dans le domaine de l’immobilier, de l’administration, ou des contrats au sens large. En tant que moyen de faciliter les systèmes d’identification ; de certification et de mise en œuvre de mécanismes transactionnels de manière sécurisée et décentralisée.
  • La quantité de bitcoin est limitée à 21 millions d’unités. Ce nombre fini en garantirait la rareté (et indirectement la valeur). L’ensemble des Bitcoins n’ont d’ailleurs pas encore été émis. La création des Bitcoins implique que des participants acceptent de faire tourner un programme d’algorithme. Il devient de plus en plus lourd, et donc consommateur d’énergie avec l’augmentation du réseau pour permettre l’émission de nouveau bitcoins et la sécurisation des transactions.
  • Les « mineurs » sont les personnes impliquées dans la création ou le cryptage des transactions et rémunérées pour cela en… Bitcoins. Étant donné la puissance de calcul et la quantité d’énergie désormais nécessaire ; cette activité n’est plus vraiment accessible aux particuliers mais plutôt menées par des professionnels
  • Le terme de « mineur » ou de « minage » permet de faire un parallèle avec l’extraction d’or. Il tente d’établir un lien entre l’énergie qu’il a fallu dépenser ou la quantité de travail induite et la valeur du Bitcoin.

Critique et défense du Bitcoin

Le Bitcoin – et plus généralement les cryptomonnaies – ont alimenté l’actualité ces dernières années. Le Bitcoin notamment s’est démocratisé auprès des particuliers depuis 2017. Cela avait entrainé une flambée du cours à près de 20 000 dollars, avant un effondrement. Lors de sa première estimation le 5 octobre 2009, la valeur du Bitcoin était de 0,1 centimes de dollars contre… plus de 40 000 dollars récemment. Soit un gain appréciable pour qui aurait investi depuis l’origine…. Plus récemment, la valeur du Bitcoin n’était encore que de 1000 dollars, début 2017, ce qui reste une performance correcte ! Après le passage à 20000 dollars fin 2017 il était cependant retombé sous 3000 dollars début 2019…

Les investisseurs et économistes partagés sur la valeur du bitcoin

La valeur du Bitcoin a fait l’objet de critiques sévères de la part de personnes de premier plan du monde économique : par exemple le prix Nobel Joseph Stiglitz, Warren Buffet, Bill Gates, Jean-Claude Trichet ou encore Christine Lagarde. Ces derniers appelant parfois même à son interdiction, tout en reconnaissant l’intérêt de la « blockchain » ou du développement de monnaies électroniques.


D’autres, plus pragmatiques ou opportunistes, ont décidé de prendre le train en marche. Jamie Dimon, dirigeant de la banque JP Morgan, avait ainsi dans un premier temps déclaré “virer immédiatement tout trader qui traiterait du Bitcoin” avant que la banque ne prenne comme client des places de marché de cryptomonnaie. Les analystes de la banque ont récemment établi un objectif possible de 146 000 dollars. Ils se sont fondé sur une comparaison éventuelle avec le marché de l’or. Ebay a annoncé un service d’achat en bitcoin ; et S&P le lancement d’un indice cryptomonnaie (permettant par ailleurs le développement de produit dérivés). Des hedge-funds se sont également positionnés sur les cryptomonnaies, tel celui géré par Anthony Scaramucci qui fut brièvement directeur de la communication de Donald Trump…

Quelle rareté, quelle sécurité ?

Le bitcoin a un nombre limité d’unités fixé à 21 millions. Cela en garantit mécaniquement la rareté. Cependant rien n’empêche en théorie la multiplication de cryptomonnaies concurrentes ou alternatives. Par ailleurs rares sont les personnes à acquérir un Bitcoin entier. En effet, la plus petite unité du Bitcoin est le Sachiro. Son nom est un hommage à son créateur et elle représente un millionième de Bitcoin. Soit un potentiel de 21 trillions d’unités…

Si la blockchain garantit une sécurité optimale, il n’y a néanmoins pas de recours possibles. Du moins de protection de l’état en cas de faillite d’un intermédiaire de trading ou tout simplement en cas de perte ou de vol de la clé privée d’un détenteur. On estime ainsi qu’environ 3 millions de bitcoins seraient déjà potentiellement perdus pour toujours.

