WeShareBonds ne financera aucun candidat à l’élection présidentielle


En cette période de sprint final de la campagne présidentielle, faisons un nouveau clin d’œil (voir notre article : Le financement participatif pour financer les présidentielles ?) aux candidats à la fonction suprême. Penchons-nous plus précisément sur l’aspect financier, sous l’angle « crédit » de ces candidatures à l’élection présidentielle.

Pourquoi WeShareBonds ne financera finalement pas les candidats à l'élection présidentielle ?

Crédit europe1/AFP

Les candidats à l’élection présidentielle : des start-up en compétition

De nombreuses startups, ayant dans un premier temps été soutenues par des ressources de proches (business angels, « love money » du cercle familial et amical), ne sont pas encore éligibles au capital investissement et ont un accès restreint au crédit, elles traversent le désert de « l’equity gap » (voir l’article Private equity: que représente-t-il pour les PME en France ?).

Elles n’ont qu’un accès limité au crédit, sauf si garantie des actifs personnels du dirigeant- ce qui n’est parfois pas envisageable et reste une solution peu satisfaisante pour l’entrepreneur. En l’absence d’autofinancement, elles se trouvent souvent à court de solutions.

Les candidats à l’élection présidentielle affrontent une situation assez similaire :

  • Chaque candidat représente une sorte de « start-up » personnelle : dans un premier temps ils sont soutenus par leur cercle plus ou moins éloigné (les donateurs) mais ces financements sont rapidement insuffisants et limités (nous ne sommes pas aux États-Unis)
  • À en croire leurs déclarations de patrimoine, aucun des candidats à titre personnel ne présente de garanties financières suffisantes pour se porter garant de ses dépenses
  • Ils se trouvent tous dans la situation d’une start-up qui chercherait à se financer sur la base d’un hypothétique marché et leur risque est avant tout un risque du type « venture »

 

Élection présidentielle : on ne prête qu’aux riches…

Derrière cet adage émerge l’idée que l’offre de financement ne profiterait au final qu’aux acteurs déjà établis ? Ceci n’est sans doute pas totalement dénué de sens.

Les seules ressources des candidats pour couvrir le surplus nécessaire de financement au-delà des dons récoltés (leur « business-angels » à eux !) sont :

  • Les perspectives de remboursement par l’État (dans une certaine limite d’une petite moitié plafonnée des frais) sous réserve de dépassement des 5% des suffrages
  • Les éventuelles garanties apportées par leur maison mère (en l’occurrence leur parti) : valeur des actifs immobiliers et réserves des partis, flux des futures cotisations, allocations perçues sur la base du nombre d’élus

Certains candidats (les « petits candidats « ) sont par nature exclus du marché du crédit car, comme pour certaines startups, le défaut, c’est à dire la perspective de ne pas atteindre les 5% qui ouvrent droit au remboursement d’une petite moitié des frais de campagne, est la perspective statistiquement la plus probable.

Les autres candidats avec un profil théoriquement plus lisible présentent un risque crédit assez mitigé :

  • Il y a d’abord le « tail risk » opérationnel, analogue à celui de la faillite d’une entreprise : il y a un risque même pour les entreprises les mieux établies : Benoît Hamon a ainsi baissé de 17 à 9% dans les sondages. Il ne faudrait pas que le vote utile le fasse passer sous les 5%…
  • Idem il ne faudrait pas pour les banques qu’un candidat soit finalement contraint de se retirer de la course ou bien qu’il décide de se rallier : tout candidat qui agirait ainsi renoncerait à 8 millions de remboursements publics, et signerait quelque part sa faillite (ou le déclenchement de la saisie des actifs mis éventuellement en garantie). Même si le bénéficiaire du ralliement avait l’argent pour couvrir ces 8 millions, il ne pourrait pas le faire, car cela amputerait d’autant son compte de campagne plafonné. Maintenant que les dépenses sont engagées ce mécanisme explique sans doute pourquoi certains ralliements tardent à se matérialiser…
  • Il y a ensuite un risque réglementaire, que le candidat dépasse le plafond ou engage des dépenses non éligibles et que ses comptes de campagne soient ensuite invalides
  • Enfin le risque de contrepartie (si le Président ne rembourse pas, on ne saisit pas l’Élysée…)

C’est pour cela que les banques confrontées à ces risques ne financent en général pas les campagnes sans garantie. Les partis établis peuvent mettre des actifs en garantie, de sorte que le banquier est sûr qu’au pire, il pourra exercer sa garantie si le candidat s’effondre ou si son compte de campagne est mal géré. Cela est évidemment très favorable aux acteurs établis…comme pour les entreprises.

Du risque equity au risque crédit

Le cas intéressant, c’est de voir à quel moment une start-up qui réussit peut arrêter de se financer en equity et accéder au crédit. C’est le cas que pose Emmanuel Macron. À quel moment et à quelles conditions a-t-il réussi à obtenir un crédit, et à rassurer assez ses créditeurs sur ses chances de faire plus de 5% et pas d’erreur administrative, ou sur la capacité d’un nouveau parti à accéder au financement public, en l’absence d’actifs personnels à amener en garantie.

Chez WeShareBonds, nous ne finançons pas de start-up en amorçage car il n’y a pas assez d’historique ni de visibilité. Mais sur la base d’un historique de trois ans et de perspectives de cash-flow documentées, nous apportons des financements sans demander de cautions ni de gages de garantie.

En ce sens, outre le fait que nous sollicitons « la foule » des épargnants, notre dispositif est au final sans doute bien plus accessible et démocratique que notre système actuel de financement politique !

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