Cela a donné lieu à des scènes étonnantes. Premièrement, le rachat de la concession d’une décharge publique par un investisseur ; pour tenter d’y retrouver un disque dur où aurait été stocké le code d’accès à un portefeuille important. Ou bien plus récemment, l’histoire de Stefan Thomas, un informaticien qui aurait oublié le code d’accès à son portefeuille de 7000 bitcoins (soit plus de 210 millions de dollars). Ce code stocké étant stocké sur une clé sécurisée « IronKey » ; il aurait déjà utilisé 8 des 10 essais possibles avant que son mode passe ne soit définitivement recrypté…. L’investissement en bticoin et ses risques a d’ailleurs fait l’objet de mise en garde de la part de l’AMF.

Le Bitcoin : monnaie ou actif ?

Le Bitcoin peut sans doute être considéré comme un actif permettant de stocker de la valeur. Même si celle si repose uniquement sur la loi de l’offre et de la demande, ainsi que le prix qu’on veut bien lui accorder. Grâce à ses caractéristiques de rareté, elle permettrait d’être une valeur refuge anti-inflation comme peut l’être l’or.

Certains vont ainsi jusqu’à le comparer à « l’étalon or » et à une véritable monnaie. Cependant cela reste discutable :

  • Pour l’instant, malgré quelques initiatives limitées comme celles de Paypal ; il est difficile d’acheter des objets ou des services avec du Bitcoin.
  • À la différence d’une véritable monnaie, personne n’est tenu d’accepter un paiement en bitcoin. Contrairement à un paiement en euro ou en dollar dans les zones géographiques où il a cours.
  • Alors que « l’étalon or“ a été abandonné ; le bitcoin ne participe pas au financement de l’économie dans le cadre d’une création monétaire classique via les banques centrales.
  • Si le bitcoin ne peut a priori pas être falsifié et qu’il n’y a pas de « fausse monnaie » (même si certains intermédiaires non règlementés ont pu parfois flouer les investisseurs) ; il n’y a pas non plus de garantie étatique sur sa valeur.
  • Enfin en tant que monnaie comme instrument de thésaurisation et de conservation ; la valeur la question peut se poser étant donné les fortes variations existantes

Le succès de la valeur du Bitcoin : la volatilité et la liquidité en question

Le principal argument en faveur du Bitcoin se fonde sur une rareté affichée face aux politiques expansionnistes des banques centrales. Par ailleurs, un moyen sécurisé de constituer un cryptoactif ; est de contourner les contraintes étatiques (contrôle des changes, expropriation) notamment dans des pays peu démocratiques. Mais également de favoriser les opérations illégales de blanchiment dans un relatif anonymat.
L’évolution du Bitcoin tient sans doute en partie au fait qu’il reste un marché relativement peu liquide. 95% des transactions seraient le fait de 2% des détenteurs ; cela entrainant des variations non contrôlées à la hausse comme à la baisse. Il n’est pas rare d’enregistrer des variations journalières de plus de 20%.
Sa volatilité le rend par ailleurs très consommateur de fonds propres pour les investisseurs institutionnels et les banques (par rapport aux exigences de Bâle III.)

Quoi qu’il en soit la formidable évolution du bitcoin – sans doute favorisée par l’abondance de liquidités disponibles — ne peut que nous interpeller et nous interroger. Tout étant relatif, puisque sa “capitalisation” reste cependant inférieure à celle de la société Tesla…

Publication originale le 14 janvier 2021, mise à jour le 14 janvier 2021

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